La rentrée scolaire de BV en chansons
C’est la rentrée, celle des cancres comme des bons élèves. Et souvent chantée par les plus grands artistes, chacun à leur façon.
Rosa, Jacques Brel (1962)
Pour ceux qui font encore du latin, les déclinaisons peuvent parfois faire office de manuel de torture. Et pourtant, quelle poésie en ces mots dont la terminaison change, non point au gré du vent, mais de cette grammaire héritée des Romains. Une telle poésie ne pouvait échapper au grand Jacques, pour lequel il s’agit du « plus vieux tango du monde./Celui que les têtes blondes ânonnent comme une ronde./En apprenant leur latin. »
L’école est finie, Sheila (1963)
Pour des millions d’écoliers, la rentrée ne fait que commencer. Pour Sheila, elle était bien évidemment « finie ». Même si on ne sait pas vraiment si cette fin annonce les grandes vacances ou, tout simplement, celle d’une soirée qui commence. Peu importe, finalement : « Donne-moi ta main et prends la mienne./La cloche a sonné, ça signifie/La rue est à nous que la joie vienne./Mais oui mais oui, l’école est finie. » Dans le registre joyeux et bon enfant, on n’a guère fait mieux. Dire qu’à l’époque, il y avait encore des cloches dans les écoles…
Sacré Charlemagne, France Gall (1964)
La révolte contre l’institution scolaire était alors bien innocente, quatre ans avant Mai 68. En ligne de mire ? Pas encore Charles de Gaulle, mais seulement Charlemagne : « Qui a eu cette idée folle/Un jour d’inventer l’école./C’est ce sacré Charlemagne », coupable, « de nous laisser dans la vie/Que les dimanches, les jeudis ». Dans son empressement, notons que France Gall a oublié les samedis après-midi.
Excusez-moi, monsieur le professeur, Christophe (1965)
Dans le registre rebelle, Christophe n’est guère plus énervé, se contentant de ronchonner contre les coups de règle sur les doigts et les oreilles parfois tirées à tort et à travers : « Si mes oreilles sont longues, c’est parce qu’un imbécile./Un jour s’est amusé à leur tirer dessus./Si mes doigts n’ont plus d’ongles, c’est parce qu’un imbécile/Un jour s’est amusé à leur taper dessus. » Aujourd’hui, les choses ont quelque peu changé, sachant que ce sont désormais les élèves qui cognent leurs professeurs. Mais ça, notre artiste ne pouvait pas le deviner.
Mes universités, Philippe Clay (1971)
Trois ans après le grand chahut de Mai, Philippe Clay remet les choses à l’endroit : « Mes universités,/C’était pas Jussieu, c’était pas Censier, c’était pas Nanterre./Mes universités,/C’était le pavé, le pavé de Paris, le Paris de la guerre./On parlait peu d'marxisme/Encore moins de maoïsme./Le seul système, c’était le système D/D comme débrouille-toi/D comme démerde-toi/Pour trouver d'quoi/Bouffer et t'réchauffer. » Inutile de préciser que, si ce brûlot fit alors scandale, cela ne l’empêcha pas de devenir un classique instantané que certains étudiants seraient aujourd’hui bien inspirés de méditer.
Les Matins d’hiver, Gérard Lenorman (1972)
Gérard Lenorman a toujours été un chanteur sous-estimé. Et pourtant, quelle belle chanson que ces Matins d’hiver, qui ne revendique rien, se contentant d’illustrer la mélancolie du chemin des écoliers. « Nous arrivions dans la salle de classe/Où le maître nous séparait./Nous retrouvions chaque jour notre place/Et l´on ne pouvait plus se parler./Puis bercés par les vagues d´une douce chaleur/Que nous prodiguait le vieux poêle/Nos esprits s'élevaient pour se rejoindre ailleurs/Vers des plages où il fait toujours beau,/Où tous les jours sont chauds,/Où l´on passe sa vie à jouer/Sans songer à l´école, en pleine liberté./Pour rêver. » Que celui qui n’a jamais éprouvé de tels sentiments nous jette le premier bout de craie.
