[CINEMA] Left-Handed Girl, Taïwan entre structures traditionnelles et modernité
Mère célibataire, Shu-Fen revient après plusieurs années à Taipei avec ses deux filles, I-Ann et I-Jing, afin d’ouvrir une échoppe au marché de nuit. Une modeste cantine perdue parmi une multitude de commerces aux lumières et couleurs chatoyantes. Shu-Fen espère ainsi pouvoir subvenir aux besoins de sa famille et payer les soins d’un époux agonisant sur son lit d’hôpital. De son côté, l’aînée de ses filles, I-Ann, en dépit de ses facultés intellectuelles, n’a jamais pu poursuivre ses études, faute de moyens, et vend des noix d’arec aphrodisiaques auprès d’une clientèle largement masculine. I-Jing, sa petite sœur espiègle et passablement klepto – rabrouée par son grand-père du fait d’être gauchère –, partage quant à elle son quotidien entre l’école et le marché nocturne où elle assiste sa mère, du haut de ses cinq ans. Malgré les difficultés financières et l’instabilité de leur mode de vie, les trois femmes peuvent heureusement compter les unes sur les autres en cas de crise…
Le regard d’une enfant
Premier film réalisé en solo par Shih-Ching Tsou, collaboratrice récurrente du cinéaste américain Sean Baker (Tangerine, Red Rocket et le récent Anora), Left-Handed Girl est un vieux projet qui remonte à 2010, mis de côté à l’époque pour raisons financières. Tourné intégralement à l’iPhone, comme l’avait fait avant elle Sean Baker avec Tangerine, le film capte au grand angle – choix de focale qui permet à la fois les mouvements rapides et le cumul de détails infimes en arrière-plan – l’effervescence de la vie nocturne taïwanaise, à travers les yeux émerveillés d’une enfant à croquer, découvrant en toute naïveté le monde complexe des adultes, avec ses obligations et ses contrariétés. Un récit plein de tendresse, souvent drôle, mais largement désenchanté…
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Une critique un peu facile des structures traditionnelles
Nettement moins sulfureux (complaisant ?) que le cinéma de Sean Baker – qui officie, pourtant, en tant que coscénariste, producteur et monteur –, Left-Handed Girl nous montre que Taïwan, en dépit de ses disparités sociales et de la précarité alarmante de ses couches populaires, est bel et bien un pays occidentalisé, largement phagocyté culturellement par le modèle américain. En effet, déplorant la mentalité confucéenne et le traditionalisme, jugés désuets, auxquels sont attachées les personnes âgées, nos trois héroïnes sont mues par un désir d’émancipation individuelle, de liberté d’agir et un refus de toute « hypocrisie » ; en atteste cette séquence de règlement de comptes en public, lors de l’anniversaire de la grand-mère, où I-Ann vide son sac et divulgue un secret de famille bien gardé depuis des années. Prenant aveuglément fait et cause pour la jeune génération, Shih-Ching Tsou ne semble pas voir que ces structures sociales traditionnelles qu’elle brocarde sont précisément le ciment qui assure encore la cohésion de cette famille et rend possible la réconciliation finale…
2,5 étoiles sur 5
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Un commentaire
J’ai beaucoup aimé ce film aux antipodes des films moralisateurs et bienpensants qu’on nous sert.