Le roi d’Espagne va-t-il retirer la Toison d’or à Nicolas Sarkozy ?

Le roi attendrait que Nicolas Sarkozy la rende de sa propre initiative.
Capture d'écran
Capture d'écran

Le 20 juin dernier, nous posions cette question : « Nicolas Sarkozy sera-t-il privé de la prestigieuse Toison d’or espagnole ? » Le site d’information espagnol Okdiario avait en effet rapporté que le roi Philippe VI prenait la chose au sérieux, après la radiation de l’ancien président de la République française des ordres nationaux français, qui faisait suite à sa condamnation définitive dans l’affaire dite « Paul Bismuth ».

Pas de précédent

Et voici que la question refait surface. Cette fois-ci, c’est la journaliste à El Debate Almudena Martínez-Fornés, très au fait des actualités de la Maison royale d’Espagne, qui vient de publier un article sur cette question, qui n’est peut-être pas actuellement la préoccupation principale des Espagnols tout comme celle des Français, mais qui, cependant, n’est pas anodine, puisque au fond, derrière cette question des honneurs, il y a celle de l’honneur tout court. C’est évidemment l’incarcération à la prison de la Santé de l’ancien chef de l’État français qui remet la question sur le tapis. Almudena Martínez-Fornés explique que « jusqu’à présent, le palais de la Zarzuela attendait que "Sarkozy lui-même prenne l’initiative de rendre la Toison d’or", selon des sources de la Maison du roi, à El Debate ». Ce que Nicolas Sarkozy n’a pas fait. Il est vrai que si sa condamnation pour « l'affaire Bismuth » est définitive, son pourvoi en cassation ayant été rejeté, Nicolas Sarkozy est réputé innocent pour ce qui concerne l’affaire du financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007, puisqu’il a fait appel de sa condamnation. José Luis Sampedro Escolar, doyen de l’Académie royale madrilène d’Héraldique et de Généalogie, confie à BV que « si Nicolas Sarkozy clame son innocence, il lui est difficile de renoncer volontairement à un honneur ».

Ce fin connaisseur de l’histoire de cet ordre prestigieux, fondé par le duc de Bourgogne Philippe le Bon en 1430, nous rappelle que le collier de la Toison d’or avait été accordé, en 2011, par le roi Juan Carlos à Nicolas Sarkozy pour son aide dans la lutte contre le terrorisme basque, même si, comme il le fait remarquer, « dans le décret d’octroi du collier, cette circonstance n’est pas expressément mentionnée ». Effectivement, ce décret précise que Juan Carlos a voulu « donner un témoignage pertinent » de sa royale reconnaissance « en signe de l’amitié traditionnelle entre la France et l’Espagne ». On comprend alors pourquoi notre académicien madrilène estime, pour sa part, qu’« il n’est pas justifié de retirer la Toison d’or à Nicolas Sarkozy ». D’autant que, comme le souligne la journaliste de El Debate, s’appuyant sur ses sources venant de la Maison du roi, « il n’y a pas de réglementation sur la restitution de la décoration » et qu’« il n’y a pas de précédent pour la condamnation et l’emprisonnement d’une personnalité qui a reçu la Toison d’or ».

Des radiations politiques

Pas de précédents judiciaires mais des précédents diplomatiques ou historiques. Ainsi, José Luis Sampedro Escolar rappelle que le roi d’Espagne Philippe IV, de la maison de Habsbourg, retira d’autorité la Toison d’or au prince de Monaco Honoré II (1597-1662) parce que ce dernier avait accepté l’ordre du Saint-Esprit du roi Louis XIII. Le 14 septembre 1641, en pleine guerre de Trente Ans, Honoré Grimaldi signait avec la France le traité de Péronne dans lequel il se plaçait sous le protectorat de la France, renonçant à celui de l’Espagne, chassant par la même occasion la garnison espagnole du Rocher. Depuis, plus aucun prince de Monaco n’a reçu la Toison d’or ! Autre exemple de retrait évoqué par José Luis Sampedro Escolar, tout aussi politique : en 1814, Ferdinand VII ordonnait que soit radié de la liste des chevaliers de l'ordre le nom de l'empereur Napoléon ainsi que tous ceux des membres de sa famille, à l'exception du prince Eugène de Beauharnais.

Rappelons, enfin, que la restitution du collier de la Toison d’or n’est prévue que dans un seul cas : la mort d’un titulaire ! Lorsque meurt un chevalier de la Toison d’or, les héritiers doivent rendre le collier au roi, souverain de l’ordre. Cette obligation marque le lien personnel qui existe entre le chevalier et le grand maître. Une obligation à laquelle (fait rarissime), nous fait remarquer le journaliste José Maria Ballester, bien connu des lecteurs de BV, la veuve du grand duc Michel Alexandrovitch de Russie (1878-1918), assassiné par les bolcheviques, ne se plia pas. Confrontée à des difficultés financières, elle alla même jusqu'à mettre en vente le collier de son époux. Le roi Alphonse XIII, arrière-grand-père du roi Philippe VI, réussit finalement à faire annuler cette vente et le collier lui fut restitué en 1938, alors qu'il était en exil à Rome.

Un jour viendra, fatalement, inexorablement - sauf si le roi d’Espagne venait à demander à Nicolas Sarkozy de rendre sa Toison d'or (José Luis Sampedro Escolar pense qu’il ne le fera pas) -, où il faudra bien que ce collier revienne en Espagne. Un collier qu’en 2020 Nicolas Sarkozy a déposé au musée de la Légion d’honneur.

Picture of Georges Michel
Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

34 commentaires

  1. Vu ce que l’on paye pour l’immigration espagnole depuis franco, même encore maintenant. Vu que l’Espagne a été championne pendant plus d une dizaine d’années pour récupérer tout l’argent de l’Europe. Je pense que la balance penche plutôt pour une énorme dette de l’Espagne envers la France, donc les espagnols et le roi devraient apprendre à se taire et être plus reconnaissant envers la France et les français. Les seuls pays où j’ai vécu du racisme anti français en Europe c’est en Espagne et en Angleterre…

    • Alors, parlons des doutes de ce monsieur qui se fait appeler Cheche. Je lui dirai que s’il évoque la dette espagnole envers la France, il devrait se souvenir de la dette jamais remboursée par la France à l’Espagne pour la terrible invasion napoléonienne. Les dégâts furent incalculables, leurs effets se faisant sentir tout au long du XIXe siècle et même au-delà, et il y eut un vol colossal – oui, un vol – du patrimoine culturel espagnol. Prenez-en note, Monsieur Cheche.

    • je vais abonder dans vote sens et plus encore parce que l’on peut faire remonter l’immigration espagnole à l’époque de la conquête d’Algérie dans les années 1830 jusqu’à 1930., quand les habitants de l’ile de Minorque , réduits à la misère par l’Espagne lorsque l’Angleterre restitua ces iles des baléares ;
      Une histoire de taxation sur la culture du blé déjà.
      Ces venaient souvent de Mahon la ville principal , d’où est originaire la fameuse sauce « mayonnaise » qui est un dérivatif de « mahonnaise  » et ont participer à rendre la plaine de la Mitidja cultivable.
      C’était des gens qui avaient l’habitude des terres arides, durs au mal et au travail .
      Des immigrés exemplaires dont la présence avait été loué à l’époque où l’Algérie française avait besoin de bras .
      Ils ont aussi amené leur cuture culinaire et ont participer à ce formidable » melting pot » qui pour le coup, avait été une réussite au service de l’Algérie de l’époque

    • La dette de l’Espagne, si dette il y a, n’a rien à voir avec une décoration décernée à Nicolas SARKOZY

  2. Bon, sujet qui intéresse ceux que ça intéresse, mais tout de même, je me pose la question, il y a deux Chefs d’Etats qui portent cette décoration en sautoir, l’Espagnol et le Belge…Or cette pièce est une création du Duc de Bourgogne Philippe le Bon, souverain de Bourgogne et des Pays-Bas. Sa malheureuse progéniture, Marie de Bourgogne, s’est marie à un Habsbourg et la déco a été reprise par cette famille? Ma question, le Roi d’Espagne étant un Bourbon et celui  » des Belges » étant un Saxe-Cobourg, quelle est la filière de cet ordre, avec deux dynasties qui le font sienne ? Je pose une question.

  3. Sarkozy a employé une méthode Stalinienne avec Kadafi, j étais à 100 pour cent pour CNew et Philippe de Villiers et bien il me reste que Sara Knafo ,Zemmour et Marion Maréchal.

  4. Pour clore ce débat ridicule on pourrait en contre partie demander à l’Espagne de reprendre tous ses citoyens communistes qui ont fuit vers la France non pour y travailler mais pour s’y réfugier. Ils auraient préféré vivre dans une Espagne communiste plutôt que Franquiste. Si le communisme avait triomphé en Espagne il aurait triomphé en France. Serions devenus une annexe du grand Reich ou un énième état de l’URSS ?

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Johann Chapoutot favorise l’idéologie aux dépens de la rigueur historique
Gabrielle Cluzel sur CNews

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois