L’impôt sur les successions, une vieille rengaine française

Par ses récentes déclarations, Yaël Braun-Pivet vient de relancer un débat séculaire remontant à la Révolution.
notaire

Alors que nous sommes entrés dans le débat budgétaire pour 2026, Yaël Braun-Pivet a ressorti une vieille idée fiscale : celle de l’impôt sur les successions. En affirmant qu’« il faut taxer davantage les héritages » car « on voit bien que la circulation des richesses de génération en génération ne se fait pas bien, dans notre pays, et ce n’est pas sain », la présidente de l’Assemblée nationale relance un débat séculaire remontant à la Révolution.

Un impôt pour lutter contre les privilèges

Avec l’abolition des privilèges, le 4 août 1789, la Révolution française pense instaurer une égalité parfaite entre les citoyens. Cependant, les révolutionnaires comprennent vite qu’en l’absence de régulation fiscale sur les transmissions, une nouvelle aristocratie financière pourrait émerger. Ainsi, en 1791, un impôt sur les successions est instauré afin d’éviter une restauration des privilèges liés à l’héritage patrimonial. À ses débuts, il s’agit d’un impôt modeste et proportionnel, avec un taux unique de 1 %, applicable en ligne directe, c’est-à-dire entre parents et enfants.

Cette taxe, qui devient rapidement une source de revenu non négligeable pour l’État, traverse les régimes successifs sans être abolie. Sous la IIIe République, elle connaît une réforme majeure : en 1901, le principe de la progressivité est introduit, avec un taux initial de 2,5 %. Cependant, la Première Guerre mondiale bouleverse cet équilibre, et pour financer l’effort de guerre, les taux explosent et atteignent même 40 %, en 1920. Par la suite, ils diminuent progressivement, mais l’impôt sur les successions s’installe durablement dans le paysage fiscal français.

« L'envie [...] le vice national des Français »

Dans les années 1930, alors que la crise économique fragilise l’État, l’impôt sur les successions s’impose comme un outil budgétaire stable, moins fluctuant que les recettes issues des échanges commerciaux. À cette période, le débat s’ancre dans un double registre : économique et moral. Les partisans de cet impôt le défendent comme une contribution légitime à l’effort collectif ; ses opposants, eux, le dénoncent comme une sanction injuste frappant les familles au moment où elles sont les plus vulnérables.

Après la Seconde Guerre mondiale, l’impôt sur les successions devient un pilier du financement de l’État-providence. Dans une France à reconstruire, l’idée d’une redistribution par l’impôt gagne en légitimité. Les barèmes sont renforcés, les abattements rationalisés et des exonérations partielles sont instaurées pour le conjoint survivant et certaines transmissions d’entreprises.

En 1959, la France multiplie les abattements et fixe le taux maximal à 15 %. Arrivé au pouvoir, le général de Gaulle considère comme « abusifs » les droits de succession. Cependant, il se retrouve dans l’incapacité d’agir sur le sujet, tant « c'est le domaine où la démagogie se déploie le plus. L'envie étant, c'est bien connu, le vice national des Français. »

Mitterrand contre Sarkozy

L’impôt restera relativement inchangé jusqu’à l’avènement du socialisme sous la Ve République. En effet, comme le rappelle Philippe de Villiers, « un gauchiste est une personne qui veut taxer les riches pour financer son échec ». En 1983, François Mitterrand renforce ainsi les droits de succession où la tranche la plus élevée est fixée à 40 %. Pour une partie de l’opinion, cet impôt devient le symbole d’un État qui pénalise la transmission familiale plutôt que de l’encourager.

Il faudra attendre le mandat de Nicolas Sarkozy, favorable à un allègement de cette taxe, pour que de nouvelles réformes voient le jour. Il déclarait déjà, en 2006 : « Je suis pour la suppression des droits de succession, parce que laisser le produit d'une vie de travail à ses enfants, c'est conforme à l'idée que je me fais du travail et de la famille. » Ainsi, sous sa présidence, la part des successions non taxables passe de 75 % à environ 95 %, notamment grâce à l’exonération totale pour le conjoint survivant et à l’augmentation de l’abattement pour la descendance à 150.000 euros. D’autres dispositions spécifiques pour les héritiers en situation de handicap et des dispositifs de dons sont également mis en place.

Emmanuel Macron, un Président prudent sur la question

Depuis 2017, Emmanuel Macron a adopté une posture volontairement prudente sur la question successorale, conscient qu’il s’agit d’un terrain hautement inflammable, dans l’opinion publique. Plutôt que de s’engager dans une réforme structurelle, il a préféré maintenir le statu quo afin d’éviter un affrontement frontal avec une majorité de Français profondément réticents à cet impôt. En effet, selon un sondage Odoxa publié en 2024, 84 % des Français se disent favorables à une diminution de l’impôt sur l’héritage. Ces chiffres témoignent d’un rejet massif et durable de ce que certains décrivent aujourd’hui comme une spoliation de l’État.

