Daniel Balavoine : célébration d’une idole en carton-pâte ?

Aujourd’hui, il est devenu une sorte d’intouchable icône humanitaire. Faisons le point et récapitulons.
Daniel Balavoine
1979
Paris.
COLLECTION CHRISTOPHEL © PHOTOTHEQUE LECOEUVRE (Photo by PHOTOTHEQUE LECOEUVRE / Collection ChristopheL via AFP)
Daniel Balavoine 1979 Paris. COLLECTION CHRISTOPHEL © PHOTOTHEQUE LECOEUVRE (Photo by PHOTOTHEQUE LECOEUVRE / Collection ChristopheL via AFP)

Il y a quarante ans, le chanteur Daniel Balavoine nous quittait lors d’un accident d’hélicoptère survenu durant le raid Paris-Dakar, destination alors très en vogue du show-biz. Aujourd’hui, il est devenu une sorte d’intouchable icône humanitaire. Faisons le point et récapitulons. À ses débuts, notre artiste est un apprenti chanteur comme les autres. Il a indubitablement une belle voix. Sa tessiture est haute et il peut s’aventurer dans les aigus sans risquer le ridicule. Au début des années 70, il se voit bien être une sorte d’équivalent français de Genesis, groupe anglais alors en vogue. Seulement voilà, il n’est pas Peter Gabriel, pas plus que Dick Rivers ne fut Elvis Presley ; éternel complexe français… Né en province, à Alençon, Daniel Balavoine ne sait rien des réseaux du show-biz parisien et imagine que, pour réussir, il suffit de singer Bob Dylan ou Ian Gillian, le brailleur en chef du groupe Deep Purple, très populaire à l’époque. En 1971, devenu chanteur du groupe Présence, il sort un premier 45-tours, qui se vend glorieusement à 247 exemplaires, formation qu’il quitte dans la foulée alors qu’elle vient de signer avec Warner, sans plus de succès.

Avant François Mitterrand, il y eut Patrick Juvet…

Voilà qui force le respect dû à ces galériens d’alors, souvent condamnés à écumer les bals de province et les foires à la saucisse ; la vieille école, dont un Francis Cabrel est d’ailleurs issu. Malgré l’appui des stars du moment, dont Patrick Juvet, Daniel Balavoine végète. Il n’est pas le seul, son confrère Alain Bashung, entre tentatives pop et rock, se cherche aussi. Et il lui faudra la chanson Gaby, oh Gaby pour connaître le succès, en 1980. Cette percée, Daniel Balavoine la connaît deux ans plus tôt quand Michel Berger l’enrôle dans Starmania, l’opéra-rock co-écrit avec le Québécois Luc Plamondon. Il y incarne le rôle de Johnny Rockfort. Le nom d’Eddy Camembert n’était peut-être pas libre de droits. Vu d’aujourd’hui, le résultat est hautement crétin. Le concept est fumeux et les paroles parfaitement ineptes. Mais que de tubes en un seul disque : Stone, le monde est stone, Quand on arrive en ville, Le Blues du businessmen, La Chanson de Ziggy, Les uns contre les autres. Dans la foulée, Balavoine a sorti son premier succès, Le Chanteur, réflexion assez finaude sur les aléas de la célébrité, mais dont les paroles pourraient désormais être sujettes à caution : « Et partout dans la rue/J’veux qu’on parle de moi/Que les filles soient nues/Qu’elles se jettent sur moi/Qu’elles s’arrachent ma vertu. » Mieux encore : « Les nouvelles de l’école/Diront que j’suis pédé/Que mes yeux puent l’alcool/Que j’fais bien d’arrêter/Brûleront mon auréole/Saliront mon passé. »

Dans ce même registre, qui pourrait faire frémir en ces temps de féminisme militant, il y a encore Mon fils ma bataille, chanson dans laquelle Daniel Balavoine rappelle qu’en cas de divorce, les pères ont aussi le droit d’exister : « Ça fait longtemps que t’es partie Maintenant/Je t’écoute démonter ma vie/En pleurant/Si j’avais su qu’un matin/Je serai là, sali, jugé, sur un banc/Par l’ombre d’un corps/Que j’ai serré si souvent/Pour un enfant/Les juges et les lois/ Ça m’fait pas peur/C’est mon fils, ma bataille/Fallait pas qu’elle s’en aille/Oh, j’vais tout casser/Si vous touchez/Au fruit de mes entrailles/Fallait pas qu’elle s’en aille. »

Il aurait pu continuer sur cette voie, mais seulement voilà, Daniel Balavoine est un enfant de son temps. Hippie quand il le fallait, chanteur à minettes lorsque la mode le voulait, le voilà qui se pique, après le 10 mai 1981, de jouer aux chanteurs engagés. Et là, tout y passe. Les concerts en faveurs d’Amnesty International et les chansons dénonçant le « racisme », dont L’Aziza : « Que tu vives ici ou là-bas/Danse avec moi/Si tu crois que ta vie est là/Ce n’est pas un problème pour moi/L’Aziza/Je te veux si tu veux de moi. »