Fontenay-aux-Roses, Maxime Le Forestier (1971)
Encore une chanson mélancolique de l’immense Maxime Le Forestier, mais dans un répertoire plus coquin. Soit les rêveries inavouables d’un adolescent rêvant devant un pensionnat pour jeunes filles : « Je crois que je vous dois/De vous faire un aveu./Petites, écoutez-moi./C’est la première fois/Que je suis amoureux /De tout un pensionnat. » Quelle ambition ! Quelle énergie !
Another Brick in the Wall, Pink Floyd (1979)
Il fallait bien un Anglo-Saxon, dans cette liste : Roger Waters, le bassiste des Pink Floyd, donc. Là, c’est l’école qu’il condamne en bloc, accusant les professeurs de laver le cerveau de leurs élèves. Vu les programmes actuels, on ne serait pas loin de lui donner raison. Mais on peut aussi considérer cette chanson comme un caprice d’enfant gâté, c’est selon. En attendant, le morceau est imparable, et mention spéciale pour le solo de guitare de maître David Gilmour.
La maîtresse d’école, Georges Brassens (1982)
Longtemps inédit, ce titre connaît une sortie tardive, un an après la mort du poète, le 22 octobre 1981. Brassens y expose sa vision toute particulière en matière de pédagogie : « À l’école où nous avons appris l’ABC/La maîtresse avait des méthodes avancées./Comme il fut doux le temps, bien éphémère, hélas !/Où cette bonne fée régna sur notre classe./Avant elle, nous étions tous des paresseux/Des lève-nez, des cancres, des crétins crasseux. […] La maîtresse avait des méthodes avancées :/Au premier de la classe elle promit un baiser./Un baiser pour de bon, un baiser libertin./Un baiser sur la bouche, enfin bref, un patin. »
Les méthodes en question n’ayant pas ravi le lectorat, la maîtresse s’en alla. Ne laissant plus derrière elle que des cancres redevenus. Dommage.
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32 commentaires
Que de bons et merveilleux souvenirs. Merci à vous Nicolas Gauthier pour cette piqure de rappel. Autres temps, autres mœurs mais, que cette simplicité bénéfique et sans excès était de bon goût.
Comme beaucoup sur ce site, j’ai vécu l’époque ou les maitres se permettaient quelques corrections corporelles envers les élèves sans que ces derniers et leurs parents ne trouvent rien à redire. J’ai à ce propos en mémoire, en CM2, lors d’une dictée, le maitre passait derrière nous et jetait un œil par dessus notre épaule pour nous corriger si nécessaire, une claque mémorable et percutante qui sonne encore à mon oreille m’a fait corriger la faute d’orthographe que je venais de faire. Je remercie encore aujourd’hui ce maitre, Ben Soussan, qui m’a fait devenir bon en orthographe, très rare de nos jours.
« Dire qu’à l’époque, il y avait encore des cloches dans les écoles… » encore aujourd’hui …
En effet mais celles-ci, ne sonnent pas le tocsin !
Non , France Gall avait raison , avant 68 , il y avait de l ‘école le samedi -après-midi….mais pas d ‘étude , la journée se terminait donc à 16 h30 !!
Je m’était fait la même réflexion, il y avait effectivement de l’école le samedi après-midi.
Rétrospective originale et non dénuée d’amertume…qui confirme le talent de Monsieur Nicolas Gautier.
Un grand merci pour tous ces souvenirs. Une époque où nous avions foi en l’avenir…
Merci Mr Gauthier. Mais que de fautes d’orthographe dans les commentaires!…
Malheureusement, je pense que les personnes (comme moi ) qui ont appréciées ce bon moment d’écoute, sont plus près des 70 ou 80 ans que les jeunes godelureaux qui n’écoutent que du rap dont les trois quarts du temps ils n’en comprennent pas les « paroles » que je qualifie de borborygmes pour la plupart
Merci pour cette rétrospective qui m’a permis de revisiter mes jeunes années. Et j’ai vu avec sidération le décalage avec aujourd’hui…
MERCI MERCI …… Devenus « grands » , quant allons nous « breaking the wall » ????