[EXPO] David, « le Raphaël des sans-culottes »
Surnommé, en son temps, « le Raphaël des sans-culottes », ce qui dit bien son engagement révolutionnaire, ou « le Lebrun de l’Empire » quand il devint premier peintre de l’Empereur et tenta de régenter l’art français, Jacques-Louis David a les honneurs d’une grande exposition au Louvre. Les incontournables — Le Serment des Horace, La Mort de Marat, Le Sacre de l'empereur Napoléon… - y sont, aux côtés des moins connus portraits, inégaux. Formé au goût du temps, léger, David, prix de Rome, découvrit avec l’Urbs la rigueur et introduisit dans la peinture française les sujets antiques, traités avec austérité : le néo-classicisme.
L’artiste engagé
Pour une part, depuis longtemps, on voit la Révolution française à travers quelques-unes des toiles de David. La Mort de Marat, à ce titre, fait figure d’icône. Non sans paradoxe. D’abord parce que mourir dans son bain et non sous la guillotine était exceptionnel pour la période. Ensuite parce que cette toile dépouillée et silencieuse fait totalement contraste avec l’époque, bruyante et verbeuse, avec Marat même, si grandiloquent. Là est la grandeur de l’art de David.
Ami avec Marat, David le fut aussi avec Robespierre. C’est dans l’orbite de ce dernier qu’il devient un acteur de premier plan de la Révolution. Le roi - dont il a voté la mort - avait ses « menus plaisirs » ; lui sera l’ordonnateur des grandes fêtes révolutionnaires, comme celle de l’Unité et de l’Indivisibilité de la République (10 août 1793). Surtout, David appartint au Comité de sûreté générale. Et pas comme un artiste brièvement fourvoyé dans une aventure improbable, mais en homme actif et convaincu.
Du sang sur les mains
Le Louvre oublie - coupable oubli - de préciser que le Comité de sûreté générale était le bras armé du Comité de salut public. Cette police politique fut la grande pourvoyeuse de suspects pour le Tribunal révolutionnaire. La première étape du processus judiciaire, avec 17.000 guillotinés à l’issue. David participa à l’élimination de personnalités telles que Fabre d'Églantine, Lavoisier ou encore André Chénier. « Président de la section des interrogatoires », il fit partie de ceux qui interrogèrent au Temple, le 7 octobre 1793, Madame Royale (15 ans) et Louis XVII (8 ans) pour les contraindre d’avouer des choses abjectes et inventées. Puisque, dit le Louvre, « David offre l’exemple rare d’un cas dans lequel on ne peut pas dissocier l’homme et l’œuvre sans dévitaliser l’un et l’autre » (p. 4), pourquoi ne pas préciser ces faits difficiles à relativiser ?

La signature de David au bas des aveux extorqués à Madame Royale et Louis XVII (in « Louis XVII », par A. de Beauchesne, 1861). Consultable ici : https://archive.org/details/louisxviisavieso02beau/page/n11/mode/2up?q=David
Le Louvre fait preuve de légèreté en Histoire - autant qu’en matière de sécurité, diront les rieurs - lorsqu’il met entre guillemets la Terreur et la qualifie de « légende noire » (dossier de presse, p. 15). Dans ses souvenirs, Étienne Delécluze, un des élèves de David à partir de 1796, témoigne de ce que fut la Terreur vécue au quotidien par les Parisiens. L’adolescent qu’il était en fut durablement marqué. La lecture suffit à montrer ce que des guillemets ont d’incongru : la terreur fut bien réelle (Louis David, son école & son temps, 1855, pp. 163-167).
L’Empire et l’exil
Quand Robespierre fut à son tour exécuté, David fut emprisonné, quatre mois, puis encore deux mois. Le dossier de presse dit que David « a payé cher son engagement auprès de Robespierre » (p. 10). Toujours moins que ceux qu’il avait contribué à envoyer à la guillotine. Tout au plus, écrit David A. Wisner, cette expérience refroidit, sinon éteignit, « l’esprit révolutionnaire qui l’animait ». Puis viendra l’Empire, pour lequel l’engagement de David aurait été « opportuniste ». Douteux, et insultant, vu le caractère entier du peintre. Nous creusons entre la Révolution et l’Empire un fossé qui n’existait pas pour les contemporains. Antoine Schnapper, commissaire de la rétrospective David lors du Bicentenaire de 1989, rappelait qu'« aux yeux de la France entière et des aristocraties européennes, Napoléon était l’héritier de la Révolution dont il a stabilisé les apports essentiels, égalité civile et biens nationaux ».
La Restauration sera synonyme, pour David, d’exil à Bruxelles où, coq en pâte, il continuera de peindre - mais son heure était passée - tout en méditant sur son incroyable parcours. Son office de commissaire révolutionnaire, tourné court. Sa carrière impériale, gâchée par la méfiance de Napoléon. Et cette question qu'il se posa peut-être : un peintre devrait-il avoir autre chose que de la peinture sur les mains ?
