Ces vies de Mathilde et de Claire que leur violeur a brisées

Les deux jeunes femmes font face, depuis le 24 septembre, à leur agresseur. Pour elles, le même combat : se relever.
© Samuel Martin
© Samuel Martin

L’une en tailleur sobre, l’autre en robe noire, c’est avec une expression sereine que Claire et Mathilde font leur entrée en salle d’audience ce mercredi 24 septembre, pour le premier jour du procès. Elles ont des airs de jeune pro et d’étudiante sérieuse avec leurs cheveux longs lâchés, la brune arborant de jolies boucles tandis que la blonde les préfère lisses sur ses épaules. Si leur sourire doux et leur démarche sûre laissent croire à l’insouciance des jeunes années, le regard lourd traduit autre chose. Pourtant, droites, déterminées, elles avancent jusqu’au banc des victimes.

Mais subitement, les yeux s’assombrissent, les sourires deviennent nerveux et les gestes agités laissent comprendre l’évidence. Il est arrivé. Son front noir, sa corpulence et surtout son regard dur, imperturbable. Elles devront affronter, trois jours durant, sa présence à quelques mètres d’elles, lui qui les a sauvagement violées ce 11 novembre 2023 où leur vie a basculé.

Mathilde, « comme si c’était hier »

Elle s’ouvrait pourtant à elle, la vie de Mathilde, lorsqu’elle a croisé la route de Jordy G. ce samedi après-midi, alors qu’elle se rendait à un entretien pour un poste de baby-sitter. Toute jeune étudiante d’à peine 19 ans, elle venait d’entamer sa première année d’un cursus en droit et communication, « pour peut-être devenir avocate », souffle-t-elle malicieusement au tribunal. Aujourd’hui, elle n’est plus sûre de rien. Elle se bat pour terminer ses études, pour trouver un but, pour continuer cette vie qu’il a bouleversée. « Je l’ai entendu utiliser le terme “d’incident”, mais moi c’est ma vie tout entière qui a changé. » Deux ans bientôt, et « c’est comme si c’était hier ». Deux ans qu’elle fait des cauchemars, deux ans qu’elle ne dort plus, deux ans qu’elle vomit plusieurs fois par semaine et qu’elle enchaîne les angines et les saignements de bouche à répétition, comme une empreinte de ces viols qui l’ont marquée dans sa chair. « J’ai passé les deux dernières années à chercher à fuir la France », avoue celle qui a cru mourir durant les « huit minutes les plus longues de sa vie ».

« Quatre minutes de viols, huit minutes en présence de son agresseur, un an, dix mois, treize jours et vingt-deux heures de reconstruction ». Telle est la réalité du calvaire de Mathilde qui n’aura pas seulement duré quelques instants, rappelle son avocate, puisque c’est à vie que la jeune femme se trouve marquée.

« Puis il y a eu le 12 novembre, le début de l’après », qui a laissé place à cette multitude de sentiments : la honte devant ces images de vidéosurveillance qui ont été visionnées à répétition par la police, les enquêteurs, les juges, les avocats ; la honte devant sa famille qui n’a découvert qu’à l’audience les détails du martyre qu’a subi leur fille, leur sœur. La culpabilité, vis-à-vis d’elle-même d’abord – si elle avait couru plus vite, si elle avait été plus forte – mais vis-à-vis de Claire ensuite – si elle l’avait satisfait, peut-être le violeur n’aurait-il pas cherché une autre victime. La peur, encore, des hommes qui l’entourent, de ses proches, des sorties seule, des odeurs et des bruits qui la ramènent encore et toujours à ce hall d’immeuble, ce 11 septembre 2023 à 16 h 30.

Si Mathilde a été marquée au fer rouge par cette agression qui a eu chez elle un « retentissement psychique très important », sa famille n’a pas été épargnée. La culpabilité de n’avoir pas su protéger leur fille, de l’avoir déposée trop tôt en voiture cet après-midi-là, de ne pas l’avoir accompagnée sur la dernière centaine de mètres, mais aussi de ne pas assez bien comprendre, parce qu’ils ne ressentent pas dans leur chair, eux, ce que Mathilde a vécu dans la sienne. « L’agression de Mathilde a été un tsunami familial dont les ondes de choc continuent de se propager. »

Claire, « réussir à se reconstruire »

Le chemin de Claire était aussi à tracer. À 26 ans, elle venait d’obtenir un poste de conseillère en finance, avait récemment emménagé avec sa meilleure amie, fréquentait depuis quelques mois un garçon pour qui elle s’apprêtait à préparer un dîner « en amoureux ». Balayée en trente minutes, cette vie de jeune femme insouciante, « dynamique et joyeuse », comme la décrit une amie devant l’audience. Le travail qu’elle était si fière d’avoir obtenu, elle n’a pas su le garder, rattrapée par un quotidien d’angoisses, par cette « pulsion sexuelle », ainsi qualifiée par son agresseur, qui l’a anéantie en quelques instants.

Pourtant, elle aimerait réapprendre à vivre, à entrevoir ne serait-ce que des perspectives d’avenir : « C’est très dur, à 28 ans, de ne pas réussir à se reconstruire alors que j’ai envie d’aller de l’avant, de fonder une famille, d’avoir des enfants... Mais pour le moment je sais que ce n’est pas possible ». Il lui faut encore réapprendre à faire confiance, à se réapproprier son corps dont elle a eu conscience, pendant ces vingt minutes interminables, d'être dépossédée. Les idées noires la suivent depuis, mais elle l’avoue, elle attend tout de ce procès pour aller mieux, avancer. « J’attends qu’il reconnaisse honnêtement qu’il a détruit une bonne partie de ma vie. J’aimerais qu’il s’excuse honnêtement et qu’il ait la peine qu’il mérite. » Les excuses, elle ne les obtiendra ni au premier, ni au deuxième jour d’audience. Il « préfère [s]’abstenir ».

Cet abattement n’a pas empêché Claire de se montrer forte. Elle a, depuis les faits, créé une association, Éclats de femmes, qui vient en aide aux victimes d’agressions sexuelles. Elle les écoute, parfois des heures durant, les conseille dans les démarches à suivre, les dirige vers l’aide appropriée. Elle veut que la solitude administrative et judiciaire dans laquelle elle s’est trouvée, ces femmes ne la connaissent pas. Elle s’est aussi engagée en politique, aux côtés d’Éric Ciotti qui l’a nommée vice-présidente du parti de l’Union des droites républicaines.

Claire et Mathilde, femmes courage

Mathilde, elle, s’est mise à la musculation pour essayer de « devenir plus forte ». Et si elle est « dévastée à l’intérieur », elle continue de se tenir droite. Car elles avancent malgré tout, ces jeunes femmes que cet homme s’est acharné à détruire. Et pour cela, elles forcent l’admiration.

Durant l’instruction, ce Centrafricain sous le coup de trois OQTF déclarait aux enquêteurs : « j’ai conscience de mon charisme et de mon aura ». Pourtant, comme le souligne l’avocate de l’une des victimes : « le charisme et l’aura, c’est elles, la droiture et la force, c’est elles, le courage, c’est encore elles », Claire et Mathilde.

Vos commentaires

27 commentaires

  1. Je trouve qu’il y a beaucoup de défaillance dans l’éducation pour une certaine partie de la population! Qui en fait les frais en plus de payer? Nicolas et Nicolle.

  2. En 2022, 230000 femmes ont été victimes en France de viols, tentatives de viols ou d’agressions sexuelles.
    Que l’agresseur soit Chinois, Russe, Ukrainien, Américain, Espagnol, Tunisien, Français (…) n’y change rien.
    Ce sont à chaque fois des drames qui brisent des vies.
    Grosses pensées pour toutes ces femmes touchées dans leur chair.
    Nous sommes tous féministes.

    • Visiblement les statistiques dans les prisons tu ne les connais pas. 80% y sont pour viols et 80% sont issus de l’immigration. Sans les chiffres, mon cher, tes propos sont creux!

      • @Cheche, il fait comme les journalistes du service public, il manipule l’information, il la déforme et ne dit pas ce qui est en réalité….
        Les chiffres et les faits ne les arrangent pas car réels, nous savons fort bien que beaucoup de violeurs sont issus en effet de l’immigration, les pauvres ils n’ont pas les codes ben voyons, limite si ce ne sont pas eux les victimes !!

  3. Si le responsable de ces viols est à juste titre dans le box des accusés, ceux qui par leur inaction ont rendu ces viols possibles, ceux là ne s’y trouvent pas! le violeur était sous le coup, on pas d’une OQTF mais de trois! Comment se fait-il que cet individu ait pu faire l’objet de 3 OQTF non exécutées? Il a fait l’objet d’une 3e OQTF, car la 2e n’avait pas été suivie d’effet! Il a fait l’objet d’une 2e OQTF car la 1ère n’avait pas été rendue effective! Comment un tel enchaînement de ratés a t’il été possible? Qui sont ceux qui ont successivement faillis dans ces affaires? Le sinistre Dupond-Moretti qui a craché sur CNEWS devraient raser les murs et se faire oublier, au lieu de grimper aux rideaux! Pour traquer et persécuter les automobilistes l’Etat est impitoyable même pour des délits insignifiants! petit message perso aux lecteurs de BV qui se délectent de la répression routière et qui en redemandent!. Alors que le bilan de l’Etat en matière d’exécution des OQTF est très mauvais,, il y en a qui réclame encore davantage de répression routière! Etes-vous à ce point aveugle(hypothèse bienveillante) au point d’endosser le costume d’idiots utiles d’un pouvoir qui persécute les automobilistes pour des délits futiles? Alors que des individus sont OQTF, en raison d’un Etat en dessous commettent des crimes à répétition. Vous en êtes fiers?

  4. Le Président de la France, selon les dires de Mr Hollande rapportés par un journaliste accrédité, a le droit de désigner l’indésirable à éliminer, à abattre dans les intérêts de l’Etat, selon son jugement et celui de ses services spéciaux. Donc, la peine de mort existe bien en France, même si elle s’exerce dans les coursives de la politique et n’est le fait que du Prince. N’est-il pas temps de rouvrir le débat de la peine de mort, démocratiquement, alors qu’elle est chastement toujours d’active en France et de remettre ce débat sur le tapis. Il y a des criminels irrécupérables (et qui en sont fiers) ….et qui, avec nos lois laxistes et « open bar » pour un crime, profiteront d’une liberté, tôt ou tard retrouvée, pour récidiver ! Pourquoi prendre un tel risque ?

  5. Il me semble que chacun, sereinement, devrait se poser une question et tenter d’y répondre :  » que penserais-je et que ferais-je si l’un de mes Enfants ou Petis-Enfants, quel qu’il soit, se faisait sexuellement et gravement agresser, par un prédateur, quel qu’il soit  » ? Cela peut arriver à n’importe qui, même à un Juge…quel qu’il soit. Aucune pitié, aucune compassion pour ces dangereux individus.

  6. 18 ans de prison pour cet africain violeur. Espérons que les remises de peine ne seront pas trop importantes et qu’après sa détention ce type soit réellement expulsé de la France.

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