Ces vies de Mathilde et de Claire que leur violeur a brisées
L’une en tailleur sobre, l’autre en robe noire, c’est avec une expression sereine que Claire et Mathilde font leur entrée en salle d’audience ce mercredi 24 septembre, pour le premier jour du procès. Elles ont des airs de jeune pro et d’étudiante sérieuse avec leurs cheveux longs lâchés, la brune arborant de jolies boucles tandis que la blonde les préfère lisses sur ses épaules. Si leur sourire doux et leur démarche sûre laissent croire à l’insouciance des jeunes années, le regard lourd traduit autre chose. Pourtant, droites, déterminées, elles avancent jusqu’au banc des victimes.
Mais subitement, les yeux s’assombrissent, les sourires deviennent nerveux et les gestes agités laissent comprendre l’évidence. Il est arrivé. Son front noir, sa corpulence et surtout son regard dur, imperturbable. Elles devront affronter, trois jours durant, sa présence à quelques mètres d’elles, lui qui les a sauvagement violées ce 11 novembre 2023 où leur vie a basculé.
Mathilde, « comme si c’était hier »
Elle s’ouvrait pourtant à elle, la vie de Mathilde, lorsqu’elle a croisé la route de Jordy G. ce samedi après-midi, alors qu’elle se rendait à un entretien pour un poste de baby-sitter. Toute jeune étudiante d’à peine 19 ans, elle venait d’entamer sa première année d’un cursus en droit et communication, « pour peut-être devenir avocate », souffle-t-elle malicieusement au tribunal. Aujourd’hui, elle n’est plus sûre de rien. Elle se bat pour terminer ses études, pour trouver un but, pour continuer cette vie qu’il a bouleversée. « Je l’ai entendu utiliser le terme “d’incident”, mais moi c’est ma vie tout entière qui a changé. » Deux ans bientôt, et « c’est comme si c’était hier ». Deux ans qu’elle fait des cauchemars, deux ans qu’elle ne dort plus, deux ans qu’elle vomit plusieurs fois par semaine et qu’elle enchaîne les angines et les saignements de bouche à répétition, comme une empreinte de ces viols qui l’ont marquée dans sa chair. « J’ai passé les deux dernières années à chercher à fuir la France », avoue celle qui a cru mourir durant les « huit minutes les plus longues de sa vie ».
« Quatre minutes de viols, huit minutes en présence de son agresseur, un an, dix mois, treize jours et vingt-deux heures de reconstruction ». Telle est la réalité du calvaire de Mathilde qui n’aura pas seulement duré quelques instants, rappelle son avocate, puisque c’est à vie que la jeune femme se trouve marquée.
« Puis il y a eu le 12 novembre, le début de l’après », qui a laissé place à cette multitude de sentiments : la honte devant ces images de vidéosurveillance qui ont été visionnées à répétition par la police, les enquêteurs, les juges, les avocats ; la honte devant sa famille qui n’a découvert qu’à l’audience les détails du martyre qu’a subi leur fille, leur sœur. La culpabilité, vis-à-vis d’elle-même d’abord – si elle avait couru plus vite, si elle avait été plus forte – mais vis-à-vis de Claire ensuite – si elle l’avait satisfait, peut-être le violeur n’aurait-il pas cherché une autre victime. La peur, encore, des hommes qui l’entourent, de ses proches, des sorties seule, des odeurs et des bruits qui la ramènent encore et toujours à ce hall d’immeuble, ce 11 septembre 2023 à 16 h 30.
Si Mathilde a été marquée au fer rouge par cette agression qui a eu chez elle un « retentissement psychique très important », sa famille n’a pas été épargnée. La culpabilité de n’avoir pas su protéger leur fille, de l’avoir déposée trop tôt en voiture cet après-midi-là, de ne pas l’avoir accompagnée sur la dernière centaine de mètres, mais aussi de ne pas assez bien comprendre, parce qu’ils ne ressentent pas dans leur chair, eux, ce que Mathilde a vécu dans la sienne. « L’agression de Mathilde a été un tsunami familial dont les ondes de choc continuent de se propager. »
Claire, « réussir à se reconstruire »
Le chemin de Claire était aussi à tracer. À 26 ans, elle venait d’obtenir un poste de conseillère en finance, avait récemment emménagé avec sa meilleure amie, fréquentait depuis quelques mois un garçon pour qui elle s’apprêtait à préparer un dîner « en amoureux ». Balayée en trente minutes, cette vie de jeune femme insouciante, « dynamique et joyeuse », comme la décrit une amie devant l’audience. Le travail qu’elle était si fière d’avoir obtenu, elle n’a pas su le garder, rattrapée par un quotidien d’angoisses, par cette « pulsion sexuelle », ainsi qualifiée par son agresseur, qui l’a anéantie en quelques instants.
Pourtant, elle aimerait réapprendre à vivre, à entrevoir ne serait-ce que des perspectives d’avenir : « C’est très dur, à 28 ans, de ne pas réussir à se reconstruire alors que j’ai envie d’aller de l’avant, de fonder une famille, d’avoir des enfants... Mais pour le moment je sais que ce n’est pas possible ». Il lui faut encore réapprendre à faire confiance, à se réapproprier son corps dont elle a eu conscience, pendant ces vingt minutes interminables, d'être dépossédée. Les idées noires la suivent depuis, mais elle l’avoue, elle attend tout de ce procès pour aller mieux, avancer. « J’attends qu’il reconnaisse honnêtement qu’il a détruit une bonne partie de ma vie. J’aimerais qu’il s’excuse honnêtement et qu’il ait la peine qu’il mérite. » Les excuses, elle ne les obtiendra ni au premier, ni au deuxième jour d’audience. Il « préfère [s]’abstenir ».
Cet abattement n’a pas empêché Claire de se montrer forte. Elle a, depuis les faits, créé une association, Éclats de femmes, qui vient en aide aux victimes d’agressions sexuelles. Elle les écoute, parfois des heures durant, les conseille dans les démarches à suivre, les dirige vers l’aide appropriée. Elle veut que la solitude administrative et judiciaire dans laquelle elle s’est trouvée, ces femmes ne la connaissent pas. Elle s’est aussi engagée en politique, aux côtés d’Éric Ciotti qui l’a nommée vice-présidente du parti de l’Union des droites républicaines.
Claire et Mathilde, femmes courage
Mathilde, elle, s’est mise à la musculation pour essayer de « devenir plus forte ». Et si elle est « dévastée à l’intérieur », elle continue de se tenir droite. Car elles avancent malgré tout, ces jeunes femmes que cet homme s’est acharné à détruire. Et pour cela, elles forcent l’admiration.
Durant l’instruction, ce Centrafricain sous le coup de trois OQTF déclarait aux enquêteurs : « j’ai conscience de mon charisme et de mon aura ». Pourtant, comme le souligne l’avocate de l’une des victimes : « le charisme et l’aura, c’est elles, la droiture et la force, c’est elles, le courage, c’est encore elles », Claire et Mathilde.
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27 commentaires
Il a pris 18 ans , il en fera moins pour bonne conduite.
Et interdiction de territoire français..
Il faut remettre les interdictions de territoire français définitivement et de façon systématique.
Déjà quel courage de ces deux jeunes femmes dont la vie fut brisée en quelques minutes
J’ai eu la nausée quand j’ai lu leur témoignage, vie brisée quoiqu’on en dise
Rien ne sera jamais comme « avant » même leur entourage a été pris dans ce séisme dévastateur, les reproches qu’ils se sont fait, mais le seul reproche doit être fait au violeur
Incroyable que Mathilde culpabilise , j’ai eu les larmes aux yeux aussi, quel calvaire, quand des minutes durent des heures, des semaines, des mois
Les répercussions psychologiques sont là , et on atteint le « physiologique »
Et parler d’incident, c’est monstrueux quand on sait les répercussions sur les victimes
Et combien de victimes comme elles ? TROP
Et ces victimes ne sont pas écoutées, les juges ne prendront pas leur détresse en compte, pour eux , ils ne retiendront que l’enfance dorée du violeur, à qui on passait tout en plus, on voit le résultat
Et bien sur ne sera pas condamné comme il aurait du l’être et pas plus expulsé
alors qu’il a commis un crime , contrairement a Monsieur Sarkozy ! ! ! Voila la justice Française
Dommage que la peine de mort ait été supprimée, c’est ce qu’il aurait mérité car on sait bien que les juges le relâcheront et qu’il recommencera.
Les juges ne doivent ils pas faire exécuter les OQTF ??? Si ce n’est pas fait qui est responsable ??? Personne , c’est formidable ce métier !!
Évidemment il faudra avoir pitié pour ce malheureux garçons. Allez, soyons sévères, 5 ans dont 3 avec surci et l’obligation de soins. En clair, dans six mois il est dehors et peut reprendre son activité en toute tranquillité.
Mathilde et Claire,
Ce qui vous arrive me touche énormément. Vous tournez vers Jésus Christ peut vous aider à retrouver paix et confiance. Je prie pour vous. Bravo pour votre force d’affronter un procès difficile. J’espère que justice sera correctement rendue…
Par qui, quand et comment seront jugés ceux qui ont laissé ce barbare, et tous ces autres barbares criminels qui ont sévi (et qui probablement séviront encore) en France, en liberté ? Comment se fait-il que ces gens là ne soient jamais responsables de leurs actes ? Jugés irresponsables par les experts psychiatres ? Si oui, comment se fait-il qu’ils accèdent à de tels postes ?
Pas de justice, pas de démocratie, pas de bon sens, plus d’école, plus de pays, plus de drapeau….ça va continuer encore longtemps le sabotage de la France par les gouvernements qui se suivent?
Prison à vie au 3eme délit comme dans 3 états américains.
Résultat sur un an:
Chute de 95% de la délinquance
Les prisons sont vides
Les condamnés à 2 délits tremblent …
La peur a changé de camp!
3 OQTF non exécutées… on s’attend à un jugement plein de mansuétude pour l’agresseur qui sera vite remis en liberté. Toute ma compassion pour les prochaines victimes.
Macron avait promis 100% d’exécution des OQTF. On en est à 7% (et avec une majorité à Mayotte !) = démission ou encore mieux destitution !
30 ans, sans réduction de peine. Si la justice ne sanctionne pas fermement ces délinquants, la cocotte va exploser.
En effet
La « justice » est beaucoup trop occupée avec Sarkozy…