Isère : lycéens caillassés et stigmatisés, uniforme abandonné…

Le retour de l’uniforme dans les écoles voulu par Gabriel Attal tourne au fiasco. Les élèves cobayes sont ciblés.
uniforme école
Photo de ROBIN WORRALL sur Unsplash

L'expérience a tourné court. Un an après avoir commencé l’expérimentation du port de la « tenue unique », le lycée Jeanne-d’Arc de Péage-de-Roussillon, en Isère, dit « stop ». Le haut bleu (polo, tee-shirt ou sweat) floqué du blason du lycée et porté de septembre 2024 à juin 2025 retourne au placard.

La raison ? Lorsqu’ils étaient vêtus de la sorte, les adolescents étaient pris pour cibles par des élèves d’un lycée voisin. Dans les colonnes d'ici Isère, certains d’entre eux témoignent : « On s'est fait traiter de riches de base, des choses comme ça. » Puis, après « des attaques qui restaient plutôt verbales », il y a eu les « gestes », notamment « des jets de cailloux ». Lorsqu’ils déjeunaient dans un parc situé à proximité de leur établissement, les élèves se faisaient littéralement caillasser.

Naufrage

L’uniforme, qui devait permettre de renforcer le « sentiment d’appartenance », comme l’imaginait Gabriel Attal lorsqu’il était ministre de l'Éducation nationale, est finalement devenu un outil de stigmatisation. Non pas au sein de l'établissement ou à cause de la tenue en elle-même, mais parce qu’elle permettait d'identifier, à l’extérieur, untel ou untel comme allant dans tel lycée. En l'occurrence, le lycée Jeanne-d’Arc, un établissement privé catholique affichant un taux de réussite au baccalauréat de 95 %.

Est-ce un hasard ? Interrogée par BV, Céline Debhane, la directrice de l’établissement, « ne pense pas » que les élèves aient pu être visés car issus d’un établissement catholique. Selon elle, « c’est plutôt le côté bourgeois des lycées privés » qui est l’élément déclencheur « des insultes, des regards de travers et du caillassage ». Pourtant, comme elle le dit avec une grande fierté, son lycée compte beaucoup d’enfants d’ouvriers et est « socialement très mixte ». Il est à l’image de la ville de Péage-de-Roussillon : « populaire ».

Malgré cela, si l’on en croit son analyse, il est considéré comme un établissement de privilégiés et suscite la jalousie des élèves d’un établissement alentour que la directrice ne veut pas nommer « pour ne pas le stigmatiser ». C’est tout à son honneur. Il n’en reste pas moins que les étudiants de son lycée ont, eux, bel et bien été stigmatisés.

Qu’en disent le rectorat de Grenoble et la direction diocésaine de l’Isère ? Pas grand-chose. Les questions de BV à l’académie sont restées sans réponse, tout comme celles posées à la direction diocésaine, qui nous renvoie vers le chef d’établissement.

Sabordage

Cette affaire iséroise montre une nouvelle fois les limites de l'expérimentation. Le port de l’uniforme fait ses preuves dans nombre de pays comme l’Angleterre, l’Irlande, le Japon ou encore Singapour. Il n’avait en aucun cas besoin d’être soumis à un test grandeur nature. Au contraire, en le proposant plutôt qu’en l’imposant, l'Éducation nationale a grandement œuvré pour l’abandon de son projet de restauration.

Les élèves cobayes l’ont rejeté car la crainte d’être pointés du doigt par les autres établissements était grande. Elle se révèle réelle. Les institutions politiques comme scolaires n’ont pas suffisamment fait preuve d’autorité pour qu’il soit incontestable. Trop de choix, trop de passe-droits, trop de compromis… Le mot « uniforme » lui-même a été remplacé par le terme « tenue unique », preuve que cette expérimentation manquait de courage. Résultat : sur les quatre établissements de la région Auvergne-Rhône-Alpes à s’être lancés dans l’aventure en 2024, un seul a poursuivi l’expérience à la rentrée 2025. Dans les autres régions de France, le constat est à peu de choses près identique. Encore une fois, des millions d’euros d’argent public ont été dépensés, pour rien.

 

Vos commentaires

51 commentaires

  1. Le port de l’uniforme est une réalité parfaitement acceptée depuis des décennies aux Antilles françaises (Martinique, Guadeloupe, Guyane). Ce n’est donc pas une question de niveau social, de couleur de peau ou d’école publique ou privée. La solution de gauche en métropole ? Elle est simple, renoncer à l’uniforme, fermer l’établissement privé qui fonctionne bien et contraindre tous les élèves à subir les infinis bienfaits de l’école publique qui peine à recruter aussi bien des bons élèves que des profs.

    • Effectivement. Il est stupide de prétendre faire porter un uniforme si la mesure n’est pas uniformisée. Il est surtout important que tous les établissements portent le même uniforme, désignant alors l' »élève en scolarisation » et surtout rien d’autre. Si les lycéens voisins portaient également un uniforme scolaire standard, jamais ils ne se seraient moqués ici avec tant de haine et de violence.

  2. Encore une brave française hautement diplômée qui refuse de désigner l’ennemi et les auteurs de ces caillassages …! Bref , ce n’est pas cette génération de femmes accomplies qui enfantera une nouvelle Jeanne d’arc. !…Bref , quand on a un tant soit peu de dignité, on prend ses cliques et ses claques et on ne laisse pas ses enfants dans un tel pays ! Mieux vaut la misère que la torpeur lethale de cette dictature en marche ….

    • Pas besoin, près de chez moi et je n’habite pas un quartier « sensible » mais bobo ecolo catho la grosse part des élèves du lycée public sont en uniforme, pantalon en toile bleue délavée unisexe, haut noir, veste kaki, sneekers aux pieds, le lycée privé plus en ville est dans le style, un peu de qualité en plus pour l’équipement mais on peut confondre.

  3. Il suffit parfois de passer d’un collège d’une ville à un autre d’une ville voisine pour ne plus reconnaître son pays.

  4. A cet heure matinale je ne peux que bondir face à cette situation. Quel écart entre générations !

    Dans les années 60 nous portions l’uniforme dans certains lycées. Nous en étions fiers. Face à nous, dans nos déplacements en centre ville, des Blousons Noirs se sont présentés, poings américain, chaines de tous types en mains, barres métalliques, nous ont provoqués jusqu’à en débattre. Dans les premiers temps, brefs affrontements obligatoires. A la suite de quelques désagréments bien ressentis, ces individus se sont tenus à l’écart, respectueux. Les raisons ? Nos profs de gym nous initiaient au combat, judo et autres arts martiaux, gestes élémentaires efficaces. Nous osions affronter. Nous n’étions pas des poltrons. Nous n’avions pas peur de détériorer nos uniformes, de quelques bosses. Les adultes se contentaient d’observer. Nous faisions le « travail » à leur place. Remettre ces individus en prise de conscience.

  5. Ca ne s’appelle pas du caillassage en islamistan, c’est une lapidation. Hé oui on y arrive, on arrive doucement mais surement a la charia en France.

  6. L’idée de l’uniforme n’était pas mauvaise en soi, mais l’expérimenter dans quelques lycées, surtout privés, était la plus grosse ânerie. Il fallait l’imposer partout comme c’est le cas en Angleterre. C’était voué à l’échec, car trop discriminant.

  7. La seule « tenue unique » dans l’éducation nationale, à ce rythme, ce sera le tchador. A condition bien sûr que les filles soient encore autorisées à fréquenter l’école…

    • Piolle ne sévit pas à Peage-de-Roussillon ! seulement à Grenoble et plus pour longtemps, il vient en plus d’être exclu du bureau politique des écolos !

    • Il n’y a pas que l’Isère qui est perdu, la France le sera dans très peu de temps si le peuple ne réagit pas autrement que par des indignations,des condamnations,des paroles et tout le blabla.

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