Il était une star à sa façon : Charly Oleg ne fera plus tourner les manèges…

Charly Oleg était l’un des symboles de la France du siècle dernier, encore insouciante.
Capture d'écran YouTube
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Une par une, les grandes figures de la télévision s’en vont. On pouvait les apprécier ou non, mais elles avaient fini par faire partie de nos mémoires, telle une sorte de patrimoine immatériel. Charlie Oleg était au rang de ces dernières ; lui, sa moustache, son éternelle bonne humeur et ses mains magiques. Il nous a quittés le 8 septembre dernier, à l’âge vénérable de 94 ans. Sa vie était réglée comme du papier à musique : course à pied, piano, déjeuner agrémenté d’un cigare et piano. Sur ses vieux jours, l’artiste avait décidé de s’installer au Blanc-Mesnil, en Seine-Saint-Denis.

Charly Oleg est né Charles Olejniczak (ça s’écrit comme ça se prononce, paraît-il), d’un père polonais et d’une mère germano-italienne. L’immigration, c’était mieux avant, nous dit-on. Il n’a que quatorze ans quand il monte à Metz, où il entre au conservatoire. Deux ans et demi plus tard, il obtient le premier prix d’excellence pour son interprétation un brin improvisée de la Sonate en si mineur de Franz Liszt. À l’en croire, la nature l’a doté d’une « oreille absolue ». L’école c’est bien, mais la vie, c’est mieux. Il n’a donc que vingt printemps lorsqu’il s’installe à Paris, où il devient pianiste de bar.

Accompagnateur de Joséphine Baker

De l’oreille musicale, absolue ou pas, au bouche-à-oreille, il n’y a qu’un pas, vite franchi par l’ami Charly qui devient l’accompagnateur en chef de Joséphine Baker, puis de Mireille Mathieu et de Charles Aznavour. En 1965, la chance lui sourit encore. L’émission Télé Dimanche, créée par le pionnier Raymond Marcillac, règne en maître sur les après-midi dominicaux. Seulement voilà, le pianiste du Jeu de la chance manque à l’appel et Charly Oleg le remplace au pied levé. Formé par des années à jouer dans les cabarets, plus rien ne lui fait peur et on lui signe un contrat dans la foulée. Le voilà lancé. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, il y fait la connaissance d’une certaine Zina, une Italienne, qui devient tôt son épouse et lui donnera trois enfants. Quelques années plus tard, le séducteur à bacchantes se remarie avec une certaine Vincenza d’Aquino ; chez lui, les perles d’Italie étaient manifestement une manie.

En 1970, on le retrouve aussi dans l’émission Bienvenue, animée par le chanteur Guy Béart, avant de devenir, de 1979 à 1982, le chef d’orchestre du théâtre de la Renaissance où il fait merveille en dirigeant ces opérettes, certes opéras du pauvre, mais véritables odes à la joie de vivre, telles que La Belle de Cadix, Viva Mexico ou La Route fleurie. L’occasion pour lui de faire chanter une star de l’époque, le regretté Georges Guétary.

La France de Tournez manège

Mais c’est en 1980 que Charly Oleg accède à une véritable renommée nationale en devenant le pianiste vedette de l’émission Tournez manège, censée aider des candidats célibataires à trouver l’âme sœur. Il s’y produit en compagnie d’Évelyne Leclercq, de Simone Garnier, rescapée des vachettes d’Intervilles, et de Fabienne Égal. Là, son rôle consiste à faire deviner aux participants une chanson rien qu’en leur en jouant les premières notes ; exercice qu’on ne nomme pas encore un « blind-test ». Et à chaque fois, ce cri du cœur qui ne tarde pas à devenir sa marque de fabrique : « Ouaaais ! Ouaaais, ouaaais ! Formidable ! » À l’occasion d’un entretien accordé à Télé 7 jours, notre homme assure ainsi pouvoir interpréter de mémoire quelque dix mille ritournelles. Et le pire est qu’il ne se vante probablement pas.

La réputation de Tournez manège, lancé le 9 septembre 1985 et qui durera jusqu’au 17 décembre 2010, va grandissant. À tel point que Les Inconnus lui dédieront un sketch demeuré célèbre. Pourtant, la pochade n’était pas loin de la réalité, tel qu’en témoigne ce florilège.

Une association avec le professeur Choron

Bon, on constate que #MeToo n’a pas encore été inventé et que les jeux de la séduction sont... comment dire... parfois aussi patauds que rudimentaires. Mais au moins sont-ils frappés au sceau d’un indéniable naturel. Bref, le pays est encore insouciant et on ne voit pas en permanence le mal partout. Charly Oleg était l’un des symboles de cette France du siècle dernier. Celui qui ne s’y est pas trompé, c’est le professeur Choron, anarchiste en chef et fondateur du journal Hara-Kiri, qui, en 1974 et avec Charly Oleg, enregistre une chanson précisément intitulée Formidable. C’est plus proche de l’hymne à boire que de L’Hymne à l’amour, c’est sans prétention et ça s’écoute cul sec. Mention toute spéciale pour cette harangue d’un Choron éméché s’adressant à un Oleg hilare : « Charlie, tu sais que je t’aime bien, mais quand même, ta chanson… elle est débile ! Tu donnes ça à un nouveau-né, il chante tout de suite ! Mais tu te rends compte ! On n’a pas le droit de chanter des choses aussi débiles. Charlie, tu sais, le professeur Choron en a vu de toutes les couleurs, mais là, vraiment… »

Toute une époque, on vous dit.

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Nicolas Gauthier
Journaliste à BV, écrivain

Vos commentaires

11 commentaires

  1. Article très intéressant, qui remet à l’honneur des personnes simples, de bonne humeur, n’essayant pas de faire des effets intellectuels _ dont Charlie Oleg ! que j’ai toujours connu de bonne humeur _ / Ces personnes, et l’ambiance de l’époque ( où les miss, par exemple, ne de traguaient pas de lire Proust, Chateaubriand et Kant dans la foulée ; et faire une école de commerce et « ambassadrice de quelque marque _ le « coaching étant passé par là, hélas ). On peut mesurer l’aspect artificiel du « correct » obligatoire ( avec ses travers lamentables ) qui rend tout un peu tristounet et artificiel, in fine… ( « intervilles » etc ).

  2. Bonjour,
    Mes parents, à Rully, ont accueilli , dans les années 53/55… (?) pour un après-midi goûter: Roger Lanzac et son épouse d’alors, François Chotlard (!) et toute leur  »clique » musiciens et quelques autres personnes . Ce fut un plaisir d’être poussé sur la balançoire… de rouler dans l’herbe avec eux , ils étaient fort sympathiques et proches de leurs admirateurs. Ils étaient venus chacun dans leur  »belle’ américaine et avaient un peu créé le spectacle à leur arrivée…Souvenirs de notre jeunesse !
    Bien cordialement à tous.

  3. C’est formidable Cher Nicolas. Votre évocation de Charly Oleg nous replonge dans ces années qui aujourd’hui paraissent merveilleuses légères, insouciantes . les grandes figures de la TV de mon enfance les Marcillac, Lanzac, Nohain nous manquent; leurs émissions qui animaient les après-midis du dimanche aussi et nos présentatrices C.Langeais, Mme Caurat( dont j’ai oublié le prénom). Je repense aux émissions du jeudi après-midi avec à 16H30 Rintintin qui voyaient les gamins s’agglutiner devant le seul téléviseur de l’escalier. Ce temps nous manque. Vous évoquez Guy Béart, pourriez-vous nous écrire un beau billet sur lui. Le Grand chambardement est d’actualité.

    • Je crois que c’ était Jacqueline Caurat et il me semble qu’ elle présentait une émission sur la philatélie…
      Le jeudi après midi il y avait aussi Zorro!!! Un cavalier qui surgit hors de la nuit……..

  4. Quand on y repense c’était une belle époque, et j’aimais bien « tournez manège », c’était mignon et puis des couples ont été crées, des mariages, des bébés

  5. Personnellement je reste un inconditionnel de « Tournez Ménage » la parodie de cette émission faite par les Inconnus. A voir ou à revoir sans modération sur Youtube !

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