[CINÉMA] The Return, Ulysse et le retour à l’Ordre

Uberto Pasolini rêvait depuis trente ans de filmer le retour d’Ulysse en son île d’Ithaque.
Capture d'écran BA
Capture d'écran BA

Porter à l’écran les récits mythologiques ou les poèmes homériques n’est pas une mince affaire pour un cinéaste tant celui-ci s’expose au risque du kitsch et du ridicule. Nombreux s’y sont cassé les dents. On pense notamment à Luigi Cozzi avec Hercule (1983), ou à Jean-Jacques Annaud avec Sa majesté Minor (2007)… Don Chaffey, à la rigueur, s’en sortait bien avec Jason et les argonautes (1963), son film est toujours aussi divertissant à regarder de nos jours.
Pas farouche, Uberto Pasolini (rien à voir avec Pier Paolo, mais cependant neveu de Luchino Visconti) rêvait depuis trente ans de filmer le retour d’Ulysse en son île d’Ithaque après les évènements de L’Iliade et les douze premiers chants de L’Odyssée.

Une approche désenchantée

Le récit de The Return nous montre un héros vieillissant, brisé par la guerre de Troie, pétri de culpabilité et désormais délesté de cette espièglerie qui lui permit jadis de se tirer des pires situations et de vaincre les plus redoutables adversaires. La mort dans l’âme, taiseux, Ulysse (Ralph Fiennes) retrouve Ithaque et prend conscience du désordre qui y règne.
Il apprend surtout que son épouse, la reine Pénélope (Juliette Binoche, irréprochable), lutte depuis des années pour repousser les nombreux prétendants qui convoitent le pouvoir, et que son fils Télémaque n’est pas à la hauteur de la situation…

Résolument dépouillé de dieux, de créatures, de magie et de sortilèges, le film de Pasolini est à l’image de son héros : plutôt sec et rugueux. Un parti pris « réaliste » pour le moins curieux, conforme en effet au désenchantement de notre époque, qui nous éloigne considérablement de l’œuvre d’Homère et nous rapproche du simple drame contemporain. À croire que l’on n’assume plus tellement la fantaisie ni les illusions de l’imagination. Sans doute faut-il prendre en compte également les considérations budgétaires des producteurs…

Le retour du père

Malgré cette épure, le film n’échappe pas au kitsch, que ce soit dans ses costumes, dans ses accessoires, dans son improbable casting multiethnique, ou dans sa direction d’acteurs, souvent théâtrale. Il nous console, cependant, avec quelques paysages de Corfou, de Céphalonie et du Péloponnèse, filmés la plupart du temps en lumière naturelle.
Étrangement, The Return tire sa force de ses défauts dans la mesure où le récit originel évoque un père longtemps absent, un héros revenu mettre de l'ordre dans une société décadente où plus rien n’a de sens et où règne la laideur, tandis que son fils, uniquement élevé par sa mère, s’avère faible et incapable de redresser le pays. Un schéma qui, forcément, trouve un écho particulier dans nos démocraties occidentales depuis une cinquantaine d’années… Ou comment les imperfections de la mise en scène vont dans le sens du récit. C’est assez prodigieux.

3 étoiles sur 5

 

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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

12 commentaires

  1. J’irai le voir ne serait-ce que pour ce qu’y fait Binoche – que l’on n’a pas besoin de présenter mais qui a été une vraie Mme de Théus dans le « Hussard sur le toit » (à voir et surtout à lire ou relire). Sans « vouloir en remettre », je rappelle « La naissance de l’Odysée », encore de Giono dont je pense que si le film arrive à sa cheville ce ne sera pas mal.

  2. Le mythique et le grandiose, la culture et le courage dézingués par le wokisme minable… Non merci !

  3. Rien que de penser voir Juliette Binoche en pénélope « voilée » me donne la nausée et m’empêchera de voir le film et ce même si c’est un « chef d’œuvres » Je suis comme ça, j’ai la rancune patriotique tenace ….

    • Exactement, je voulais voir ce film mais quand j’ai su que la pro Gaza Binoche était dedans, très peu pour moi. Hors de question que je lui fasse gagner un cent. Et en, plus je n’ai jamais trouvé qu’elle jouait si bien qu’on le dit.

  4. Rien que l’idée d’aller voire Juliette Binoche me revulse ! D’ailleurs sa façon de jouer est plate et sans conviction …Elle n’a rien de Grèc …Elle n’a aucune idée de ce que signifie le mot résistance. Comme l’ont vécu les femmes grecques durant plus de 360 ans d’occupation Ottomane …Son choix est une insulte aux femmes grecques dont elle n’a pas une once de leur élégance et de leur force de caractère….Juste une vieille belle française sans âme qui récite son texte .

  5. Plutôt d’accord avec l’analyse.
    Un point cependant, après avoir vu la bande-annonce : on voit pas mal de personnes ethniquement non-grecques. Parmi les servants, pourquoi pas, mais en tant que prétendants de Pénélope cela représente un non-sens historique car ceux-ci étaient issus des familles nobles d’Ithaque. Compte-tenu de la conception très étroite de la citoyenneté chez les Hellènes, probablement même déjà vers 1200 avant J-C., et la localisation probable de l’île de l’Odyssée (l’Ithaque moderne ou Corfou) parmi les îles Ioniennes, sur la partie occidentale de la Grèce, il paraît impossible que des nobles d’Ithaque aient été non-grecs.
    S’agit-il d’une erreur ethno-géographique fortuite, facilitée par la triste doctrine diversitaire de notre époque, ou d’une volonté active de révisionnisme historique (« cancel culture ») à bas bruit via les œuvres culturelles (cinématographiques) ?

    • Ne demandez pas aux « réalisateurs wokes  » de faire référence à l’Histoire, même mythologique. Ils ne savent plus ce que c’est.

    • N’ayant pas vu le film, je ne peux pas me prononcer sur lui, au mieux sur ce commentaire. L’idéologie diversitaire est assez généralisée, aujourd’hui (on peut le regretter quand il s’agit de décisions à prendre actuellement sur le plan culturel, et politique globalement). Mais ce qui compte dans un film historique, est-ce le type physique des acteurs, ou la problématique (collective, surtout) soulevée par le récit ? Par contre, le révisionnisme historique suspecté dans ce film est plus inquiétant.

      • Je comprends votre question, et mon propos n’est aucunement de prétendre interdire les personnes d’origine extra-européenne d’accès à l’affiche des cinémas, mais en ce qui concerne les films historiques précisément, il s’agit pour moi d’un enjeu important, car les images de fond s’incrustent de manière subliminale dans l’imaginaire collectif. Or il s’agit d’un combat de certains wokistes que de chercher à réécrire l’Histoire de manière fausse, pour faire croire qu’il y a toujours eu massivement et à des positions sociales élevées en Europe des personnes d’origine extra-européenne. Et certains « influenceurs » vont jusqu’à inventer que l’Europe étaient noire au Moyen-Age, et que les Blancs sont venus envahir tardivement (ou que Cléopatre était Noire, ou encore que les pyramides d’Egypte captaient de l’électricité…). Ce genre de théories est complètement délirante, mais les soit-disants « décolonialistes » avides de revanche sur les Occidentaux, aussi pleins de hargne que vides de connaissances, pourraient être tentés d’y croire pour justifier des exactions ou des politiques discriminantes dans les décennies à venir. D’où l’importance de couper court à ces fumisteries, et de recadrer le récit sur la réalité historique, en évitant les déformations politisées. Cela, pour la sécurité de notre futur.
        Et enfin, le présent est douloureux et le futur incertain, ainsi, de grâce, laissons le passé dans la vérité historique.

    • Un de ces jours Thémistocle sera un enfant naturel du père de Xerxés et la bataille de Salamine une simple question de codicille sur un testament…

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