La Boum souffle ses 45 bougies : retour sur un film transgénérationnel
La Boum, le film de Claude Pinoteau, c’était il y a maintenant quarante-cinq ans. À l’époque, personne n’y croit. Aujourd’hui, la vénérable revue Schnock, celle « des vieux de 27 à 87 ans », y consacre sa une, rappelant cet entretien que l’acteur Thierry Lhermitte leur avait jadis accordé : « À l’époque, la Gaumont misait énormément sur Clara et les chics types, avec des tas de théories pour expliquer que ce film allait faire plusieurs millions d’entrées. En revanche, ils étaient très embêtés : ils avaient un autre film sur les bras, ils ne savaient pas quoi en foutre. Le film s’appelait La Boum, et qui était censé se planter. Il devait sortir quelques semaines avant nous, et chez Gaumont, ils espéraient qu’il allait dégager vite fait pour laisser la place à Clara. Résultat, Clara a été un échec et La Boum un succès monstrueux ! » Avec 4.300.000 entrées en France et quinze millions en Europe, c’est effectivement le moins qu’on puisse prétendre. Comme quoi il n’y a pas qu’en politique que les technocrates sévissent.
Depuis, tout le monde connaît ce film retraçant les émois prépubères de Victoire Berreton, dite « Vic », incarnée par la jeune Sophie Maupu (treize printemps), qui accède à la célébrité planétaire sous le pseudonyme de Sophie Marceau. Elle a joué dans Braveheart (1995), de Mel Gibson, mais a également interprété la méchante d’un James Bond, Le monde ne suffit pas (1999), de Michael Apted, pas le meilleur, loin s’en faut ; mais cela n’est pas rien.
Les souvenirs de Danielle Thompson, la scénariste…
À l’origine de ce film transgénérationnel, qui peut encore maintenant se voir entre parents et enfants, grands-parents et petits-enfants ? Claude Pinoteau, le réalisateur, bien sûr. Mais surtout Danielle Thompson, fille de Gérard Oury, l’homme de La Grande Vadrouille, sa scénariste qui, en l’occurrence, s’inspire des déboires sentimentaux d’une autre fille : la sienne. Toujours selon Schnock : « J’ai eu douze ans dans les années 1950, et en ce temps-là, il était hors de question de faire des boums ou de sortir sans dire où on allait. Ma génération commençait un peu à affronter les parents, à vouloir s’émanciper et se dégager de leur autorité à partir de seize ans. Or, en 1980, "twelwe is the new sixteen" ! Quelle ne fut pas ma stupeur, une après-midi où je rentrais chez moi : tous les volets étaient fermés, il y avait de la musique et des petits enfants, en l’occurrence ma fille Caroline et ses amis, qui dansaient ensemble. Je me suis dit : "Mais qu’est-ce qui se passe ?" Ça m’a fascinée, aussi, de constater à quel point, tout à coup, la vie sentimentale prenait le pas sur tout, à un âge où j’imaginais que j’avais encore quelques années tranquilles dans l’éducation de ma fille. Ça a été le déclic ! On voulait raconter cette stupeur des parents face à leurs enfants qui, à douze ans, se conduisaient comme eux s’étaient conduits quand ils en avaient dix-sept ou dix-huit. »
Bien vu ! D’ailleurs, le talent de cette dame dépassée par les événements se tenant en sa propre maison consiste à ne pas, non plus, faire des parents d’intouchables icônes. Car eux aussi ont leurs faiblesses. Ainsi, Brigitte Fossey, la mère de Vic, se rend-elle compte des infidélités de son époux, Claude Brasseur. Elle lui en veut, évidemment, mais n’a rien contre le fait de succomber aux charmes d’un professeur d’autant plus irrésistible qu’il est campé par un Bernard Giraudeau alors au faîte de sa beauté. D’où cette galerie de portraits dépeinte tout en demi-teintes qui serait incomplète si l’on n’évoquait pas Denise Grey, en grand-mère indigne et pétulante, ou une Dominique Lavanant, impayable en maîtresse hystérique.
Bref, tout le monde pouvait alors se reconnaître en ce film. C’est toujours le cas, près d’un demi-siècle plus tard. La scène dans laquelle Claude Brasseur, le papa, emmène fifille, Sophie Marceau, à sa première boum vaut le détour, ne serait-ce que par ce conclave improvisé de pères angoissés sur le trottoir se demandant dans quel boutre leur progéniture féminine est partie se fourrer. Que ceux de nos lecteurs n’ayant jamais connu pareilles affres se signalent, mais sachent aussi que s’ils démentent, on ne les croira pas.
Une scène qu’on ne pourrait plus tourner aujourd’hui…
Depuis, de l’eau a coulé sous le pont des soupirs adolescents. Une scène où l’un des copains de Vic, las que sa voisine lui chipe ses pop-corn au cinéma, glisse son zobineau dans la boîte à friandises, jusqu’au moment où la gamine met la main sur… le zobineau en question. Cela ne serait certes plus filmable en ces temps de féminisme militant. Pourtant, et a contrario, la petite histoire du tournage nous dit que Claude Brasseur, inquiet de voir Richard Sanderson, le bellâtre ayant interprété le slow Reality - chanson emblématique du film composée par l’irremplaçable Vladimir Cosma -, tourner autour de la toute jeune Sophie Marceau, l’aurait collé au mur en le menaçant de lui refaire le portrait, façon Picasso, s’il ne cessait pas ses avances plus qu’appuyées.
La même scène se serait reproduite en 1984 lors du tournage de Joyeuses Pâques, de Georges Lautner, avec Jean-Paul Belmondo menaçant toute l’équipe des mêmes sévices si jamais elle manquait de respect à la jeune actrice, depuis devenue femme. Comme quoi, à l’époque, le mâle hétérosexuel et blanc n’avait pas que des défauts.
Mais, histoire de finir sur une note fédératrice, pourquoi ne pas citer cette réplique devenue, depuis, un classique à elle seule, cette colère d’une adolescente vis-à-vis de ses parents manifestement dépassés : « Ça fait rien, laissez tomber, de toute façon, vous en avez rien à foutre ! Vous pensez qu’à vous ! Vous vous êtes même pas aperçus que j’ai paumé ma gourmette en or, que j’ai raccourci ma frange, vous l’avez même pas vu ! J’ai plus rien à me mettre, j’ai plus de chaussettes dans mon tiroir, vous avez même plus le temps de me faire réciter mes leçons ni de me faire à bouffer ! Ça vous est bien égal de savoir si je suis heureuse ou malheureuse ! »
Claude Brasseur, le papa : « Qu’est-ce qu’elle a ? »
Brigitte Fossey, la maman : « Treize ans… »
Les années passent et les modes avec. Mais nos fillettes auront toujours treize ans. C’est ainsi, et ainsi va la vie.
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22 commentaires
Pas vu,
on était sans doute dans la salle d’à côté à mater le Vivre Vite de Carlos Saura !
Nostalgie d’une époque , sans téléphones portables, ni réseaux sociaux ,où les jeunes faisaient l’apprentissage de la vie simplement et se préparaient à leurs rythme a être de futurs adultes !! C’était avant !!
C’est quoi tous ces commentaires rageux ? Personne n’oblige personne à aimer la boum, film qui n’a jamais eu la prétention d’être un documentaire sur la jeunesse des années 80. Juste l’expression d’une vision du monde des ados de cette époque et si cela a eu un tel succès c’est bien que certains s’y retrouvaient. Et j’en ai fait partie. Même si un peu plus âgée que Vic, je le remémorais certaines scènes de ma vie à cet âge. Bien évidemment tous les ados de cette époque n’ont pas eu la même vie mais le film n’a jamais eu pour ambition d’être un copier coller de la vie de tous les ados français de cette époque. Certains ont eu une vie dure et d’autres une vie dorée a l’or fin. Et vous savez quoi ? Et bien aujourd’hui encore c’est la même chose … peut être même pire. Alors au lieu de cracher du venin regarder le (ou pas) comme une gentille bluette des année 80, époque où on laissait sortir les filles sans craindre qu’elles reçoivent un coup de couteau …..
Vous en devez pas avoir d’enfants ou de petits enfants qui regardant cela s’imagine que nous étions tous des fêtards, que nous avions beaucoup de droits, peu de devoirs
Ce qui n’a pas changé depuis ces regrettées années soixante -septante (oui, on apprenait septante et nonante , parfois octante, jamais huitante en primaire et en Haute Savoie), c’est ce que génère comme commentaires ce pâle navet mélo, même pas Hamiltonien; au grand regret de certains ?
Quand les auteurs manquent de hauteur…
C’est marrant moi j’ai toujours trouvé ce film cucul et nunuche… Et Sophie Marceau n’y était pas encore la splendide femme qu’elle devint par la suite.
Elle n ‘avait que treize ans et était déjà splendide !!
c’est quoi cet article ? Je n’ai jamais vu ce film car je suborais que cela devait être navet à l’eau de rose
idem pour moi, je ne l’ai jamais vu car je ne supportais plus la chanson qui passait en boucle partout.
A peine un téléfilm moyen…
… je subodorais…
Je n’ai jamais vu ce film a sa sortie, à 15 ans j’entrais au GEM Saint Mandrier, les années 80 de la boum ne sont pas celles des gamins et des gamines habitant à la campagne, pas de « boum », parce pas de voiture, les mobylettes étaient pour ceux qui bossaient, les parents interdisaient aux gamins de sortir. Mes « vacances par exemple c’était de démarier les betteraves, les chicorées, couper la fausse avoine dans les champs de blé sous un soleil de plomb, la moisson, les betteraves, en hiver, le tri des patates en février. La boum est loin de la vraie vie de la majorité de Français des années 80, un film qui montre la vie de gosses de riches, pas la réalité.
Moi je suis scientifique et lorsque je vois les films de la guerre des étoiles, je ne peux que critiquer toutes les inexactitudes… En fait non, je regarde ça comme un film d’aventure. J’ai dû participer une fois à une boum (et m’y suis emm…), mais on regarde ce genre de film avec un coeur tendre, un peu dans la même lignée que Diabolo Menthe de Diane Kurys, pas en se disant « tsss, gosses de riches, j’t’en foutrais moi… »
C ‘ était la fin d ‘une belle époque….après : la guerre des étoiles….hélas !!
Vous croyez qu’ils étaient quoi ces gosses gâtés pourris?
Ben ouais, les bourgeoises ont toujours de « gros » problèmes! A cette époque, j’étais dans l’Armée pour 5 ans et pour la « 2 » j’étais au Liban. Avant, j’aurai répondu à un instit’ ou prof’, rentré à la maison, j’aurai pris une rouste « des familles ». Maintenant, les gamins volent, tuent; tout juste si papa/maman ne leur donnent pas raison.
Quand à Marceau s’en prend à Larchez qui ne veut pas inscrire l’IVG dans la Constitution; je l’aimais bien. Depuis c’est terminé. Loin de notre BB nationale qui vient de partir…inégalée.
Personne ne vous a forcé à entrer dans l’armée, si ?
Pour mon 1er embarquement je n’étais même pas majeur, je faisais le boulot comme les autres. Marceau n’arrivera jamais à la cheville de Bardot, trop gâtée pour ça
Jose Bobo
dit :
29 décembre 2025 à 8 h 35 min
Personne ne vous a forcé à entrer dans l’armée, si ?
Bien sûr que non et je répondais à Jeanpainbeurre.
L’Armée, comme le chantait Marie Laforêt c’était « cadeau ».
Je partage votre histoire et donc votre analyse.
Pas non plus celle ( la vie de « gosses de riches ») des enfants des villes.
Pas de boum, car vulgaire, pas de sortie,car trop jeune.
A 13 ans, à sa sortie, on bossait déjà comme des forçats pour les futures belles et grandes études. Et pendant les vacances, on entretenait à l’intérieur comme à l’extérieur, la fameuse maison de famille.
Plâtre, peinture, xylopphène, tontes haies,pelouses, désherbage à la main des allées…sous un soleil de plomb et sans piscine.
Il faudrait arrêter cette lutte des classes perpétuelle, véritable gangrène pour notre pays.
Boum ou pas, dans tous les milieux, certains étaient élevés, d’autres non.
Ce n’est pas une lutte des classes juste un constat sur un film qui n’a jamais présenté la réalité de la vie des jeunes Français des années 80.