Jean-Philippe Tanguy veut reformer le plus vieux métier du monde
Près de 80 ans après la fermeture des maisons closes, le débat refait surface. Le député du Rassemblement national Jean-Philippe Tanguy annonce qu'il va déposer une proposition de loi visant à rouvrir des maisons closes, non sous l’ancien modèle et nom des bordels contrôlés par des tiers, mais sous la forme de coopératives autogérées par les travailleurs et travailleuses du sexe eux-mêmes.
Sur RTL, il soutient que la pénalisation des clients depuis 2016 a aggravé la précarité et la dangerosité de la prostitution : « Elle a renvoyé les prostituées dans des conditions épouvantables, sordides, les obligeant à travailler toujours plus dans des endroits obscurs, cachés et donc très dangereux. » Rouvrir des lieux réglementés serait, selon lui, une manière de protéger les personnes prostituées, de garantir leurs droits sociaux, d’assurer de meilleures conditions sanitaires et de rompre avec le modèle des proxénètes afin que les travailleuses du sexe « soient leurs propres patronnes, qu'elles soient impératrices dans leur royaume ». Le député RN rouvre un débat vieux comme le métier.
La prostitution sous l’Ancien Régime
Depuis des siècles, la prostitution occupe une place trouble, dans l’Histoire de France : elle est à la fois redoutée, contrôlée, tolérée et, finalement, interdite. Aujourd’hui, le projet du Rassemblement national de rouvrir des maisons closes réactive donc un débat ancien, mêlant régulation, morale, sécurité et droits des personnes exerçant le travail du sexe.
Avec l’avènement du christianisme en Gaule, la prostitution est considérée comme un péché, car elle favorise la fornication mais aussi l’adultère. Il faudra attendre le XIIIe siècle pour que ledit « plus vieux métier du monde » soit envisagé comme un problème moral majeur. En 1258, Saint Louis, voulant purifier son royaume, promulgue une loi ordonnant « que toutes les femmes et ribaudes soient boutées et mises hors de nos bonnes cités ». Néanmoins, face à la réalité et aux habitudes, le texte fut difficilement appliqué sur le terrain. Face aux pressions, Louis IX sera néanmoins contraint de restreindre ses volontés et d'ouvrir des centres en dehors des villes pour accueillir ces jeunes femmes.
En 1560, le royaume tente à nouveau de s’en prendre à la prostitution en ordonnant la fermeture des « bourdeaux » où se réunissaient les coureuses de remparts. L’objectif était aussi, en pleines guerres de Religion, de priver les huguenots de la joie de critiquer la corruption des mœurs des rois catholiques. Là encore, la mesure resta limitée dans le temps, tant les habitudes des amateurs de maisons de joie étaient tenaces.
Le Roi-Soleil, maître en son royaume, s’attaque à son tour à ce problème épineux. En 1656, il préconise, plutôt que le bannissement, l’enfermement des jeunes filles à l’Hôpital général puis, en 1684, à la Salpêtrière. Comme toujours, ce qui est écrit n’est pas toujours appliqué.
En 1778, la loi est renforcée par la tonte obligatoire de toute ribaude surprise à racoler sur la voie publique. Cette peine sera reprise, ensuite, en 1944 envers celles qui auront effectué la collaboration horizontale avec l’Occupant. Cette continuité punitive montre combien la société française associe depuis longtemps prostitution et déshonneur.
Le régime du réglementarisme
Lors de la Révolution, la prostitution est complètement dépénalisée : la liberté ne doit pas avoir de borne. Cependant, le Consulat puis l’Empire vont instaurer un nouveau régime législatif faisant de la prostitution un mal nécessaire à contrôler plutôt qu’à bannir définitivement. Ainsi, sous l’autorité napoléonienne, la France organise officiellement des maisons closes, surnommées aussi maisons de tolérance. Les prostituées doivent désormais être enregistrées, contrôlées par la police des mœurs et soumises à un suivi sanitaire strict afin de lutter contre les maladies vénériennes, en particulier la syphilis, véritable fléau du siècle.
Largement implantés dans les grandes villes, ces établissements variaient ainsi du bordel infâme aux lupanars très luxueux, fréquentés par l’aristocratie, la bourgeoisie ou toute personne prête à payer le prix fort. Ces maisons de renom, souvent décorées avec faste, devinrent des lieux prisés de la haute société. Certains noms sont restés gravés dans les mémoires, comme Le Chabanais, célèbre bordel parisien dont la clientèle comptait des écrivains, des princes et même des souverains étrangers, ou encore Aux Belles Poules, réputé pour ses fresques érotiques. Certaines prostituées, surnommées les Grandes Horizontales, deviendront des célébrités, comme la Païva, dont on disait : « Chez la Païva, qui paye y va » ou encore la Belle Otero, véritables icônes de la vie mondaine.
C’est également ainsi qu’apparaît l’expression « faire la tournée des grands-ducs ». Au XIXe siècle, de jeunes aristocrates russes, souvent des grands-ducs, en visite à Paris, prenaient l’habitude de parcourir la capitale de nuit en passant des cabarets aux restaurants chics, puis aux grands bordels de luxe, où ils dilapidaient des fortunes. Leur réputation de fêtards était telle que l’expression est restée pour désigner une virée nocturne rythmée par les plaisirs notamment charnels.
À cette époque, la prostitution n’était pas perçue comme un crime - du moins, lorsqu’elle se déroulait dans le cadre réglementé - mais comme une activité simplement surveillée.
La fin des maisons closes
Tout ceci prend fin en 1946 : la France opère un tournant radical. La loi Marthe Richard du 13 avril 1946 met fin au régime des maisons closes, ferme les établissements et institue l’illégalité des bordels. L’idée dominante était alors qu’une société moderne ne pouvait plus tolérer l’existence d’institutions dont l’objet était la prostitution organisée et parfois encline au proxénétisme.
Officiellement, la prostitution n’était plus criminalisée en tant que telle, mais toute forme de proxénétisme ou de maison close devenait illégale. Le texte engageait la mise en place de services de prévention et de réadaptation sociale pour les personnes prostituées, mais les moyens engagés furent insuffisants, entraînant une forte précarité pour les ex-prostituées.
Ainsi s’acheva une ère : des centaines de maisons, allant du lupanar modeste aux bordels les plus raffinés, furent contraintes de fermer. La prostitution perdait son cadre légal et devenait, pour une grande part, clandestine.
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87 commentaires
Nombreux sont les hommes à être favorables à la prostitution mais à condition, évidemment, que les femmes qui l’assument ne soient ni leur fille ni leur épouse ou quelque autre élément féminin de leur famille… Pourtant celles qui subissent cet esclavage ont aussi une famille, un père, une mère, nécessairement… Ce qui me choque par ailleurs c’est que cette idée vienne d’un député qui n’aime pas les femmes. Peut-être d’ailleurs est-ce la raison ?
Vous semblez partir du principe que seules des femmes se prostituent. Vous ne croyez pas qu’il y a aussi des hommes et des trans?
Je ne crois pas que Mr Tanguy soit contre l’encadrement de la prostitution masculine, notamment homosexuelle et seulement pour réglementer celle des femmes. Ne soyez pas trop sexiste.
Ça ne pas plaire aux conservateurs catholiques !
Excellent programme, non la réouverture des maisons closes d’avant, mais la création de structures où les employées seront protégées des proxénètes potentiels, des clients tordus et suivies médicalement.
Après tout, tous les pays qui nous entourent, sauf l’Italie, ont des lieux pour cette activité, pourquoi la France se veut-elle être différente ? D’autant que l’absence de lieux génère une prostitution bien visible, il suffit d’aller aux Bois de Boulogne, de Vincennes sans oublier les aires d’autoroute …
L’exploit de Marthe Richard qui a réussi à fermer des maisons closes, bel oxymore et un bravo à J,PH, Tanguy qui veut rouvrir les bordels , comme si le bordel qui règne en France ne suffisait à notre bonheur
Pourquoi pas légaliser la drogue ?
Exactement. Comme pour le tabac: les revendeurs ne risquent rien et les client se font gentiment soigner.
Marthe Richard est à l’origine de cette loi , mais son but non avoué n’était pas de fermer les bordels . Il s’agissait de faire détruire les registres ou étaient répertoriées les prostituées , ce qui les obligeait à passer régulièrement des visites médicales pour vérifier qu’elles n’étaient pas porteuses de maladies vénériennes . Pourquoi ? Parce qu’elle était inscrite dans ce registre ayant été une péripatéticienne avant de devenir conseiller municipal de Paris . Quitter le métier , n’effacait pas l’inscription.
Article intéressant mais pourquoi s’arrêter en route!?
Bien qu’il n’y ait pas de causes à effet, mais à l’heure où l’on s’apprête, au sein de l’école publique, à apprendre la masturbation à de très jeunes enfants, que le plus vieux métier du monde puisse choquer, on peut aisément le comprendre, mais toutes les femmes qui s’y adonnent ne sont pas les malheureuses victimes d’ignobles mâles en rut. Supposer même que cela soit le cas, la réouverture des maisons closes permettrait juste à des femmes d’exercer leur métier dans un cadre légal avec des conditions d’hygiène adéquates les préservant aussi et surtout des violences de certains malades. Le reste n’est que question d’hypocrisie mais aussi de morale.
« La prostituée est la meilleure amie de l’épouse » disait la délicieuse Brigitte Lahaie
« L’idéal pour un homme de peine est d’être marié à une fille de joie ». Ce n’est pas de moi, c’est mon père qui disait cela…
Le terme « fille de joie » est un terme bien romantique. La réalité serait plus approchée avec celui « fille de peine ».
Beaucoup de banlieues communautarisées connaissent depuis des années , ce système de « coopératives » encadrées par une frange des populations locales . L’Etat est parfaitement au courant mais ferme les yeux dans un souci de non-dénonciation victimaire de mauvais traitements .
vous voulez nous apprendre que l’immigration est la cause de la prostitution ou dire que les 2 sont déjà bien organisés et que la proposition de Mr Tanguy est déplacée?
Je me réjouis de voir que les « Réactions » à la proposition de Jean-Philippe Tanguy relative à l’éventuelle « Réouverture des Maisons closes » , que j’approuve , sont beaucoup plus nuancées que celles concernant la façon dont nous persistons à vouloir faire la Guerre aux « Narco’S » par l’absurde « Prohibition / Répression » . Comme si les « Stup’S » vendus frelatés à tous les coins de rues , en exonération de T.V.A , pouvaient être la solution !
justement avec une légalisation on pourrait avoir des stups non frelatés!
les 2 problèmes sont similaires. Ceux tentés par la drogue sont partisans de sa légalisation, et ceux tentés par une prestation sexuelle sont partisans de même de l’organisation du commerce sans risque.
« dis moi quelle légalisation tu veux, je te dirai qui tu es ».
Il y a juste une différence majeure que vous oubliez de mentionner : une partie de jambes en l’air entre adultes consentants est parfaitement légale, et parfaitement saine d’un point de vue sanitaire (pour autant que les conditions d’hygiène soient bien sûr respectées… mais c’est valable pour beaucoup d’autres activités, la restauration par exemple étant la 1re qui me vient à l’esprit).
Réponse à Semper.
C’est parfaitement légal mais pas sans danger à moins d’avoir des relations habillés avec un masque.
Ce qui est interdit c’est le proxénétisme. Plutôt que lutter contre entre le condamnant, mr Tanguy a la tentation de rendre l’état proxénète en recueillant les taxes des entreprises de prostitution. Les finances de la France sont catastrophiques et il faut que l’état français se rabaisse au niveau de ses finances ? Proxénète est beau métier « de joie « et qui rapporte sans risque avec un marché à développer ?
Bonne idée de la part de Tanguy.
Au moins les femmes seront en securité et seront contrôlées sur le plan sanitaire
De plus cela pourra peut être « préserver » des jeunes femmes innocentes de’hommes en rut.
il y a les jeunes femmes innocentes, et les coupables.
il y a les jeunes femmes innocentes, et les coupables.
Les coupables sont condamnées à la prostitution?
Les maisons closes permettaient à certains hommes de bénéficier de pratiques sexuelles qui répugnaient à leurs épouses. Ces maisons fermées, ce genre de plaisir ne pouvait plus être obtenu que par des maîtresses. Or qui dit maîtresse dit sentiments, et qui dit sentiments dit conflit, et donc début des problèmes. N’est-il pas remarquable que la fermeture des maisons coïncide avec l’envolée des divorces ? Certainement pas la cause unique, mais…
Je n’ai pas d’avis spécial sur la question. Là comme ailleurs, il faudrait que les intéressé.e.s votent , s’expriment _de manière éclairée _ sur cette question.