Ainsi, de son instauration révolutionnaire à la polémique actuelle ravivée par Yaël Braun-Pivet, l’impôt sur les successions s’est imposé comme une véritable obsession nationale, oscillant sans cesse entre outil présenté comme une réponse aux difficultés budgétaires de l’État et instrument de justice sociale, d’un côté, et défense du mérite individuel et du juste héritage, de l’autre.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

66 commentaires

  1. Ça tombe du ciel quand, comme dans les romans, on hérite d’une arrière cousine d’Amérique qu’on ne connaissait pas. Mais ça ne tombe pas du ciel quand on hérite de ses parents qui ont travaillé et économisé pour assurer à leur descendance un peu d’aide dans ce pays qui ne fait que braquer ses citoyens.

  2. Cette dame vit dans une banlieue huppé, avec notre entière contribution, elle ferait mieux de se taire, et profil bas, n’est-ce pas Madame, la place et bonne et bien retribuée, d’autant plus tous les avantages que l’Assemblée distribu sur notre dos. Taisez-vous.

  3. On achète une vieille maison, on passe des années a la rendre agréable, pendant ce temps là on paie des impôts au moment de l’enregistrement , qui ne cesse d’augmenter puis la taxe d’habitation, la taxe foncière, idem, puis les ordures ménagères, puis si il n’y aa pas le tout a l’égout, la contraite de vérification, sous peine de sanction monétaire, histoire de prendre du fric au contribuable, et tout cela pour aider des gens venus d’Afrique, nous détestant et a priori racistes. Fait du bien a ton âne et, il te bottera. Pas le mien, doux et affectueux et depuis trente ans inclu dans la famille.

  4. Elle vit dans un autre monde!! Le leg entre frères et soeurs l’état prélève presque 50% Ils vont même jusqu’à taxer de l’immobilier pour une personne vivant en milieu hospitalier et faire payer l’ambulance qui l’emmène à l’hôpital par la famille pour la sédater jusqu’à ce que mort s’en suive

  5. Il vaut mieux laisser l’héritage dans sa totalité aux ayants droits,c’est à dire à la famille. Ceux ci en feront certainement meilleur usage que ces gouvernements aux poches percées.

  6. Taxer, taxer, taxer, les politiques n’ont pour seule imagination que la taxe. Il edt vrai que réduire les dépenses demande une vraie imagination, travailler sur les solutions et enfin et surtout avoir le courage de dire non et d’affronter la grogne des parasites dopés à la subvention. Mais le courage et les politiciens c’est une chronique de rendez-vous manqués.

  7. J’imagine que Yael a rédigé une donation à l’état de la totalité du patrimoine engrangé sur notre dos et pour faire bonne mesure qu’elle fasse don de son corps à la science ,il y aura surement des surprises dans son cerveau .

  8. A savoir que l’Etat récupère déjà l’héritage des personnes sans enfants. Ce n’est pas comme çà qu’on va relancer la natalité.

  9. « on voit bien que la circulation des richesses de génération en génération ne se fait pas bien, dans notre pays, et ce n’est pas sain ». Bien sûr que ce n’est pas sain. Cette dame préfère que les biens des Français passent dans les poches trouées de l’état.

    • L idéologie totalement stalinienne ou l état dilapide les biens qu il vous vole la France est une économie collectiviste

  10. On ne travaille plus pour laisser quelque chose à nos enfants mais pour entretenir des mineurs isolés venus d’ailleurs qui ne seront même pas reconnaissants !! Il y a des fois où je suis content d’être vieux !! C’est lâche mais que faire ???

  11. C’est ahurissant de voir encore des socialistes se vautrer dans leurs passions tristes. L’idée même de confisquer les économies d’une vie pour qu’elles tombent dans le tonneau des danaïdes du budget de l’état est folle. Non seulement c’est un vol manifeste mais en plus cet argent qui aide les successeurs est injecté très vite dans l’économie par la consommation. S’il est confisqué par l’état il sera inutilement utilisé pour des causes que les citoyens désapprouvent ou dilapidé dans une administration pléthoriques et inefficace. Ces gens sont fous, nuisibles et aveuglés par leur idéologie sur fond de lutte des classes et d’égalitarisme forcené.

  12. Ce qui est bien avec YBP, c’est que l’on sait à l’avance que lorsqu’elle dit qu’il faudrait faire une loi…c’est qu’il ne faut donc pas la faire ! Mieux quand elle a une idée, c’est que celle-ci est forcément très mauvaise…autrement dit c’est toujours de la démagogie. Et c’est anti-social.

  13. « Vous n’aurez pas ma haine » c’est bien fini. Bien des politiques et magistrats ont la mienne, comme celle de nombreux Français.

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