Lecornu, un gouvernement historiquement bref

Le gouvernement Lecornu est désormais le plus court de toute l’Histoire française...
Capture d'écran X
Capture d'écran X

Malgré ses quelques heures d’existence - certains ministres n’auront même pas eu le temps de franchir le seuil de leur nouveau bureau -, le gouvernement Lecornu a accompli une singulière prouesse : entrer dans l’Histoire de nos institutions par un record de brièveté. Il s’impose en tête du podium des gouvernements les plus éphémères, non seulement de la Ve République, mais aussi de l’ensemble des régimes républicains qu’a connus la France depuis 1792. Cet événement inédit ravive ainsi le souvenir d’autres exécutifs, sous la IIIe et IVe République, tout aussi fugaces, qui, avant celui de Lecornu, avaient sombré en quelques jours.

La seconde place

Avant le gouvernement Lecornu, ce triste record appartenait au gouvernement de Frédéric François-Marsal. Nommé le 8 juin 1924 président du Conseil, il forma son gouvernement dans la nuit mais fut renversé dès le 10 juin, à la suite d’un débat houleux à la Chambre des députés. En pratique, son ministère ne subsista ainsi qu’une journée, environ.

Cette brève expérience est liée à la configuration politique du moment. Le président de la République, Alexandre Millerand, en conflit ouvert avec la majorité issue du « Cartel des gauches », avait demandé à François-Marsal de constituer un gouvernement minoritaire. Ce cabinet de circonstance, sans programme concret ni appui parlementaire, avait pour seule mission de délivrer un message politique à la Chambre, rappelant le respect dû à la Constitution. Il déclarait ainsi : « S’il était entendu désormais que l’arbitraire d’une majorité peut obliger le président de la République à se retirer pour des motifs politiques, le président de la République ne serait plus qu’un jouet aux mains des partis. »

La Chambre, dans un véritable bras de fer, refuse de collaborer avec un tel gouvernement. Le Sénat, quant à lui, refuse de s’engager. Isolé, désavoué et sans majorité, François-Marsal remet sa démission, entraînant dans sa chute celle du Président Millerand lui-même, contraint de se retirer peu après. Ce court épisode, marquant la fin d’une présidence controversée, illustre la fragilité du pouvoir exécutif sous la IIIe République.

La troisième place

Arrive ensuite, à la seconde place de ce classement, le deuxième gouvernement d’Henri Queuille, nommé le 2 juillet 1950 et renversé le 4 juillet 1950. La coalition, minée dès sa naissance par des rivalités partisanes, n’obtint pas la confiance de la Chambre.

Ce passage éclair est d’autant plus significatif qu’il se situe au cœur de la IVe République, période marquée par une instabilité parlementaire chronique. Les coalitions de centre et de gauche étaient alors profondément divisées, notamment sur les questions budgétaires et de politique coloniale.

En deux jours, son gouvernement perdit le soutien parlementaire des socialistes et tomba. La IVe République, en multipliant les gouvernements éphémères (vingt-quatre en douze ans), préparait déjà le terrain à la refondation institutionnelle voulue par le général de Gaulle en 1958.

Le nouveau record

Avec la démission de Lecornu, éphémère locataire de Matignon, survenue le lendemain même de l’annonce de son gouvernement, un seuil historique vient d’être franchi. Le gouvernement Lecornu est désormais le plus court de toute l’Histoire française mais aussi celui qui aura pris le plus de temps à se former - curieux paradoxe.

Sa démission intervient environ quatorze heures après la publication officielle des nominations ministérielles. Selon Le Monde, la durée exacte entre la publication et l’acceptation de la démission est de 836 minutes. Un tel record sera difficile à battre. Celui de Lecornu n’aura vu qu’un crépuscule et une seule aurore sur la France qu’il devait servir.

Picture of Eric de Mascureau
Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

43 commentaires

  1. Qui se souvient que « silhouette » est le nom d’Etienne de Silhouette : ministre (des finances) de Louis XV, il resta si peu de temps ministre que son nom est devenu un nom commun pour qualifier les politiques qui ne gouvernent pas longtemps. Il n’est resté ministre que du 04/03 au 21/11/1759 : un peu plus longtemps que nos actuels ministres !!!

  2. J’espère qu’après 8 années de servitudes sans honneur à un maitre tyrannique, il obtienne avec son record en longévité en tant que 1er sinistre, la palme au « Guinness Book of Record » !

  3. On veut bien croire que Monsieur Lecornu est quelqu’un de respectable. Mais pourquoi donc a-t-il accepté une mission évidemment impossible ? Et rebelote depuis hier après-midi 6 Octorbe ! Son dévouement n’est qu’un suicide politique. Bon voyage.

  4. Macron a coulé absolument tous les secteurs en France. Il lui restait à couler la 5ème République. Eh bien maintenant c’est fait ! Œuvre accomplie, il peut partir…..

  5. Ce que je vois c’est qu’on va payer pour 29 jours de présence à n’avoir RIEN FAIT en fait !!!!
    Là il doit négocier mais qui , quoi ? Si quelqu’un a compris, merci de m’expliquer, parce que moi là je sèche

    Par contre j’ai trouvé cette info qui va vous plaire, j’en suis sure (ironie=

    ES CONTRIBUABLES VONT VERSER 28.320 € À CHAQUE MINISTRE !
    Le décret de nomination des 18 ministres de Lecornu a été publié au J.O. du 5/10/2025.
    Malgré leur chute 18 h après, ils vont donc percevoir 9.440€ pendant 3 mois, soit 28.320 € sur 3 mois. Soit 509.760 € au total pour les 18, sans compter les 44.730 € versés à Lecornu pour ses fonctions de brillant ancien Premier ministre…

  6. Quand Lecornu a annoncé sa démission j’ai trouvé cella tout à son honneur puisque Macron lui jetais dans les pattes (comme la fameuse grenade dégoupillée) le même gouvernement( que le précédent avec en cerise sur ce gâteau rassis, lemaire à la défense. Par contre, pourquoi accepter de revenir pour 48 heures en se pliant aux entourloupes présidentielles ?

    • @Hadrien, bien d’accord avec vous, mais je ne comprends pas les dites négociations, mais de qui , de quoi ????
      Mais bon avec son esprit tordu ….

      • il veut juste que ça dure le plus longtemps possible … à mon avis il est en train de nous préparer un coup dans le dos … c’est sa grande spécialité … il hait la France et les français.

  7. Les Chinois ont inventé la fast fashion, nous avons inventé le « fast government », la France a encore son mot à dire !

  8. QUEL COURAGE m. LECORNU ! et il était Ministre des ARmées ? on l’a échappé belle
    Tous des amateurs et des INCAPABLES

  9. En « bref », tout ça n’est qu’une brève de comptoir !
    Une courte pièce de boulevard avec portes qui claques, etc.
    Le pathétisme macronien !

    • Si encore les décors étaient de Roger Hart et les costumes de Donald Cardwell, mais cette pitoyable pièce est à l’ image de son metteur en scène, le Max Pécas de la politique… (Et encore, je suis sévère avec Max Pécas, ses navets ont un certain charme!)

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Jean Bexon démonte les FAKE NEWS sur la mort de Quentin Deranque au micro de Christine Kelly
Jean Bexon sur Europe 1

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois