Atteintes au patrimoine : Yaël Braun-Pivet dans les pas d’Emmanuel Macron
Le projet a été révélé le week-end dernier par Didier Rykner, de La Tribune de l’Art : sur le flanc de l’Assemblée nationale, côté Seine, va être édifiée une extension destinée aux visiteurs. Une aberration architecturale supplémentaire, à mettre au compte d’un complet mépris du patrimoine.
Je découvre à l'instant le dernier projet à la mode des ânes ignares qui nous gouvernent. À gauche, l'Assemblée nationale aujourd'hui. À droite, ce qu'ils veulent faire demain. Vous êtes au courant @SPPEF @SOSParis ? Pour nous c'est évidemment NON ! @YaelBRAUNPIVET @datirachida pic.twitter.com/IjlKb615W9
— La Tribune de l'Art (@ltdla) June 22, 2025
La façade qui donne sur le pont de la Concorde a été édifiée au début du XIXe siècle par Bernard Poyet. Le choix d’une colonnade et d’un fronton répond - en un distant vis-à-vis - à l’église de la Madeleine. Un peu plus loin sur les quais, l’hôtel du ministre des Affaires étrangères (mi-XIXe) et, en retrait, l’hôtel de Lassay (XVIIIe). Il y a là une continuité architecturale, temporelle, politique, constitutive de ce qu’est le patrimoine. Un ensemble auquel toute modification qu’on voudrait apporter se doit d’être mûrement réfléchie, et absolument nécessaire, car pourquoi y toucher sans raison sérieuse ?
Pour Yaël Braun-Pivet et le Bureau de l’Assemblée, à qui l’on doit le projet, l’extension prévue l’est, nécessaire. Il s’agit rien moins que d’« ouvrir encore plus grand les portes de la démocratie ». Dit avec moins de grandiloquence, de mieux accueillir le public. En l’état actuel, c’est vrai, l’entrée est mal commode, et pour les forces de l’ordre, et pour les visiteurs, et pour les agents de l’Assemblée. Mais un aménagement de 4.000 mètres carrés doit-il se faire à ce prix ? Sans parler du coût du chantier, non communiqué (on parle de 40 à 50 millions), mais du prix architectural à payer, qui est la défiguration de la façade de Poyet.
Au cœur d’un patrimoine classé
L’Assemblée a beau dire que le nouvel accueil « mettra en valeur l’emblématique colonnade », comme si elle avait besoin, il suffit de se reporter à la photo du projet pour voir que c’est pur bla-bla parlementaire. Quatre tronçons de colonnes, vitrés, suggèrent un aquarium ou un distributeur de bonbons mais en aucun cas ne « mettent en valeur » la colonnade. Or, nous ne sommes pas n’importe où. Entre diverses protections, les bâtiments sont situés dans un PSMV (plan de sauvegarde et de mise en valeur) et dans le territoire classé au patrimoine mondial de l’UNESCO : les prestigieux quais de Seine. Autrement dit, pour reprendre les termes de l’UNESCO : « L’ensemble du bien jouit de protections légales du plus haut niveau (Code du patrimoine, Code de l’urbanisme, Code de l’environnement). »
Est-ce parce que ce projet s’assoit aussi facilement sur les « protections légales » que Mme Braun-Pivet l’a peu médiatisé avant le week-end dernier ? Interrogée par BV, elle n’a pas donné suite à nos questions. Le projet semble avoir été mené en loucedé. Sur le site du cabinet d’architectes concerné, Moatti-Rivière, rien ne mentionne une commande pourtant prestigieuse. Didier Rykner dénonce cette atmosphère de dissimulation et s’interroge sur le rôle d’un éventuel architecte des Bâtiments de France dans cette histoire.
Le vandalisme institutionnel
Que notre patrimoine est fragile ! Le concept d’inscription et de protection des monuments historiques n’a pas deux cents ans qu’il est déjà écorné par celles-là mêmes qui sont chargées de son application ou qui, au moins, devraient avoir à cœur de le respecter : les institutions. Atteintes étatiques : le projet de Macron autour d’une autre colonnade, celle de Perrot au Louvre. Atteintes cléricales : l’ajout bétonné devant la cathédrale d’Angers. Atteintes étatico-cléricales : les vitraux de Notre-Dame. Atteintes privées avec soutien passif du ministère de la Culture : le pavillon de Marie Curie. Et maintenant, atteintes parlementaires avec le projet de Mme Braun-Pivet.
L’alarme sonnée par La Tribune de l’Art a été relayée par les défenseurs du patrimoine : Sites et Monuments, SOS Paris ou encore Baptiste Gianellesi, lanceur d'alerte des monuments historiques, qui s’étonne : « C’est simple, je n’imagine pas que cela soit possible. » En effet, mais une donnée du problème est sans doute là : nous n’imaginons pas que soient possibles ces innombrables atteintes à un patrimoine protégé. Nous sommes naïfs et désarmés face à la volonté obsessionnelle des institutions de parasiter et de dénaturer ce dont nous avons hérité. Pour y remédier, une pétition est lancée par Sites et Monuments, contre « cette masse de 4.000 m2 [qui] enlaidirait irrémédiablement un ensemble monumental appartenant à l’histoire de la nation ».
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56 commentaires
Et le pire: l’ABF, ou Architecte des Bâtiments de France: en 4 ans, la valeur des transactions immobilières s’est effondrée d’un tiers. Impossible de changer un papier peint sans permis de construire! Quant à un candidat acquéreur, atteint d’une maladie dégénérative, souhaitant aménager l’entrée pour rentrer en fauteuil roulant, réponse textuelle: » Allez crever dans un Ehpad en banlieue! «
Une horreur , qui ne surprend pas quand on voit ces politiques accepter de saccager les paysages français à grand renfort d’éoliennes .Ville ou campagne :même mépris de la beauté. .
C’est vrai qu’en mettant un truc hideux à côté de la colonnade, par comparaison cela va la faire paraître encore plus belle.
Merci de rendre public ce projet destructeur. J’ai évidemment signé la pétition et j’encourage tous les lecteurs de BV à en faire autant et de faire suivre !
Encore un délire de nos roitelets d’opérette, ce besoin constant d’exister, de laisser une trace de leurs délires. Avec l’argent des gueux, c’est jouissif.
Honte a eux, l’alibi de la démocratie est un scandale
Ils agissent comme trop d’ élus de province qui se croient tout permis car ils sont incontournables
Oublions l’alibi de la démocratie. Ce « projet » ( tel qu’il est présenté en maquette ) brise, abime la proportion du bâtiment ( qui, par ailleurs, prend l’eau, tel qu’on a pu s’en rendre compte lors d’un orage ). Il est troublant que nombre de lieux dits républicains , se tiennent dans des Palais ou Châteaux construits sous la royauté. Quelques uns ? Hôtel de Lassay, Sénat ( Marie de Médicis), Palais de l’ Elysée, Versailles, Hôtel de Matignon etc etc Respectez au moins le passé, plutôt que de l’esquinter !
Et il y a encore de gueux pour détourner le regard
Si la vue de ce projet reflète les intentions avant la décision, alors il faut hurler au loup! La façade de l’AN se suffit à elle même et tout appendice dénaturerait la symbolique de cet édifice. Peut-être eut-il été judicieux d’un projet en sous-oeuvre comme l’a été l’accueil de la pyramide du Louvre. Peut-être plus onéreux mais quand on prétend faire de l’architecture, la sauvegarde de celle du passé dit aussi faire l’objet des préoccupations de l’architecte.
Cette caste politique est malfaisante, tous les rouages de l’état sont gangrénés par cinquante années de soumissions, …
Et pendant ce temps-là Lescure officiant en tant que président de séance constate que le toit de l’hémicycle prend l’eau et que ce pauvre Bayrou reçoit des gouttes sur la têtes….
Il est donc urgent de dépenser un argent qu’on a pas pour bâtir des horreurs !
Mais elle se croit tout permis cette dame !!!
A l’image de leurs capacités, nos dirigeants font état de leur bon goût.
Dans l’état actuel de nos finances, comment peut il se trouver encore des promoteurs de tels projets délirants, et hideux pour faire bonne mesure ? Qui va enfin mettre fin aux gaspillages de tous types ?
Encore une aberration. A l’heure où l’on cherche des sources d’économie, quitte à pratiquer quelque aménagement, n’y aurait-il pas une solution moins onéreuse et plus esthétique que cette horreur ? A l’heure où il pleut dans l’hémicycle, il serait temps d’établir des priorités. Ce qui m’interpelle aussi, c’est le refus de la présidente de l’Assemblée de répondre aux sollicitations de BV. S’agit-il de discrimination politique ou d’une gêne due à la conscience de la nocivité du projet ou les deux ? Y aurait-il un loup quelque part ? Il est urgent d’interrompre ce projet.
Mais nous naviguons d’une abolition du discernement à une autre . Evidemment il n’y aura pas de coupable .