[AU TRIBUNAL] « Y a pas moyen, Aya » : les Natifs déclarés coupables d’injure publique

Dix des treize militants mis en cause pour avoir brandi un slogan contre Aya Nakamura ont été condamnés par la Justice.
© BVoltaire
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Plus de trois mois après l’audience qui voyait comparaître trois des militants du collectif Les Natifs, mis en cause pour « provocation à la haine » dans l’affaire qui les opposait à différentes associations antiracistes, le tribunal a rendu son délibéré, ce mercredi 17 septembre après-midi.

Seuls deux des prévenus étaient présents à la barre pour entendre la décision de justice, alors qu’ils comparaissaient devant la 17e chambre du tribunal correctionnel en raison d’une action menée à Paris, début mars 2024. Les jeunes militants identitaires avaient déployé une banderole où l’on pouvait lire : « Y a pas moyen, Aya. Ici, c’est Paris, pas le marché de Bamako », en référence à l’un des titres de la chanteuse franco-malienne, pressentie alors pour représenter la France à l’ouverture des Jeux olympiques.

Un procès « politique »

À l’audience du 4 juin dernier dont BV avait rendu compte, le procureur avait requis des peines allant de quatre à huit mois de prison avec sursis, assorties de 3.000 euros d’amende, à l’encontre des treize militants poursuivis. Plusieurs associations telles que SOS Racisme, la LICRA et la Maison des potes s’étaient constituées parties civiles.

La défense, menée par Me Mathieu Sassi, avait alors dénoncé des poursuites démesurées et pointé les moyens « considérables » et, selon lui, disproportionnés mis en œuvre par les services de renseignement pour identifier et arrêter les auteurs de la banderole. À la barre, l’un des prévenus, Stanislas, avait résumé l’enjeu : « Ce qui se joue aujourd’hui, c’est, d’une part, la question de la liberté d’expression et, d’autre part, celle de l’indépendance de la justice. »

Des peines révisées mais une condamnation maintenue

Dans sa décision, le tribunal semble avoir ménagé les prévenus, puisque les réquisitions du parquet concernant les peines de prison n’ont pas été retenues. Les faits ont été requalifiés en « injure publique aggravée », chef d’accusation moins grave que celui de « provocation à la haine », mais des peines d’amendes allant de 3.000 à 1.000 euros, avec ou sans sursis, ont toutefois été prononcées. Les militants devront encore verser « solidairement » la somme de 500 euros de dommages et intérêts à chacune des associations constituées partie civile. Si la décision se révèle donc moins lourde que ce qui était attendu, elle consacre néanmoins la culpabilité de dix militants sur treize, les trois autres bénéficiant d’un renvoi des fins de la poursuite.

Une condamnation symbolique ?

Plus scandalisés que surpris par le résultat de cette bataille judiciaire, les deux militants présents ont dénoncé, auprès de BV, un procès « politique ». Leur cible, répètent-ils, n’était pas une origine ou une couleur de peau mais « la vulgarité » d’Aya Nakamura, qu’ils jugent indigne d’incarner la culture française, ont-ils maintenu.

La décision du tribunal, selon eux, ne traduit rien d’autre que le poids du climat médiatique et associatif. « C’est symbolique, comme condamnation », répètent-ils, assurant que leur banderole n’avait rien d’une attaque raciale.

Reste que ce rejet affiché relève désormais de l’injure publique, selon la Justice, qui s’est aujourd’hui exprimée. Et sa condamnation en dit long : les questions de préférences culturelles se tranchent moins dans le débat public que sous le regard des tribunaux.

Vos commentaires

55 commentaires

  1. Continuez comme ca, la cocote-minute commence à siffler. Condamnés pour avoir dit que Paris n’était pas Bamako pendant que ceux qui ont massacré un policier à Tourcoing sont remis en liberté.

  2. Le pouvoir politique devrait se méfier que toutes ces choses mises bout à bout ne finissent pas par exaspérer les dociles français qui, malgré tout, pourraient finir par se révolter comme au Royaume-Uni. Quelque part il faudrait espérer que cela finisse comme cela car ce sera peut-être la dernière chance de sauver la culture française.

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