Soit des paroles qui, en termes de niaiserie, n’ont alors pour seules rivales que celles de Jean-Jacques Goldman, avec Je te donne : « Je te donne toutes mes différences/Tous ces défauts qui sont autant de chance/On sera jamais des standards, des gens bien comme il faut/Je te donne ce que j’ai, ce que je vaux. »

Le rôle mortifère de SOS Racisme…

On ne dira jamais assez le rôle néfaste de ces vedettes qui, sous mine de rébellion contre le pouvoir en place, n’ont en fait jamais rien fait d’autre que de servilement le servir. À l’époque, François Mitterrand n’a qu’une seule crainte : que RPR, UDF et FN ne s’unissent, ce qui mettrait la gauche en minorité. D’où la création de SOS Racisme, officine téléguidée depuis l’Élysée. Jean-Louis Bianco, son secrétaire général, est à la manœuvre. Pour mettre cette opération en œuvre, des trotskistes, dont Jean-Christophe Cambadélis et Julien Dray, assurent la maintenance. Pour le carnet d’adresses, il y a Bernard-Henri Lévy, qui ne manque pas d’entrées dans le monde des arts et des spectacles. Le plus désolant n’est évidemment pas que la gauche ait lancé ce piège, mais que la droite institutionnelle y soit tombée, avec la pusillanimité et son ignorance politique qui étaient déjà sa marque de fabrique.

Car cette entreprise électoraliste aurait finalement été anodine si elle ne s’était pas révélée mortifère à long terme. Ainsi, à force d’expliquer aux Français de branche que tous leurs malheurs étaient dus au racisme de ceux de souche, certains ont fini par le croire, ouvrant la porte à l’actuel racialisme indigéniste qu’on sait et à la fracturation ethnique qu’on connaît. En ce sens, Daniel Balavoine fut un idiot utile du système, se posant en porte-parole de la jeunesse contre le même François Mitterrand, dès 1980, pour ensuite mieux le servir. Certes, il a signé quelques bonnes chansons, dont Le Chanteur et Mon fils ma bataille, plus haut citées. On devrait s’en remettre.

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Nicolas Gauthier
Journaliste à BV, écrivain

Vos commentaires

97 commentaires

  1. Avec ça : pas qu’elle s’en aille/Oh, j’vais tout casser/Si vous touchez/Au fruit de mes entrailles/Fallait pas qu’elle s’en aille. »
    C’est l’assurance d’une myriade de tweets incendiaires ei insultant de nos chers légistes et la certitude dune chevauchée judiciaire incertaine et hautement coûteuse…

  2. En France,la musique est tenue,produite et contrôlée par la petite bourgeoisie parisienne,qui était comme aujourd’hui, totalement anti-populaire, anti-française, mondialiste,woke,etc.. avant l’heure….Contrairement aux anglo-saxons,allemands ou mêmes scandinaves,les gros labels français n’ont jamais signé d’artistes libres,ce qui explique la médiocrité générale de la musique moderne en France! Le showbiz bobo parisien bien-pensant contrôle tout,la musique,le cinéma,la télé, la culture….. (faut pas s’étonner si John Lenon disait que le rock français etait comme le vin anglais…).

  3. Pour en revenir à Starmania: Balavoine possédait certes un spectre vocal plutôt large, mais « SOS d’un terrien en détresse » (Michel Berger) s’étale sur deux octaves et une quinte, soit peut-être le registre le plus important pour une chanson de variété ! et encore, sans tenir compte du super-aigu final. Résultat: les sons émis par notre baroudeur s’apparentent un peu au feulement de la scie égoïne mâtiné de crissement de frein.
    J’invite les curieux à comparer la version originale avec celle, impressionnante, du Kazakh Dimash Qudaibergen.

  4. Une analyse intéressante et un flashback qui n’est pas déplaisant … c’était encore une belle époque malgré tout, même si ça sentait la fin des haricots.
    Ensuite, je dirais que le mal qui ronge notre pays prend ces racines à cette époque, avec toutefois une nuance, je pense que beaucoup de gens étaient sincères et ont cru à ce qu’on n’appelait pas encore le « vivre ensemble », autrement dit, les idiots utiles. Dans les années 2000 on a commencé à avoir la gueule bois après deux décennies généreusement arrosées de socialisme, après deux décennies supplémentaires de bien-pensance, de « vivre ensemble », de racialisme, d’indigénisme, de wokisme et de communautarisme galopant, nous en sommes arrivés à la cirrhose sévère au stade C de la classification Child-Pugh. Pour les non initiés, retenez que c’est pas brillant, mais après 40 années d’excès il ne faut pas s’étonner !

  5. Effectivement, Daniel Balavoine était à la fois un artiste de talent, engagé, et d’une grande humanité.
    C’est le genre de personne qu’il nous manque aujourd’hui.
    Les textes de ses chansons étaient remarquablement écrits et l’homme n’hésitait pas à taper dans la fourmilière lorsqu’il s’agissait de critiquer l’inaction des hommes politiques.
    De plus, son engagement dans l’humanitaire faisait de lui une personne toujours proche des plus démunis, en France où à l’autre bout de la planète.
    Il est parti trop tôt …

    • Connaissez vous les chansons de M.P Mefret?une autre classe qui ne passe jamais sur aucun média.
      « C’est le genre de personne qu’il nous manque aujourd’hui. »Il vous manque ?dommage pour vous,j’en suis bien triste.

    • Du talent ? Probablement autant que bien d’autres artistes de cette époque, qu’on ne considère pas comme des héros pour autant. Une grande humanité … peut-être, je veux bien lui accorder la sincérité. Artiste engagé ? Engagé dans quoi ? Engagé comme l’étaient avant lui Aragon, Elsa Triolet, Yves Montand, Simone Signoret, Jean Paul Sartre, Juliette Gréco ou Michel Piccoli, engagés comme compagnons de route du Parti ? Bel engagement en vérité ! Le soutien du maoïsme par les mêmes illuminés ? Quelle noble cause ! Aujourd’hui on a les mêmes qui défendent des groupuscules terroristes, des fanatiques religieux ou des régimes totalitaires dignes des pires dictatures de notre histoire. Quel beau discours !
      Alors Balavoine qui a défendu qui, qui a défendu quoi ? Les pauvres, les immigrés, la gauche ? C’est facile d’affirmer que les injustices c’est mal, que la haine c’est pas bien, que la pauvreté c’est triste, que le fascisme c’est très vilain, que les Français sont méchants et que les étrangers sont gentils. Il aura changé quoi ? Il aura apporté quoi ? De la flotte aux Africains ? La démocratie en Iran ? La laïcité aux Afghans ? Parce que vous croyez que ces peuples valent moins que nous, qu’ils sont plus stupides que nous, qu’ils ont besoin de la sagesse occidentale pour pouvoir exister ? Non, ils sont assez grands pour se débrouiller tous seuls, c’est d’ailleurs pour cela qu’ils nous ont mis dehors et ils ont fort bien fait. Laissez-les donc bâtir leur histoire, ça leur prendra quelques siècles, quelques révolutions, quelques guerres et quelques massacres, mais c’est comme cela que nous avons appris et c’est comme ça qu’ils apprendront.

  6. Ecouter Balavoine à 15ans peut se comprendre là où cela devient critique est en faire un héros à 50… La soupe française à la mode contestataire venu des états unis avait les cheveux long et la rime pauvre, Dylan avait au moins une certaine verve. Au même moment les anglais avaient Ian Curtis de Joy Division ou Morrissey des Smiths question de niveau et de culture … Enfin dans un autre registre nous avions tout de même la charmante Elli Medeiros notre post punk avec des arguments autres que purement rythmiques…

  7. Parti bruler du gasoil pour assouvir son addiction à la vitesse et « faire la charité aux pauvres africains « !! . Un vrai bien pensant !! je pense genereux donc je suis bien !

  8. Tellement vrai votre description de ce chanteur « engagé » !!
    Vous pouvez rajouter à la liste Michel Berger et France Gall, les Thénardier de la chanson française !
    Si vous voulez voir tous ces pseudos chanteurs « intellectuels » de l’époque, il suffit de regarder le clip Chanson pour l’Éthiopie des « Chanteurs sans frontières » en 1985, vous les avez tous là à vous faire la morale et vous dire ce qu’il faut bien évidemment penser ! Encore une génération perdue, une de plus !

  9. D’accord sur la globalité sauf toutefois sur le coté province(S) / Paris. Pour moi, cela fait partie du problème. A force de tout centraliser, l’intelligencia parisienne a tout gâché, y compris les artistes. On aurait plus d’artiste régionaux sans devoir monter à Paris, je pense que cela irait mieux.

  10. Je n’osais pas m’exprimer avant cet article, tellement il paraissait intouchable.
    Je ne l’ai jamais apprécié comme tant d’autres de l’ère Mitterrand comme le groupe Téléphone. Donneurs de leçon pénibles; et comme les années 80/90 j’étais expatrié ces années françaises m’étais étrangères ce qui fait qu’on ne se comprend pas avec cette génération.

  11. Comme tous ceux qui sont morts jeunes, il a le privilège de l’immortalité. Sauf que comme il l’a chanté, il n’est pas un héros contrairement à nos soldats morts pour la France.

  12. Paix à son âme, mais il aura été, avec d’autres que vous avez cité, les idiots utiles de la gauche triomphante de ces années 80. Je me souviens de l’émission où il apostrophe, énervé, François Mitterrand, alors candidat à la Présidence de la République, en se faisant le porte parole de la jeunesse. Il était énervé et déjà énervant, dans la veine des Renaud et autres donneurs de leçons qu’il fallait absolument adorer, sous peine d’être traité de facho. Nous étions en pleine folie « Touche pas à mon pote »… 45 ans plus tard, certains ont la gueule de bois, mais d’autres, toujours pas.

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