La tombe d’un prince celte dévoilée pour la première fois aux Français
L’exposition « Lavau, un prince celte en bord de Seine vers 450 avant notre ère », bientôt présentée au Musée d’art moderne de Troyes du 24 janvier au 21 juin 2026, va inviter les Français à pénétrer un univers méconnu, celui des élites celtiques du premier âge du fer. Ainsi, après dix ans de recherches et de restauration méticuleuse, va être dévoilée pour la première fois au public l’intégralité du mobilier princier mis au jour dans la tombe de Lavau, dans l’Aube, par l'INRAP. Cette découverte exceptionnelle, faite en 2015, a profondément renouvelé notre vision de cette culture gauloise, parfois trop perçue comme barbare.
Découverte d’un tumulus et d'un trésor
Au cœur d’un chantier d’archéologie préventive à Lavau en 2015, la découverte d’un tumulus monumental d’environ 40 mètres de diamètre a retenu l’attention des archéologues. En effet, ce tumulus était entouré d’un vaste enclos quadrangulaire avec un portique monumental et une rampe d’accès, témoignant d’un soin architectural hors normes pour une nécropole celtique. La chambre funéraire, remarquablement préservée, abritait alors le corps d’un homme de haut rang, surnommé le « prince de Lavau », reposant sur un char à deux roues auprès d’un impressionnant viatique funéraire en bronze.
Ce dernier, mesurant environ un mètre de diamètre, pouvait contenir jusqu’à 300 litres de liquide - probablement du vin. D’origine étrusque ou grecque, il est orné de quatre anses figurant la tête du dieu Achéloos, divinité protectrice du fleuve éponyme situé en Grèce, ainsi que de huit têtes de félins en haut-relief, un décor qui n’est pas sans rappeler celui du célèbre chaudron de Vix, bien qu’il le précède de quelques décennies.
À ses côtés se trouvait aussi une cruche à vin grecque montrant Dionysos lors d’un banquet. Cependant, cette pièce hellénique a été modifiée par des orfèvres celtes, qui lui ont ajouté une base en or et argent et des motifs typiquement celtiques sur l’anse, illustrant une rencontre artistique entre ces deux mondes de l’Antiquité. Les scientifiques ont également découvert une passoire et une cuillère en argent décorées de représentations animales.
Quant au prince, il portait de nombreuses parures dignes de son rang, comme un torque en or, une paire de bracelets, une fibule et une ceinture finement ouvragés. L’exceptionnelle richesse de la tombe suggère que le personnage enterré n’était pas un simple notable mais bien un dignitaire de haut rang, peut-être même un « roi », selon certains chercheurs. La présence d’objets importés de Méditerranée met également en lumière l’existence de réseaux d’échanges culturels et commerciaux particulièrement développés entre le monde celtique et les cités grecques ou étrusques.
La tombe d’un prince
Les fouilles ont mobilisé une multitude de disciplines : archéologie, anthropologie, biochimie, conservation et restauration. En effet, au fil des années, les chercheurs se sont efforcés de préserver mais aussi d’analyser les restes du défunt, les pollens et les résidus organiques présents sur les objets afin de reconstituer les conditions de son inhumation et le déroulement de ses funérailles.
Ainsi, les scientifiques ont pu déterminer que le corps du défunt avait reposé sur un lit de céréales et de fleurs aux propriétés odorantes, fongicides et insecticides. Ce procédé, destiné à réduire la putréfaction du corps et à en masquer les effets, suggère une exposition prolongée du mort, probablement afin de permettre aux membres de sa communauté et à ses proches de lui rendre hommage. Cela est renforcé par l’absence de trace de coprostanol, marqueur biologique des excréments, montrant que le corps a dû être éviscéré et privé de ses intestins, certainement dans le cadre d’un embaumement.
Le prince de Lavau jouissait d’une excellente santé : l’analyse de ses dents révèle qu’il n’avait pas souffert de la faim, durant son existence. Cependant, il a dû subir quelques blessures dues à un accident de char ou de cheval, comme en attestent une fracture consolidée de la clavicule et un léger enfoncement du crâne.
Les chercheurs ont même pu déterminer son apparence physique grâce à la génétique. Ils ont ainsi découvert que les ancêtres du prince n’étaient probablement pas originaires de Gaule mais issus de populations méridionales, ce que confirmeraient une peau plus sombre, des yeux marron et des cheveux raides.
L’exposition de Troyes va présenter sur près de 530 m2 l’histoire de cette découverte grâce à 80 objets issus de Lavau, 130 pièces prêtées par des institutions françaises et 23 provenant du reste de l’Europe. Grâce à une scénographie mêlant objets restaurés, reconstitutions architecturales et dispositifs numériques, le visiteur sera transporté dans le passé, jusqu’au cœur de la sépulture du prince de Lavau.
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18 commentaires
Bien qu’injustement qualifiés de réfractaires aujourd’hui on s’émerveille du génie de nos ancêtres les gaulois Ils avaient un profond respect et beaucoup d’admiration pour leurs princes qui sans aucun doute le méritaient..! Aujourd’hui, ce n’est que ressentiment, mépris pour ne pas dire haine pour ceux qui s’octroient tous les pouvoirs sans aucune légitimité sinon par lâcheté et laxisme des peuples. Dans les millénaires futurs on ne trouvera plus heureusement de monument funéraire célébrant ces dirigeants iniques et détestés…! Sauf pour un dictateur communiste un assassin un monstre… Mais est ce de la moquerie du voyeurisme ou le musée des horreurs
Oui, il y a toujours le grin du politiquement correct qui rôde, même au niveau de l’archéologie…
Pendant que certains voudraient faire croire qu’avant la révolution, il n’y avait rien… A contrario, on peut légitimement se demander si la décadence n’a pas commencée après, cette révolution.
Cette époque (Ve avant J-C.) est le sommet de la 2e expansion celtique. Vers le Sud : tout le nord de l’Italie, le sud de la la Gaule, la moitié nord ouest de la péninsule ibérique, l’Illyrie. Les Celtes n’étaient pas nécessairement blonds au yeux bleus mais ils se décoloraient la chevelure à l’eau de soude. Tant mieux si les ignorants qui pensaient qu’avant les colonisateurs esclavagistes les Gaulois étaient des tribus sauvages, découvrent à quel point les Gaulois avaient civilisation élevée, quoique ne construisant pas des villes de pierre.
Certains sont étonnés, quand on leur explique que les gaulois avaient un réseau routier dense et des villes forteresses où se concentrait une industrie métallurgique réputée dans tout l’occident.
Mais si , en pierres ,voir les oppidums (oppida ,c’est en latin) nombreux dans le midi de la France,avec remparts ,temples,entrepôts, maisons ,rasés par les envahisseurs Romains, façon Tchetchenie ou Gaza ,comme l’on veut.
Mais ce n’était pas non plus des tendres avec les têtes coupées de leurs ennemis à l’encolure de leurs chevaux et sacrifices humains..
On ne peux qu’être passionné des découvertes d’archéologues qui grâce a eux nous montrent que les Gaulois et autres tributs étaient des gens bien plus raffinés que ce que nous expliquaient certains stéréotypes.
Il y a aussi à Troyes un musée des beaux Arts et d’archéologie. Cette exposition aurait été dans un cadre plus cohérent que dans un musée d’art moderne, mais c’est peut être une décision « technique ».
L’archéologie et l’histoire sont des disciplines qui fascinent un grand nombre de vivants.Un des principaux ressorts de cette fascination ne serait-il pas de nature psychologique ? Songer à nos ancêtres, nous transporter par l’imagination dans leur univers au moyen des connaissances extrêmement parcellaires et fragiles que nous croyons posséder sur eux ne répondrait-il pas à un besoin de nous rassurer face à notre propre mort, prochaine et inéluctable ?
Pourquoi des guillemets pour ancêtres?
Parce que les Gaulois sont loin d’être nos seuls ancêtres: Francs, Wisigoths, Romains et une foule d’autres « visiteurs »….
Oui, mais la majorité de nos ancêtres sont gaulois.
Le fond gaulois/peuple du néolithique constituait, jusque dans la années 70, plus de 90% de la part génétique de la population française.
Les apports étrangers furent le fait de peuples ou individus en faible nombre, rapidement absorbée et assimilée.
A 1,5 km de chez moi (le tumulus) ! Mais je ne suis pas d’ici (champagne) ; Si celte, plus à l’Est et au Sud (le sud étant en l’occurence juste la Bourgogne viticole..); Et je pense qu’en moins 500, mes ancêtres étaient déjà suffisamment futés pour ne pas avoir à importer du vin « du midi » mais le confectionner à demeure, de prunelles en baies des buissons, en passant par les griottes sauvages, aubépines et églantines, sureaux et autres trésors de la nature..
Comme j’aimerais pouvoir aller à cette expo !
Déjà à l’époque, la France était envahie !
Les échanges commerciaux ne sont pas sans conséquences mais a petite dose et les gaulois étaient chez eux, mais avec le temps comme les choses peuvent changer…aujourd’hui les gaulois préparent leur valise
Prince celte avec « ancêtres issus de populations méridionales ». Donc un Gaulois du sud de la Méditerranée.
Un petit peu de diversité, chez les archéos on se sent obligé d’en mettre au jour.
Du sud, oui, mais pas forcément du sud de la Méditerranée. Ne mélangeons pas tout!