[LE GÉNIE FRANÇAIS] Alexandre Dumas : quelle plume et quel panache !

Le Président Sarkozy a emporté en prison son roman Le Comte de Monte-Cristo.
Les Trois Mousquetaires (Henri Diamant-Berger, 1932) - 2ème chapitre - Milady.jpg
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Né en 1802 à Villers-Cotterêts, à 80 kilomètres de Paris, au pays de Racine et de La Fontaine, Alexandre Dumas est un des auteurs de génie de la littérature française, avec 300 titres dont une vingtaine de chefs-d’œuvre. Son inspiration lui vient de son entourage dans la vraie vie, en commençant par l’histoire de son illustre père racontée par sa mère quand il est enfant.

Sa vie ressemble déjà à un roman

Alexandre Dumas est le petit-fils d’une esclave noire affranchie des Antilles (Haïti) et d’un marquis normand, lequel fera venir son fils en France pour en faire un gentilhomme avec une éducation et des valeurs solides.
Le père d’Alexandre, donc, devient un vrai héros brillant, courageux et chevaleresque, qui combat aux côtés du jeune Napoléon. Il est cité pour sa bravoure sur les champs de bataille mais aussi pour son humanité. Devenu général, il tombe injustement en disgrâce sous l’Empire. Alexandre nourrira une véritable passion pour cet homme qui meurt alors que lui n’a que quatre ans. Il rendra hommage à l’auteur de ses jours par sa plume prodigieuse.
Impossible de résumer en quelques lignes le parcours, les voyages et les engagements de ce monument de la littérature. On s’en tiendra à son talent d’écrivain.

Il préfère les cours d’escrime à l’école

Adolescent, il préfère le maniement des armes, les cours d’escrime et la chasse plutôt que l’apprentissage classique sur les bancs de l’école, qu’il quitte à onze ans. Mais il aime les mots, dévore les livres, maîtrise également une belle calligraphie qui lui permet d’être employé aux écritures chez le duc d’Orléans, futur roi Louis-Philippe.
À 20 ans, il connaît le Tout-Paris. Son charme, ses reparties, son humour, son entregent et sa beauté intérieure séduisent, malgré un visage particulier, et lui ouvrent toutes les portes. Y compris celles de nombreuses femmes qu’il fascine. Il aurait eu sept compagnes officielles et cinq enfants, dont un garçon écrivain à succès, Alexandre Dumas fils (La Dame aux camélias). Mais également, et pour peu de temps, une épouse, l’actrice Marguerite Ferrand. Chateaubriand sera témoin à leur mariage en 1840.

« Mon arrière-grand-père était un singe »

Alexandre Dumas est un romantique au cœur d’artichaut. Il ne sait pas dire non. De sa ville natale, il dit : « Une des plus grandes joies de ce monde est d’être né dans une petite ville dont on connaît les habitants et dont chaque maison garde pour vous un souvenir. »
Alors qu’on se moque de son physique « haut en couleur » (teint mat, grands yeux bleus et chevelure légèrement crépue), il envoie cette magnifique réplique : « Mon père était un mulâtre, mon grand-père était un nègre et mon arrière-grand-père était un singe. Vous voyez, Monsieur : ma famille commence où la vôtre finit. »
Alexandre se fait connaître par le théâtre. Son drame romantique en prose Henri III et sa cour est un succès couronné par la Comédie-Française. Il écrit de nombreuses autres pièces célèbres avec pour ingrédients l’amour, la jalousie, la trahison, la vengeance, et qui continuent toujours d'inspirer le cinéma et la télévision, dont Antony et Kean, où Jean-Paul Belmondo fera un retour magistral sur les planches.

Son génie : faire du lecteur son complice

Les règles du théâtre sont une excellente école : elles lui donnent les bases pour se lancer dans les romans, par la mise en scène, les coups de théâtre, les rebondissements, les répliques et les dialogues. Il injecte ces éléments dans des aventures souvent époustouflantes.
Au fil des pages, il passe d’amusements à des situations grotesques, de comédies à des drames, de l’atmosphère à l’action. Le lecteur n’a pas le temps de souffler. Son génie consiste à faire du public un complice.
Alexandre Dumas méprise les pincés et les hypocrites. Il aime l’esprit chevaleresque, le panache, le sens de l’honneur et la générosité sans compter, à l’exemple d’un de ses magnifiques personnages, d’Artagnan : « Un pour tous, tous pour un. »

La littérature « industrielle »

Création suprême, un processus d’écriture avec plusieurs collaborateurs, qui se pratique déjà et que Dumas utilise à merveille, Ils s’appellent Leuven, Gaillardet, Janin ou Meurice. Et surtout Auguste Maquet. Chacun apporte son talent. Une idée de départ est lancée. L’un est chargé des recherches historiques, l’autre d’un synopsis, d’un premier jet. Dumas réécrit, arrange, enrichit, égaye, ajoute du suspense et donne du relief à des romans qui seraient passés inaperçus.
Résultat, le tandem Dumas-Maquet fait sensation. Les diamants bruts deviennent des bijoux : Les Trois Mousquetaires, La Reine Margot, Le Comte de Monte-Cristo, Le Collier de la reine et tant d’autres. Dumas mise sur le roman-feuilleton, qui est très lu dans la presse quotidienne. Le journal Le Siècle va produire les premiers chefs-d’œuvre du binôme génial. Pendant dix ans, de 1843 à 1852, les lecteurs du grand quotidien sont tenus en haleine par leurs écrits, malgré des détracteurs qui parleront de « littérature industrielle ».

Dumas-Maquet, une complémentarité parfaite

Dumas subit pourtant moqueries, reproches et fait même l’objet d’un pamphlet, La Fabrique de romans. Car bien sûr, c’est son nom, sous lequel les éditeurs publient, qui fait vendre, et sans même qu’Alexandre en soit conscient. Ses collaborateurs ont beau être bien payés, ils en éprouvent du ressentiment. Ah, cette jalousie et ce besoin de reconnaissance tellement humains ! Auguste Maquet se fâchera définitivement quand Dumas, très dépensier – il s’est fait construire un château –, fera faillite sans pouvoir payer Maquet tout de suite. C’est un grand dommage, car leur complémentarité était parfaite.
Quant à Frédéric Gaillardet, il se battra en duel avec Dumas au révolver (les deux se manqueront) à cause de son roman, La Tour de Nesle. Dumas l’avait modifié pour la scène, à la demande du directeur du théâtre. Lequel est le vrai responsable en ayant attribué la paternité à Alexandre Dumas, alors que ce dernier avait bien demandé de ne pas mentionner son nom. Voilà encore du romanesque.

Cuisine, cinéma et Panthéon

À 67 ans (1869), dernière année de sa vie, le véritable épicurien qu’il est veut clore son œuvre par un grand livre d’histoire de la cuisine « à la gloire de la bonne chère ». En 2002, Alexandre Dumas est le sixième écrivain, après Voltaire, Rousseau, Hugo, Zola et Malraux, à être honoré au Panthéon par « la patrie reconnaissante », selon le vœu du Président Chirac. Mais la réelle récompense posthume reste celle du cinéma. Et du public. Le dernier Comte de Monte-Cristo (2024), de La Patellière et Delaporte, a cartonné au box-office français, avec plus de neuf millions d’entrées (deux millions à l’étranger), classant déjà le film parmi les grands classiques du cinéma. On peut très bien lui préférer le feuilleton télévisé avec le formidable Depardieu.

Le Président Sarkozy a emporté le roman en prison. Tenu encore une fois en haleine, le peuple français va-t-il assister à une vengeance à la Dumas ?

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Antoine de Quelen
Ex-publicitaire et rédacteur pour la télévision

Vos commentaires

19 commentaires

  1. Alexandre Dumas et Victor Hugo ont produit , entre autres , des romans prodigieux qui participent à tout ce qui fait la Grandeur de la France . Ces livres sont non seulement captivants mais nous baignent dans l’honneur , la gloire et le courage .

  2. Il n’y a pas lieu de victimiser Sarkozy et le faire passer pour un héros en l’identifiant au comte de Monte-Cristo victime d’une sombre et injuste cabale le dénonçant comme un comploteur bonapartiste et entraînant 14 ans d’enfermement. Non, je rappelle que l’ex-président en est à sa TROISIEME condamnation pour un cumul de 9 ans de prison :
    A/ – 1er mars 2021 – affaire dite Bismuth des écoutes téléphoniques : condamné à 3 ans de prison dont 1 an ferme pour corruption et trafic d’influence (condamnation définitive).
    B/ – 30 septembre 2021 – affaire Bygmalion : condamné à 1 an de prison ferme pour financement illégal de sa campagne 2012. La cour de cassation se prononcera le 26 novembre 2025 sur son pourvoi sans effet sur le fond.
    C/ – 25 septembre 2025 – affaire libyenne : condamné en 1ère instance à 5 ans de prison ferme et 5 ans de privation des droits civiques (avec inéligibilité) pour association de malfaiteurs, jugement dont il a fait appel.

  3. Sarkozy devient un saint laïque du fait de son incarcération. Ridicule, concernant ce président médiocre auteur d’un coup d’état institutionnel (référendum de 2005 à la poubelle), qui devait karchériser les banlieues (), et s’est prosterné devant Bush en réintégrant le commandement de l’OTAN !
    Quant à l’adaptation de Monte Cristo avec Depardieu, rien de plus nul, ledit Depardieu étant le plus mauvais Dantès de l’histoire du cinéma ! Allez plutôt voir la merveilleuse adaptation télévisée de Denys de la Patellière avec Jacques Weber. C’est autre chose…

  4. C’est aussi ce que bon nombre d’entre nous en silence pour ne pas alerter certains bien pensants de cette gauche nous fasse représailles, tôt ou tard malgré ce que certains rêvent de ne pas voir sortir Sarkozy probablement cette injustice ne restera pas lettre morte.
    Peut être aurons nous la chance de voir une réforme de cette justice de certains juges qui ne font pas le droits mais le pouvoir.
    Si on se rappel certaines décisions de cet ancien président on ne voyait pas comme cela mettre en prison un ancien chef d’état d’un pays comme la France car en fait bien d’autre méritaient et mérite le même sort qui peut arriver a chacun d’entre nous coupable ou non.

  5. Le cinoch fait autour de sarkozy devient lassant mais venant de ce chroniqueur tout est possible mais tellement inutile.

    • Soleil 33, « ce » chroniqueur n’est pas responsable des sous-titres qui peuvent être écrits ou modifiés par la rédaction.
      Si vous lisez jusqu’à la fin, il s’agit d’appuyer sur le dénouement romanesque. Un Président de la République en prison, cela reste quand même historique, que l’on aime ou pas Sarkozy.

  6. Le général Dumas n’est pas tombé en disgrâce sous l’Empire mais sous le Consulat. Le Premier Consul devenu l’Empereur Napoléon 1er à fait par la suite montre d’une révoltante ingratitude envers lui,.

  7. J’adore Alexandre Dumas qui a bercé ma jeunesse en me faisant rêver avec ses « Les trois Mousquetaires, Le Comte de Monte-Cristo, Joseph Balsamo, le Vicomte de Bragelonne, Vingt ans après… », et j’arrête là tant la liste de ses merveilles littéraires sont nombreuses, il est vrai aidé qu’il était par une solide équipe de scribes.
    Mais à vrai dire la comparaison avec Nicolas Sarkozy me semble hasardeuse et s’arrête là, l’ancien président n’ayant pas besoin de s’enfuir de sa geôle par un subterfuge suite au décès de l’abbé Faria.
    Non, l’ex-chef d’Etat connaîtra son sort pénal pas plus tard qu’après sa comparution de demain matin (lundi 10 novembre 2025 à 9h30) devant la Cour d’appel de Paris laquelle statuera sur sa demande de remise en liberté provisoire ou son maintien de détention à la MA de la Santé sur le champ ou au plus tard sous les 48 heures de l’audience.

    • La comparaison s’arrête d’autant là que si Sarkozy sort bientôt de prison, nous, on n’est pas sortis de celle dans laquelle il nous a précipités et où l’on croupit dans l’Europe de Mastricht.

      • Non, si c’est lui qui l’a proposé, ce sont les députés et les sénateurs qui l’ont voté avec une très large majorité.
        C’est quelque chose à ne pas oublier, lors des prochaines législatives et sénatoriales!

  8. Quand j’étais petite, mon grand-père me disais « Te voilà encore dans ton d’Artagnan! » lorsqu’il me trouvait plongée dans Les Trois Mousquetaires. Je m’y replonge encore lorsque j’ai besoin de retrouver le sourire et l’équilibre. Un grand merci à M. Dumas!

  9. Et ne pas oublier l ‘excellent Chevalier de Maison Rouge ,tentative de sauvetage de Marie -Antoinette par un groupe de Royalistes , qui donna lieu à un passionnant feuilleton télévisé en 1964

    • à Monsieur Catchow. Vous m’avez donné envie d’en savoir plus sur Le Chevalier de Maison Rouge et de regarder le début de ce feuilleton. Je me régale !…
      Dommage qu’on ne fasse plus des séries télé de cette qualité et avec de tels dialogues !

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