[EXPOSITION] Quand Monaco rencontre les Napoléon

À travers près de deux cents œuvres, le visiteur peut découvrir l’histoire entrelacée de Monaco et de l’Empire.
DR
DR

Durant l’été 2025, la principauté de Monaco accueille au Grimaldi Forum une exposition d’une ampleur exceptionnelle : Monaco et les Napoléon(s) : Destins croisés. L’événement, placé sous le haut patronage de S.A.S. le prince Albert II, met en lumière un pan de notre Histoire encore largement méconnu : les relations étroites, parfois inattendues, entre la dynastie napoléonienne et la maison des Grimaldi. Ainsi, à travers près de deux cents œuvres rares, venues de prestigieuses institutions françaises et monégasques, ainsi que de collections privées, le visiteur est invité à parcourir le XIXe siècle, une époque où les destins de la principauté et de l’Empire n’ont cessé de se croiser.

Une exposition entre faste et intimité

Dès l’entrée, le parcours immerge le visiteur dans l’atmosphère des anciens palais impériaux et princiers. La scénographie cherche à restituer à la fois le faste des cérémonies et la dimension plus intime de la vie de cour. On y découvre ainsi plus de 180 pièces, parmi lesquelles figurent des bijoux ayant appartenu à Joséphine, des tabatières finement ouvragées, mais aussi des portraits inédits de la famille Grimaldi et de la lignée des Bonaparte.

Certaines œuvres témoignent aussi du basculement de l’Europe vers une plus grande modernité. C’est le cas de la précieuse pendule à l’oiseau, issue de la collection Iakobachvili et semblable à celle que chérissait Joséphine à La Malmaison, chef-d’œuvre mécanique annonciateur d’un nouvel âge technique et esthétique.

L’art de la table n’est pas en reste et rappelle combien Monaco adopta, dans son cérémonial, les codes de la cour impériale. À travers l’argenterie étincelante et les porcelaines raffinées, c’est ainsi tout un art de vivre qui est exposé, révélant l’empreinte durable des traditions napoléoniennes sur la vie quotidienne des princes monégasques.

Le pari des commissaires et le rôle des mécènes

Derrière cette exposition se trouvent des figures engagées et passionnées. Le commissariat général a été confié à Pierre Branda, historien et directeur scientifique de la Fondation Napoléon, épaulé par Thomas Fouilleron et Thomas Blanchy, responsables des Archives et de la Bibliothèque du Palais princier de Monaco.

Le projet a trouvé en Louis Ducruet, fils de la princesse Stéphanie, un ambassadeur enthousiaste, convaincu que cette page commune des Grimaldi et des Bonaparte mérite d’être redécouverte. Néanmoins, une telle entreprise n’aurait pas pu voir le jour sans la générosité de collectionneurs privés. Parmi eux, le milliardaire et mécène David Iakobachvili joue un rôle central. Sa collection, constituée avec son fils Mikhaïl, rassemble plus de 25.000 œuvres, des arts décoratifs aux instruments mécaniques. Pour la première fois, quelques-uns de ces trésors sont dévoilés au public monégasque, offrant ainsi l'aperçu inédit d’un patrimoine rarement accessible au public.

Les Grimaldi et les Napoléon : deux destins croisés

Si l’exposition fascine tant, c’est également parce qu’elle raconte des chapitres méconnus de l’Histoire, enracinés dans les bouleversements de la Révolution française. En effet, en 1793, la principauté disparaît de la carte, annexée par la France révolutionnaire. Lorsque que commence l’épopée napoléonienne, les princes de Monaco, privés de leur trône, choisissent alors de s’engager dans la nouvelle aventure impériale. Grâce à ses actions envers le régime, Honoré V devient baron d’Empire et grand écuyer de l’impératrice Joséphine.

Un épisode marquant survient en mars 1815, lorsque Napoléon, de retour de l’île d’Elbe, traverse la Provence et croise la route du prince monégasque. Selon la tradition, Honoré V aurait déclaré : « Je vais chez moi à Monaco », et l’Empereur lui aurait répondu : « Nos destins sont liés. Moi aussi, je rentre chez moi aux Tuileries. »

Sous Napoléon III, la principauté connaît un véritable renouveau. En 1861, une grande alliance avec la France garantit son indépendance et lui assure une stabilité nouvelle. Dès lors, Monaco se modernise à vive allure : la route de la corniche, le chemin de fer, le casino et surtout l’opéra conçu par Charles Garnier transforment le Rocher en une villégiature cosmopolite, bientôt surnommée le « petit Paris ». L’impératrice Eugénie, amie intime du prince Albert Ier, fréquente également assidûment la Côte d’Azur et favorise même son mariage avec Marie-Victoire Hamilton, petite-fille de Stéphanie de Beauharnais, princesse au destin méconnu et adoptée par Napoléon Ier.

De ces liens étroits entre les Bonaparte et les Grimaldi est ainsi né un héritage qui dépasse la simple anecdote. L’exposition Monaco et les Napoléon(s) illustre avec éclat cette filiation et démontre que, sans les Bonaparte, Monaco ne serait sans doute pas devenue la grande principauté moderne que l’on connaît aujourd’hui.

Pour ceux qui souhaitent découvrir cette Histoire, il faudra toutefois se hâter : l’exposition, présentée dans le Hall Diaghilev du Grimaldi Forum, ferme bientôt ses portes, le 31 août 2025.

Picture of Eric de Mascureau
Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

3 commentaires

  1. Quel titre ! C’est une blague ? Je crois me souvenir que le « Napoléon » était aussi un billet de banque…

  2. Tous ces « trésors » ont contribué à « ruiner » le peuple. Les « fastes » des royautés, des empires, les guerres, les croisades… quelle énergie dispendieuse et ruineuse. Et ça continue ( sous une autre forme) aujourd’hui.

    • De nos jours, la ruine continue, sans frein, mais après disparition des fastes. Alors je pense que leur « énergie dispendieuse » n’est probablement pas là où vous la dénoncez.

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

J’ai dénombré dix coups portés à la tête de Quentin Deranque par des antifas
Jean Bexon sur Sud Radio

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois