La France évite un accident diplomatique avec l’Argentine grâce à un Post-it™

Un simple détail cartographique a suffi à faire monter la tension au palais Bourbon.
Capture d'écran
Capture d'écran

Un simple détail cartographique a suffi à faire monter la tension diplomatique au palais Bourbon. En effet, ce mercredi 21 janvier, lors d’une audition pourtant classique à l’Assemblée nationale, la question sensible des îles Malouines a brutalement ressurgi, rappelant combien certains contentieux internationaux restent à vif, même à des milliers de kilomètres de distance.

Une scène inhabituelle au palais Bourbon

En effet, ce mercredi 21 janvier, l’Assemblée nationale a été le théâtre d’un moment de tension rare, frôlant l’incident diplomatique. Invité à s’exprimer devant des députés français dans le cadre d’une audition de la commission des affaires étrangères, l’ambassadeur d’Argentine en France, Ian Sielecki, a pris la parole dans une salle où figurait derrière lui une carte officielle du monde. Sur ce planisphère, les îles Malouines apparaissaient comme un territoire relevant de l'autorité du Royaume-Uni.

Une représentation cartographique anodine pour de nombreux États, mais lourde de sens pour Buenos Aires, qui revendique depuis des décennies la souveraineté sur cet archipel stratégique de l’Atlantique sud. L’ambassadeur a alors fait part de son profond malaise, expliquant qu’il ne pouvait s’exprimer normalement dans ces conditions. Selon lui, cette carte revenait à entériner une position contestée par son pays. Il a ainsi déclaré qu’il lui était impossible, en tant que représentant de l’État argentin, de « parler librement devant cette carte », estimant qu’elle « légitime une situation qui constitue une atteinte à la souveraineté de [s]on pays, à la dignité de la nation argentine et une violation flagrante du droit international ». Pour illustrer son propos, Ian Sielecki a établi une comparaison affirmant que la situation revenait à demander « à l’ambassadeur de l’Ukraine de venir parler devant une carte qui montrerait le Louhansk ou la Crimée comme faisant partie légitimement de la Russie ».

 

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagée par LCP-Assemblee nationale (@lcp_an)

 

Afin de désamorcer rapidement la situation, à la demande de l’ambassadeur argentin, un simple morceau de papier a été apposé sur la carte pour masquer les îles, permettant à l’audition de reprendre et évitant que la polémique ne prenne une ampleur diplomatique plus grave.

La souveraineté britannique sur les Malouines

Les îles Malouines, connues sous le nom de Falkland Islands au Royaume-Uni, sont sous administration britannique depuis 1833, date à laquelle Londres a repris le contrôle de l’archipel. Le Royaume-Uni fonde alors sa souveraineté sur une présence continue depuis le XIXe siècle, consolidée par l’installation durable d’une population qui se considère majoritairement comme britannique. En 2013, un référendum local a même confirmé ce rattachement, avec plus de 99 % des votants favorables au maintien de la souveraineté britannique.

L’Argentine, de son côté, conteste cet état de fait en se fondant sur l’héritage de la période coloniale espagnole et sur sa propre indépendance acquise en 1816. Buenos Aires affirme ainsi avoir exercé son autorité sur les îles dans les années 1820, avant l’intervention britannique de 1833, qualifiée par les autorités argentines d’occupation illégale. Cette divergence a culminé lors de la guerre des Malouines, entre avril et juin 1982, un conflit bref mais meurtrier qui s’est soldé par la victoire du Royaume-Uni. Depuis, l’Argentine continue de porter le différend devant les instances internationales, notamment les Nations unies.

Une indignation jusque dans les rangs des députés

Malgré la résolution rapide de l’incident, la scène survenue à l’Assemblée nationale a suscité de vives réactions parmi les parlementaires français, à commencer par Laurent Mazaury, député du groupe LIOT. Ce dernier s’est ainsi dit profondément choqué, évoquant ce qu’il a perçu comme « une attitude trumpiste », dénonçant ce qu’il a qualifié de jeu dangereux avec les cartes du monde.

 

 

Il a également pointé du doigt la comparaison faite avec la guerre en Ukraine, qu’il a jugée « hallucinante » et « intolérable ». Allant jusqu’à remettre en question sa propre présence, il a confié qu’il aurait « dû quitter la salle ». Ces réactions traduisent le malaise voire la colère ressentie par plusieurs députés soucieux du respect de la géopolitique internationale. La preuve que les questions de souveraineté, de frontières, ne sont pas des questions d'un autre âge.