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12 commentaires
En politique on a les Vorace et les Coriace ! ;)
« a payé cher son engagement auprès de Robespierre » déclaration du Louvre – le musée de la rigolade sécuritaire planétaire – est plutôt osée. Sans aller chercher les crimes de la Terreur – dont on accable Robespierre alors que le grand primo responsable est l’ignoble Barère qui repose tranquille et peinard dans une tombe du cimetière saint Jean de Tarbes et a un boulevard à son nom – il faut signaler les 70 proches de Robespierre, moins engagés que David pour certains, exécutés en un mois, à l’issu de « »jugements » » thermidoriens !
Souvenir Chouan de Bretagne
Talentueux et édifiant – Merci !
Les gouvernements de Droite depuis C.de Gaulle ( qui confia l’Education nationale aux communistes !) ont toujours considéré le milieu culturel comme secondaire , superficiel , préférant s’occuper d’économie et d’industrie . Ils auraient été inspirés de lire l’italien Gramsci , nous n’en serions pas là . La Gauche elle , l’a bien compris même celle d’outre Atlantique !
Mais De Gaulle avait-il le choix quand, après la guerre, les communistes encore armés pesaient un quart de la population ? Il a bien fallu négocier avec Staline…
Pas avec Staline, avec Maurice Thorez, le déserteur retour de Moscou, et ce n’est pas une négociation quand on cède gratutement l’Education nationale, l’industrie, l’énergie, la presse, la fonction publique (qui en profitera pour verrouiller son statut) pour la seule apparence du pouvoir. C’est cher payé, et durable, puisque la France actuelle se meurt de ce don qui l’a étranglée pendant 80 ans.
@Bernard GUILHON Le général a négocié fin 44 à Moscou avec Staline. C’est être totalement ignare en Histoire pour croire qu’on négociait avec Thorez. Thorez n’était qu’un laquais. Le boss était à Moscou.
Le souci de De Gaulle à la Libération fut d’éviter une guerre civile en France comme celle qui se déroulait en 46 en Grèce en raison d’un soulèvement communiste. Guerre que la droite avait toutes les chances de perdre compte tenu du soutien soviétique. D’ailleurs à la fin de la guerre, le nombre de pays passés sous le contrôle de Moscou est impressionnant. Il y eut, bien sûr, toute l’Europe de l’Est, mais il y eut également, et surtout, la victoire des communistes Chinois soutenus par Staline, puis la guerre de Corée déclenchée avec la bénédiction conjointe de Staline et de Mao, sans parler de l’annexion du Tibet, le soulèvement communiste soutenu par Moscou et Pékin du Viet minh contre la France dès 45.
En France le PCF représentait plus de 26% de l’électorat. Ces membres n’avaient pas rendu leurs armes du maquis au gouvernement de la République. Autrement dit, plus d’un quart des Français étaient armés jusqu’aux dents et ne faisaient allégence qu’au Komintern.
De Gaulle, en fin stratège connaissait l’état réel des rapports de force. Il a été obligé de ruser pour limiter les dégâts. Mais après tout ce n’est pas sa faute si les Français étaient à l’époque attirés par l’égalitarisme, la grèviculture et la médiocrité. Ils n’ont pas changé depuis. Et de cela le Général n’est pour rien.
De 44 à 46, le gouvernement provisoire de la république Française, tel était son nom, était composé de tous les partis, tous bords confondus, à l’exception, et pour cause, de ceux qui avaient été vichyssois. Tous les hauts fonctionnaires de Vichy ayant été révoqués pour des raisons compréhensibles, la gauche a profité de la situation pour réinstaller les ministres et hauts fonctionnaires issus du Front Populaire. Les Rad-Soc et les socialos ont particulièrement « brillé » à ce petit jeu. Leurs lointains héritiers se trouvent aujourd’hui chez les socialo-macroneux.
J’ignorais tout du passé politique et de l’engagement idéologique de ce peinte dont j’ai apprécié les quelques œuvres exposées au Louvre. Article très intéressant qui met en lumière le côté sombre du personnage et qui rappelle qu’il faut bien différencier l’œuvre de l’homme.
Les (ir)responsables du Louvre sont dans la ligne du parti communiste « Le Louvre oublie – coupable oubli – de préciser que le Comité de sûreté générale était le bras armé du Comité de salut public. » Par exemple, Il y a plusieurs mois Ian Brossat a mimé des guillemets avec ses doigts en parlant des « victimes du communisme ». Face aux militants, le candidat communiste à la mairie de Paris a ensuite lancé : « En France, les seules victimes du communisme, ce sont les nazis et les collaborateurs, et c’est notre plus grande fierté. »
La réalité c’est que la culture en France est totalement métastasée par le marxisme. Mensonge pur et simple et mensonge par omission sont d’autant plus graves et impardonnables qu’ils sont commis par des experts qui se servent de leur magistère pour diffuser insidieusement leurs opinions politiques comme étant des faits scientifiques.
Hélas, d’autres artistes prennent le même chemin, ces temps ci ☹️
Pas que des artistes …