[AU TRIBUNAL] Meurtre du père Olivier Maire : « Un criminel sans foi ni loi »

Ce jeudi 22 janvier, Emmanuel Abayisenga a été condamné à 30 ans de prison.
@Iris Bridier
@Iris Bridier

C’est un homme visiblement affaibli, de 39 kg, qui se tient assis dans son box, tête baissée et mutique depuis le début de son procès, à la cour d’assises de La Roche-sur-Yon (Vendée). À un tel point que son avocate, Me Navenot, commise d’office pour assurer sa défense, déclare lors de ce dernier jour d’audience, ce 22 janvier : « Je ne conçois pas le son de sa voix, je ne vais donc pas parler de qui il est, je ne sais pas. Je ne vais pas lui prêter des intentions que je ne connais pas. » Difficile, en pareilles circonstances, de porter un tel dossier, mais elle assume cette « lourde tâche » en axant sa défense sur « deux axes de droit » : montrer aux magistrats que le meurtre n’était pas prémédité, d’une part, et que « psychiatriquement, il n’était pas dans son état normal au moment des faits, il y avait donc abolition du discernement », d’autre part.

Rappelons qu’Emmanuel Abayisenga, Rwandais sous le coup de quatre OQTF entre 2015 et 2019, était jugé cette semaine pour le meurtre du père montfortain Olivier Maire. Le 9 août 2021, il s’était présenté à la gendarmerie de Mortagne-sur-Sèvre pour se dénoncer de coups mortels portés la veille contre le prêtre. Soit un peu plus d’un an après avoir incendié la cathédrale de Nantes, le 18 juillet 2020.

Un passé de victime des génocides inventé

Depuis, plus de quatre années se sont écoulées, « quatre ans et demi pour tenter de faire son deuil et comprendre ce qui s’est passé », déclare Me Party, l’avocate des deux frères de la victime, parties civiles. Derrière elle, les parents du défunt prêtre ne se lâchent pas la main et assistent, les traits tirés, au long récit de toutes ces chronologies, ces rapports d’expertise et ces sinistres récits. « La foi profonde mais aussi l’amour fraternel au sein de la congrégation les ont aidés à avancer », explique l’avocate. Ce qui n’enlève rien à la violence qu’il faut surmonter, violence de l’annonce, violence face au silence quand on aimerait des explications et des réponses, violence du « paradoxe entre la puissance destructrice des termes employés lors de ce procès, antinomiques à ce qu’était le père Olivier Maire, douceur, gentillesse et bonté, un modèle de missionnaire, un homme droit et inspirant, d’une grande érudition ».

Me de Guerry de Beauregard, représentant la congrégation des missionnaires montfortains de Saint-Laurent-sur-Sèvre, a souligné « le gâchis de cette main tendue, cette chance infime qui lui avait été donnée » et en réponse à laquelle Emmanuel Abayisenga a porté des coups mortels. L’avocat a décrit l’accusé comme un homme qui « s’est inventé un passé de victime des génocides, capable de s’inventer des problèmes de santé […] et qui fait mine de ne pas comprendre le français quand ça l’arrange ». La communauté avait réfléchi avant d'accueillir Emmanuel Abayisenga et, finalement, « décidé de faire confiance à la compétence des autorités : si on nous le demande, c’est qu’il peut être accueilli ».

« Il semble se prendre pour Dieu »

Après avoir écouté les avocats des deux parties civiles, l’avocat général a expliqué que pour sa part, « il n’y a pas d’altération, il savait très bien ce qu’il faisait. [...] S’il ne fallait retenir qu’une seule de ses déclarations au juge d’instruction, souligne l’avocat général, avant de citer l’accusé : "Quand c’est le jour de quelqu’un, on ne peut pas y échapper, je ne peux rien dire d’autre". » En décidant ainsi du jour et de la mort du père Olivier Maire, Emmanuel Abayisenga « semble se prendre pour Dieu », ajoute la magistrate. Lors de cette audience, on apprend ainsi que depuis son arrivée en France en 2012, « il n’a cessé de mentir sur tout, sur son parcours migratoire, il a menti aux paroissiens nantais qui l’ont accueilli, aux médecins qu’ils l’ont ausculté, sur l’arme utilisée, sur sa maîtrise du français, sur les vêtements qu’il portait et sur l’heure du meurtre ». L’avocat général « détricote le tissu » de ses mensonges et décrit « un criminel sans foi ni loi au sens propre du terme ».

Au terme de cette semaine d'audience, le représentant du ministère public a requis la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une peine de sûreté de 22 ans et d’une interdiction définitive du territoire français. Ce jeudi soir, le verdict tombe: la cour ne retenant pas l’altération du discernement au moment des faits, Emmanuel Abayisenga est condamné à 30 ans de prison et à une interdiction définitive de séjour en France.

Picture of Iris Bridier
Iris Bridier
Journaliste à BV

Vos commentaires

58 commentaires

  1. Il va rester chez nous alors qu’un état fort aurait passé un accord avec la Lybie par exemple pour y envoyer tous les indésirables qui n’ont rien à faire chez nous

  2. Va falloir prévoir un nouveau stock de smartphones à passer en fraude, rien que pour lui… pensez: 30 ans, c’est long!

  3. communauté avait réfléchi avant d’accueillir Emmanuel Abayisenga et, finalement, « décidé de faire confiance à la compétence des autorités : si on nous le demande, c’est qu’il peut être accueilli »… donc il faut aussi mettre « ces » autorités en examens… pourquoi cela n’a pas été fait??? De plus 4 IQTF non respecté mais il n’aurait pas la capacité intellectuelle de comprendre.. et personne ( compétence des autorites) ne lui aurait expliqué ce que signifie IQTF

  4. Incendie de la cathédrale de Nantes, et un an après il était dehors pour assassiner le père olivier Maire, alors qu’il était toujours sur le sol français bien que sous le coup de QUATRE OQTF… Est-on sûr qu’on a jugé le vrai coupable ? Ne serait-ce pas l’État qui, par son laxisme, est le vrai responsable, tout comme le Conseil Constitutionnel qui retoque systématiquement toute les lois qui sont votées par les représentants élus du peuple pour proteger les Français ?

  5. Sans loi autre que la sienne, on l’imagine bien pour un inculte, ça se voit tous les jours.
    Mais le tueur était aussi « sans foi »! Heureux curés! Sinon il n’aurait pas assassiné UN prêtre, mais toute une congrégation.
    Le plus affligeant pour la djustice et cet exécutif qui refuse d’appliquer les reconduites des clandestins en situation irrégulière, c’est la sentence de maintien sur notre terrtoire.
    Le criminel sous « plusieurs oqtf » jamais appliquées, est condamné à 30 ans de prison et à une interdiction définitive de séjour en France. 30 ans de « tôle, » il en fera dix, et il sera remis en liberté…. en France.
    La djustice se moque bien du Citoyen Français!

  6. Quand on lit le début de l’article, j’ai été agacée car on le présente presque comme une victime alors qu’il a tué un prêtre, qui lui a tout offert
    30 ans qu’il ne fera pas en totalité, on connait le système, je regrette vraiment qu’on aie supprimé une certaine peine

  7. On sait ce que vaut une interdiction définitive du territoire On va continuer à nourrir ce genre de monstre comme bien d’autres .Justice de plus en plus lamentable

  8. Prions pour le repos de l’âme du Père Olivier Maire…
    Mais prions aussi en espérant que ceux qui nous gouvernent expulsent ce criminel, malgré 4 OQTF non exécutés !
    On peut toujours rêver, ce n’est pas encore taxé.

  9. Juste deux avis (il y aurait tellement de choses à dire sur ce sujet !)
    – Condamné à l’interdiction de séjour en France…et 30 ans de prison (en France) ? Faut m’expliquer !
    – « tendre la joue gauche » :oui, toujours, dans le sens que je comprends en tout cas : le pardon n’exclus en aucun cas la punition si elle est imposée sans haine ni vengeance, contrairement à la « loi du Talion ». Il ne faut pas confondre l’éternel avec le temporel. Beaucoup de personnes ce me semble, sont dans la confusion à ce titre là.

  10. Notre tradition du grand pardon, çà suffi.
    Il faut se rendre compte que souvent il faut diviser par deux le temps réel dans les condamnations, 30 années dont 22 ans incompressible il n’en fera que la moitié parsemé d’autorisations de sortir surtout s’il rencontre une bonne âme féminine compréhensible.
    La France c’est portes ouvertes, venez comme vous êtes, faite ce qu’il vous plais.

  11. Nous allons donc pendant trente ans entretenir cet asocial. Un de plus, qui se rajoute à la longue liste par exemple de ces narco-traficants tueurs ou commanditaires de meurtres qui continuent depuis leurs prisons de « haute sécurité » à faire leurs trafics mortifère en toute impunité, ces violeurs meurtriers souvent récidivistes ces assassins de profs de gendarmes ou d’enfants.. Il faudrait peut être se poser la question, dans ces cas bien précis, du rétablissement de la peine de mort ce qui créerait en plus pour les pays d(origine des OQTF une obligation de les reprendre .

  12. Que l’église cesse d’appliquer ses propres principes idiots de tendre la joue gauche .
    Je rappelle que ce clandestin a été hébergé et nourri par l’église.
    Qu’en remerciement il a mis le feu a la cathédrale dz Nantes un orgue définitivement détruit.
    Plus de 3 millions de dégâts.
    Peut-être que le clergé devrait se remettre en question de vouloir accueillir toute misère du monde

    • Pour ce genre de personnage criminel la réouverture des bagnes serait justifiée, tant que la peine de mort reste abolie.

    • Interdiction définitive de résider en France mais il va être nourri et logé à nos frais pendant 30 ans et en France…
      Si le nécessaire avait été exécuté en temps et en heure, on aurait fait l’économie d’un orgue à reconstruire etde la vie d’un prêtre.
      Il est bien coupable des crimes qui lui sont reprochés mais nos autorités sont aussi coupables de n’avoir pas mis à exécution son expulsion.
      Quelles foutaises ces OQTF prononcées mais que si rarement exécutées.
      Quelle punition pour ces fonctionnaires incompétents qui ne font pas le boulot ? Leurs responsabilités sont tellement diluées qu’il est presque impossible de cerner le ou les vrais coupables qui se repassent la patate chaude et se cachent derrière des lois débiles faites pour que rien ne se passe.
      Et ce n’est pas le seul domaine où la France montre sa nullité.
      Vivement que ça change.

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

Vider les églises de leurs trésors à cause des vols, c’est s’adapter à l’impunité
Gabrielle Cluzel sur CNews

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois