[CINÉMA] La femme la plus riche du monde, sur l’affaire Banier-Bettencourt
C’est un triste spectacle qui a atterré les Français, celui d’une famille richissime s’écharpant, par médias et avocats interposés, sur des histoires d’argent. Une affaire d’une rare vulgarité, éclaboussant au passage les personnalités politiques qui gravitaient autour d’elle, à l'instar de Nicolas Sarkozy et Éric Woerth.
Après un documentaire en trois épisodes produit par Netflix en 2023, le cinéma s’empare aujourd’hui de l’affaire Banier-Bettencourt. Pour rappel, en 2007, Françoise Bettencourt Meyers, fille héritière de Liliane Bettencourt, portait plainte contre le photographe François-Marie Banier pour « abus de faiblesse » envers sa mère qui lui aurait offert pour plus de 990 millions d’euros de cadeaux et donations, en vingt ans…
Une amitié qui pose problème
Réalisé par Thierry Klifa, La femme la plus riche du monde s’inspire très librement de cette affaire et nous raconte, sur un mode vaudevillesque, l’histoire d’une amitié hors du commun entre la deuxième fortune de France, rebaptisée ici Marianne Farrère (Isabelle Huppert), et son photographe aux dents longues, Pierre-Alain Fantin (Laurent Lafitte). Lorsqu’ils se rencontrent à l’occasion d’une séance photo, les deux sympathisent aussitôt au point d’en devenir inséparables. D’abord amusés par le caractère fantasque de Fantin, ses bons mots et ses caprices de diva, les proches de Marianne Farrère s’agacent très vite de la vulgarité et de la prétention du personnage, et voient d’un mauvais œil les cadeaux toujours plus dispendieux que Marianne lui octroie généreusement. C’est bien simple, plus Fantin obtient, plus il demande, voire réclame, quitte à faire usage occasionnellement de chantage affectif.
Convaincus que Marianne est victime de manipulation, Frédérique Spielman, sa fille, et Jérôme, son majordome, choisissent de faire front pour éloigner au plus vite ce pique-assiette.
Le pari de la nuance
Postulant clairement la sincérité affective de Banier/Fantin à l’égard de Bettencourt/Farrère, le réalisateur Thierry Klifa risque bien de se mettre à dos une partie des spectateurs, et notamment la famille Bettencourt. Courageux, à une époque où il est de bon ton de suspecter d’emblée la malhonnêteté de son prochain, le film fait le pari de la nuance et avance, pour hypothèse, la possibilité que le photographe n’ait tout simplement pas conscience d’abuser de la gentillesse de Marianne. Pressant, insupportable comme un gamin de quatre ans se roulant par terre dans un magasin de jouets, Pierre-Alain Fantin ne simule pas son attachement à sa « maman » de substitution ; laquelle envisage même au cours du récit de l’adopter et de lui transmettre son nom.
Dans cette configuration, les proches de la femme d’affaires, non moins sincères que le photographe, apparaissent comme d’honnêtes rabat-joie, refusant d’admettre que le bien procuré par Fantin à Marianne vaut bien la dépense…
Plutôt académique dans sa mise en scène, mais servi par des dialogues ciselés et une brochette d’acteurs impeccables (Raphaël Personnaz en tête), La femme la plus riche du monde est un film de bonne facture, quoique anecdotique, le volet politique de l’affaire Banier-Bettencourt n’étant même pas évoqué. Avouons, en outre, que le jeu tout feu tout flamme de Laurent Lafitte, en grande folle exubérante et provocatrice, s’avère fatigant, sur deux heures…
3 étoiles sur 5
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6 commentaires
Pourquoi cette formulation hypermodernissime »pose problème » ? Avez-vous vraiment décidé de parler globish et de supprimer tous les déterminants de votre écriture ? Revenez au français d’autrefois, clair, et fort expressif. S’il vous plaît.
Les salles obscures ont perdu ma clientèle depuis longtemps mais ce film me tente terriblement. Isabelle Huppert, si l’on fait abstraction de son gauchisme, est toujours un phénomène à admirer, à lui seul. Mais les autres acteurs ma paraissent également excellents. Sans oublier que grâce au cinéma on est transporté dans des lieux réservés aux privilégiés de ce monde. Alors, pourquoi bouder son plaisir ?
J’ai beaucoup aimé ce film
Je l’ai pris au premier degré, ne m’étant pas intéressée à l’époque aux détails de l’affaire Bettencourt qui a passionné et divisé la France.
Les acteurs sont excellents, l’environnement cossu fait rêver, je n’ai pas vu les deux heures passer
Bof.
Vu le film, suite à votre critique. Ce film ne se contente pas seulement de cerner la force dévatatrice de l’amour quand il s’empare d’une femme mûre richissime aux mains d’un gigolo mais il signe un scandale d’époque. Une affaire d’Etat qui puise dans les archives de la France contemporaine. Côté politique, sortent des noms comme Chirac et Mitterrand. Ce dernier dont on n’ignorait pas les liens ténus ( » Une jeunesse française ») avec le pétainisme ambiant d’époque. Mais qui n’était pas alors maréchaliste ? Cette famille Bettancourt, antisémite ordinaire, va mêler son sang au sang juif, manière de rédemption ou de conduire encore plus habilement ses affaires à la Libération. Côté artiste, les noms d’Aragon, de Dali, de d’Ormesson car notre gigolo photographe, « bi » de surcroît, est un raté de St German des Prés qui en veut toujours plus pour se montrer et se monter. vulgaire à souhait, cultureux de salon, c’est une bête qui tartine de plaisir tout ce qui passe à sa portée. Il revendique à son compte le mot de Stroheim : « l’homme que vous aimeriez hair ». La dame de la Haute, qui s’ennuie, revient à la vie par lui, elle y plonge dare-dare, décoincée par l’orgasme renaissant. Au fond, c’est son affaire, plus que l’argent et elle signera autant de chèques qu’on voudra pourvu de croire encore au printemps. C’est là qu’est le film, qui, de théâtre de boulevard se mue en tragédie grecque. Sacrifier même ses enfants au nom d’une passion dévorante. Ici, les fruster d’héritage jusqu’au procés. Vous avancer que ce film est « académique » disons qu’il creuse un classique, le dispatch de l’amour et de l’argent, cette vieille lune sans cesse recommencée. Vous nous dites que vous vous êtes ennuyé au numéro de Laffitte, mais il en varie les plaisirs, le voyou fort en gueule est épatant. Le pompon à Isabelle Huppert, on lui donnerait le Nobel du cinéma s’il existait. Les amateurs de milleux fétides pourris de fric, aimeront la sociologie dans laquelle baignent ces familles, au fond, par si heureuses. C’est un bon film dont ne faut pas bouder le plaisir. On en a pour son argent.
A vous lire – je vais de ce pas voir le film – on dirait que cette affaire de gros sous cache une jolie bluette. La mémé aux as et le tireur de clichés ! Ce n’est pas un « assortiment’ aussi rare qu’on ne pense. Pourquoi une femme mûre n’aurait-t-elle pas la fleur bleue ? On raconte même que certain chef d’Etat finisse par épouser sa maîtresse. La vie est un théâtre, ne l’oublions pas et quand on a des sous à plus savoir qu’en faire et qu’on est claquemuré dans les conventions de classe, il faut bien goûter à des délices voyous. Tout cela est vieux comme Hérode : la bourgoisie encanaillée dans les bouges populos et les patriciennes romaines cavalant avec leurs cochers. Le volet politique de l’affaire Bettencourt est une réalité. Il y aurait trop à dire sur les familles qui ne supportent pas de voir l’héritage fondre à leur détriment et filer vers autrui. Elles veulent le « truc » jusqu’à l’os, la poule entière, comme qui dirait Mme du Perchoir. Je ne suis pas contre traiter un drame sur un ton badin, si le cinéma y trouve son compte. Au fond de tout cela, il y a la solitude de l’homme ou de la la femme cousue d’or. Même moi, qui suis pauvre, je plains le banquier assis sur un or dont il ne sait que faire, ayant tout fait avec lui. Alors que Mme Bettancourt ait trouvé que les blagounettes de son photographe lui seyaient bien, quoi de répréhensible ? Les gredins ont tout de même le droit de faire rêver les cuirs durcis par la vie qui voient grâce à eux le printemps revenir, pourquoi pas ! Quand on aime, on ne compte pas. Sauf, qu’il y en a qui encaissent.