Picture of Eric de Mascureau
Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

38 commentaires

    • Les USA sont une création dissidente de l’empire britannique et on ne renie pas ses ancêtres. Disons qu’ils sont de la même race que Trump.

  1. C’est marrant ces gens qui hurlent contre l’appropriation des Malouines par l’Angleterre et qui oublient la façon dont la France c’est approprié Mayotte, partie intégrante de la République des Comores… Dont une résolution votée à la majorité à l’ONU en 1974, exige que la France la restitue… Ce dont elle se fout… Les Malouines c’est mal, la Crimée c’est mal, mais Mayotte c’est bien…

    • Mayotte a choisi de rester française en raison de son attachement à Paris et de la volonté de maintenir des liens avec la France. Malgré son éloignement géographique avec la métropole, Mayotte a progressivement tissé des liens indéfectibles avec la France, jalonnés par des référendums et des enjeux politiques de grande envergure. L’indépendance de Mayotte a été contestée par les autres îles de l’archipel des Comores, qui ont choisi l’indépendance. Mayotte a donc conservé son statut de département français…

  2. Dommage que l’on n’apprenne plus les fables de Lafontaine dan le primaire surtout ‘le loup et l’agneau” ou pour Macron “La mouche du coche”.

  3. Comme quoi , il suffit d’un rien pour exacerber des sentiments ultra sensibles tels que le nationalisme ou le souverainisme . En France aujourd’hui , le ressenti de ces sentiments est particulièrement vivace voire épidermique !

  4. Vu l’état de l’armée britannique en ce moment, je pense que les Argentins ont toute leur chance de récupérer cette île déserte sans trop de perte. Vu que les anglais doivent être ceux qui nous détestent le plus en Europe pour ce conflit je serais plutôt du côté des argentins.

  5. L’Argentine qui se réjouit du mercosur et qui va nous envoyer sa viande et autres
    Rien à faire du reste

  6. En droit Maritime une île se trouvant sur le plateau maritime d’un pays appartient a ce pays. Les Malouines sont sur le plateau maritime de l’Argentine bien loin de l’Angleterre mais en ce domaine, ailleurs çà présente de nombreux problèmes.

    • Et le Groenland est sur le plateau maritime américain, donc on va suivre Olaf et pour ce qui est des nombreux problèmes imaginés par Olaf aussi, je songe alors à la Guyane et aux Antilles.

  7. L’Ambassadeur d’Argentine est parfaitement dans son rôle et la bêtise du député LIOT abyssale. Ne parlons pas de l’incompétence de l’organisateur de cette réunion qui aurait dû faire enlever cette carte avant l’audition. Incompétence, morgue d’un député, la France est résumée dans cet incident
    .

  8. Comme quoi le fameux droit international n’est qu’un fourre-toutjuridique aux notions mal definies.
    L’Angleterre de Tatcher eut recours au droit du plus fort et la situation actuelle n’est rien d’autre que le reflet de l »usage de ce droit ..du vainqueur .Exactement ce qui a justifie l’intervention russe en Crimee et dans le Donbass .Avec la aussi un referendum qui fut sans equivoque . Comment peut-on encore contester a l’epoque de la democratie reine une telle confirmation populaire ?

  9. Les argentins sont ridicules sur ce point. Je m’étais moqué d’un argentin en lui expliquant qu’en France, on avait exactement le même problème, à savoir que l’on avait une île, clairement dans nos eaux territoriales, qui de plus nous appartenait dans le passé, et que les anglais ne voulaient pas nous rendre. Lui pensait aux îles anglo normandes, je lui ai expliqué que je parlais de l’Angleterre. Salauds d’anglais… ;-) Les falklands sont anglaises, et si elles devenaient Argentine, la situation économique de l’Argentine ne changerait guère, ce n’est pas trois moutons en plus qui changeraient la donne. C’est vraiment un cache misère qu’ils ressassent périodiquement pour cacher l’incurie de leurs gouvernements.

  10. Les Malouines appartiennent à la Grande bretagne qui a démontré en 82 qu’il ne fallait pas toucher à ses territoires outre mer….

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

LFI ne veut pas voir les gens sortir de la pauvreté
Gabrielle Cluzel

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois