Editoriaux - 27 septembre 2018

France : une déforestation très discrète aux conséquences désastreuses !

De nombreux pays du monde sont victimes d’une déforestation sans limite qui menace leur biodiversité et, plus largement, leur avenir économique et écologique. L’Indonésie, avec l’huile de palme et la disparition emblématique des orans-outangs, l’Afrique avec son bois précieux et la menace sur les grands singes, la forêt amazonienne et le drame des peuples indiens face aux forestiers tout-puissants. Parallèlement, d’autres pays ont pris conscience des dégâts occasionnés par cette déforestation et replantent massivement ; la Chine, le Pakistan et Madagascar, par exemple. Et en France ? Le pays qui se targue du succès de la COP21 et des accords de Paris, qu’en est-il ?

En France, la forêt augmente en superficie. À première vue, cela semble une bonne nouvelle, mais de quelle forêt parle-t-on ? On peut distinguer plusieurs types de forêt, dont les principaux sont les forêts de feuillus, les forêts de résineux et les forêts mixtes.

Prenons l’exemple des forêts de Haute-Corrèze au sein du plateau de Millevache (parc naturel régional).

Les forêts de résineux, très rentables car les arbres grandissent vite, prennent le dessus inexorablement au détriment des forêts de feuillus. Parmi ces résineux, il en est un qui a particulièrement la cote, il s’agit du douglas, importé du Canada. Cet arbre pousse rapidement et est exploité comme bois de construction, par exemple. Inconvénient qui n’est pas anodin, là où est planté le douglas, rien d’autre ne pousse et, pire, tout est éliminé : les acariens, les microbes, le mycélium, les vers, tout disparaît à cause de l’acidité. Après deux plantations de douglas, la terre est vidée de toute sa substance et inutilisable, à moins d’y mettre des quantités d’intrants. Le douglas n’offre d’intérêt ni pour la faune ni pour la flore. Les cours d’eau du plateau de Millevache (PNR) sont acidifiés et offrent aux poissons très peu d’alimentation, donc ceux-ci restent de petite taille. Autrefois région connue pour les champignons, ils disparaissent petit à petit et c’est une économie qui s’éteint au profit d’une autre plus destructrice. Cette forêt que j’appelle « forêt industrielle » est en expansion. Deux dangers menacent ces monocultures : les maladies, comme sur les oliviers en Italie, ou une tempête, comme en 2000, qui avait ravagé les forêts vosgiennes principalement composées de résineux. Nous n’avons pas retenu les leçons de cet épisode désastreux.

Les forêts de feuillus ou mixtes composées de chênes, de hêtres, de bouleaux et de résineux (hors douglas) sont des endroits formidables pour toute une faune et une flore diversifiée. Elles leurs offrent quantité de gîtes, de lieux de nidification, d’alimentation dont les glands et les faines de hêtre et permet la présence d’une biodiversité de qualité. Sangliers, blaireaux, renards, mustélidés, cervidés, oiseaux, insectes y trouvent des conditions de vie idéales. Le travail d’enfouissement fait par les blaireaux, les sangliers, les écureuils, les geais et bien d’autres permet la régénération de ces forêts, sans l’intervention de l’homme. Suffisamment nombreuses, elles fixent les populations d’animaux et les dissuadent de se rapprocher des cultures et des jardins. Les sols des forêts de feuillus sont un filtre extraordinaire pour les eaux de pluie. Avec leur disparition, ces filtres naturels sont remplacés par des stations de filtrage onéreuses aux frais du contribuable. Ces forêts de feuillus sont rasées à blanc les unes après les autres pour être remplacées soit par des douglas soit par des prairies, ce qui n’est pas idéal.

Le bois de chêne est, en grande partie, acheté par la Chine qui, elle, protège et replante massivement. Le prix de ce bois augmente considérablement et les scieries françaises ne peuvent pas suivre. De nombreuse forêts sont achetées par des fonds de pension, des multinationales, des assurances et des mutuelles. Le bois n’est vu que comme une marchandise et, aux yeux de ces exploitants, n’a plus aucune valeur environnementale. Ces forêts diminuent, en France, d’environ 1 % par an. L’agriculture intensive qui promeut la destruction des haies, des bosquets, des bois pour y faire des cultures de céréales ou des prairies à vaches participe grandement à cette déforestation massive. Des initiatives locales malheureuses, comme la destructions des arbres de bord de route en Corrèze sous prétexte qu’ils abîment les routes, contribuent à cette destruction. Des subventions agricoles de l’Europe qui, dans leur calcul (mesures faites par satellite), ne prennent pas en compte les surfaces à l’ombre incitent les agriculteurs à couper les arbres et détruire les haies. La disparition de ces forêts de feuillus est également en partie responsable de la disparition des oiseaux : un tiers en quinze ans.

Voilà donc dressées, de manière non exhaustive, les raisons de ce que j’appelle une déforestation discrète mais bien réelle et de ses conséquences désastreuses pour l’environnement. Si des mesures ne sont pas prises par les politiques, on peut dire que, dans un délai de cinquante à cent ans selon les régions, les forêts de feuillus auront quasiment disparu.

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