Les Chantiers du Cardinal : les bâtisseurs d’églises existent encore
Depuis presque un siècle, l’association des Chantiers du Cardinal accompagne silencieusement l’évolution des paysages français. Elle a vu s’étendre les villes, se transformer les banlieues, surgir de nouveaux quartiers où la vie s’installe mais sans présence spirituelle, sans Dieu. Dans ce mouvement perpétuel, elle s’est donné pour mission de maintenir vivante, en région parisienne, la présence de lieux de culte capables d’offrir un ancrage, un espace de paix et de beauté à ceux qui le désirent. Héritière d’un élan né au cœur des années trente, l’association poursuit, aujourd’hui encore, son travail de bâtisseur, rappelant que les paysages de France peuvent toujours s’orner des clochers de nos églises et que l’héritage chrétien demeure une part profonde de notre identité.
Une histoire bientôt centenaire
Fondée en 1931 à l’initiative du cardinal Jean Verdier, alors archevêque de Paris, l’association naît d’un constat simple et pressant : la croissance rapide des banlieues parisiennes, amplifiée par la crise des années 1930, laisse de nombreuses populations ouvrières sans église, sans repère spirituel, sans autre perspective qu’une vie consacrée au matériel. Cette situation incite toute une génération d’ecclésiastiques au XXe siècle à bâtir des églises au cœur même des quartiers nouveaux, afin de rendre l’Église présente au plus près des familles. L’un d’eux, un certain Karol Wojtyła, futur pape Jean-Paul II, ira même, dans les années 1960, contre l’avis du gouvernement communiste de Pologne souhaitant créer une ville ouvrière sans Dieu, poser les pierres d’une église à Nowa Huta.
Très vite, les Chantiers du Cardinal réalisent ainsi ce rêve d’une Église de proximité. À la mort de l’archevêque de Paris en 1940, déjà une centaine d’églises ont vu le jour, souvent bâties avec la qualité architecturale d’un patrimoine durable. Avec le temps, l’œuvre de l’association s’est inscrite dans la modernité : béton, métal, lumière et lignes épurées remplacent parfois la pierre, tandis que de grands architectes, comme Paul Tournon, Maurice Denis, Jean Prouvé ou encore Charles Venner, contribuent à créer des édifices uniques.

L’église du Saint-Esprit à Paris. Capture écran Les Chantiers du Cardinal.
Depuis la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État, l’entretien et la construction d’églises relèvent des diocèses ; les Chantiers du Cardinal apportent ainsi le soutien financier et logistique nécessaire aux paroisses dans le besoin.
Une mission aujourd’hui toujours vivante
Aujourd’hui, l’association étend son action aux huit diocèses de la province ecclésiastique de Paris. Elle collecte dons, legs et assurances-vie pour financer des projets de construction, de rénovation ou d’embellissement. Chaque année, près de cinq millions d’euros sont engagés, pour une trentaine de chantiers finalisés, en moyenne. Les Chantiers soutiennent non seulement la construction d’églises mais aussi la rénovation de bâtiments paroissiaux, de presbytères, de salles de réunion, l’installation d’œuvres d’art sacré, de vitraux ou encore la mise à disposition de mobilier liturgique.
La gouvernance de l’œuvre repose aujourd’hui sur les huit évêques d’Île-de-France. Depuis octobre 2023, Monseigneur Emmanuel Tois, évêque auxiliaire du diocèse de Paris, préside le conseil d’administration. L’association affirme ainsi qu’à chaque nouveau projet d’urbanisation, à chaque quartier neuf, l’Église peut continuer d’être présente, non par nostalgie ou prosélytisme, mais par conviction que le signe d’un clocher et d’une croix, visible dans la ville ou le village, demeure chargé de sens pour les Français.
Les prochains chantiers
Preuve de son dynamisme et de son efficacité, le carnet de projets des Chantiers du Cardinal est bien rempli. L’un de ces derniers se trouve à Serris, en Seine-et-Marne. Là, la future église Saint-Colomban a vu sa première pierre posée le dimanche 30 novembre. Dans une parcelle attenante à l’établissement d’enseignement catholique Saint-Colomban, ouvert en septembre 2025, Mgr Jean-Yves Nahmias, évêque de Meaux, et Mgr Guillaume de Lisle, évêque auxiliaire, se sont ainsi retrouvés, sous le regard vigilant d’une grue de cinquante mètres de haut, pour bénir la pierre fondatrice d’un édifice qui devrait accueillir jusqu’à 800 personnes. Cette église est appelée à devenir un repère dans une ville en plein essor.
Plus proche de Paris, à Chelles, l’église Sainte-Bathilde, dont l’achèvement est prévu pour le second semestre 2026, illustre parfaitement le lien entre passé, présent et avenir. Dédié à l’ancienne reine des Francs, le nouvel édifice sera construit avec trois pierres provenant de l’ancienne abbaye de Chelles, fondée par Bathilde en 646 et démantelée lors de la Révolution. L’intégration de ces blocs millénaires inscrit ainsi l’édifice dans une continuité historique, tandis que son architecture moderne répondra aux besoins de nombreuses familles autour de Paris. Le coût total du projet, estimé à treize millions d’euros, reflète l’ambition de doter la ville d’un sanctuaire vaste, lumineux et fidèle à l’histoire locale.
Enfin, à Voisins-le-Bretonneux, le long chantier de l’église Saint-Joseph-le-Bienveillant s’achève par une étape d’embellissement significative après son inauguration en décembre 2025. Bien qu’ouverte au culte depuis un an, l’église nécessite encore certaines finitions esthétiques. Parmi celles-ci, une peinture murale monumentale de 310 m2, du mobilier sculpté dans du calcaire de Charente ainsi qu’une croix et une porte de tabernacle ornées d’un mélange d’huile sur bois et de feuille d’or. Tout cela est l’œuvre d’un seul et même artiste, Augustin Frison-Roche, soutenu par les Chantiers du Cardinal.
Ces trois chantiers, différents par leur histoire et leur esprit, disent pourtant la même chose : les bâtisseurs d’églises existent encore. Ils accompagnent la vie des villes, répondent aux besoins des populations et continuent d’inscrire dans le paysage français notre culture et notre architecture chrétiennes. L’histoire des Chantiers du Cardinal est moins celle d’un monde disparu que d’un engagement continu, discret mais tangible.
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5 commentaires
Espérons que ça va passer .
Ce sujet m’amène à une réflexion quant à la gratuité de la visite touristiques de certains lieux de culte emblématiques et pour lesquels j’ai donné quelque argent …les monsigniores de l’Eglise de France estiment que la visite doit restée gratuite , certes c’est charitable mais se priver de dizaines de millions d’euros qui pourraient sauver des dizaines d’églises en ruine dans nos campagnes , ne serait ce pas faire acte de charité chrétienne ( 11 millions de visiteurs versant une obole de 5 euros par personnes , autant dire pas grand chose , feraient 55 millions de recettes pour retaper nos église de village .
Ce serait en effet une solution. Sinon, on a 2,5 milliards gaspillés chaque année par mme Ernotte à récupérer. On sauverait encore plus d’églises !
Clap, clap, clap, j’applaudis gaiement, j’aime beaucoup votre répartie, merci !
Exact. Ne pas faire payer ceux qui viennent à la messe et donnent leur obole à la quète… mais les touristes je pense que ce serait une bonne chose, nous avons tellement d’églises, de chapelles qui se meurent à cause du manque d’argent. .
Entièrement d’accord avec toi ! Et je suis catholique pratiquante. Nos églises se dégradent partou, doivent être fermées parce que dangereuses… et sans la volonté des paroissiens et de français attachés à ce patrimoine magnifique, personne n’a la volonté de réagir !
Que les touristes prennent conscience de la beauté de notre patrimoine en rendant les visites touristiques payantes, même symboliquement, permettra de ne plus laisser se dégrader des monuments,d’assurer leur sécurité, et dd faire en sorte que touristes respectent peut être plus les lieux….