Archimède : un de ses écrits retrouvé en France

L'héritage d'Archimède continue de nous fasciner, plus de deux millénaires après sa mort.
Historia N° 767 - Novembre 2010 - page 38
Historia N° 767 - Novembre 2010 - page 38

Le 6 mars 2026, un article publié dans la revue allemande Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphik a révélé les résultats d’une découverte inattendue. En effet, dans les réserves du musée des Beaux-Arts de Blois, un chercheur du CNRS, Victor Gysembergh, est parvenu à identifier une page du célèbre palimpseste d’Archimède longtemps considérée comme disparue. Cette redécouverte rappelle à quel point l’héritage scientifique d’Archimède, l’un des plus grands génies de l’Antiquité, continue de fasciner, plus de deux millénaires après sa mort.

Le mystérieux palimpseste d’Archimède

Le palimpseste d’Archimède est considéré comme l’un des manuscrits scientifiques les plus précieux transmis depuis l’Antiquité. La copie médiévale, réalisée vers le Xe siècle à Constantinople, contenait plusieurs traités fondamentaux du savant grec. Certains textes conservés dans ce codex en constituent aujourd’hui les seules versions connues en grec ancien, notamment La Méthode ou Des corps flottants.

Cette œuvre a néanmoins connu une histoire mouvementée. Au Moyen Âge, une partie de l’ouvrage fut effacée afin de réutiliser le support pour d’autres écrits, pratique courante à une époque où le parchemin, fabriqué à partir de peau animale, coûtait très cher. Après avoir été conservé dans un monastère proche de Jérusalem puis à Constantinople, il fut étudié en 1906 par le philologue danois Johan Ludvig Heiberg avant de rejoindre une collection privée en France. Les photographies d’Heiberg ont permis de transcrire une grande partie des textes d’Archimède au début du XXe siècle. En 1996, le ministère de la Culture français autorisa son exportation et sa vente aux enchères à un collectionneur privé. Le manuscrit est aujourd’hui conservé aux États-Unis, au Walters Art Museum à Baltimore. Au début du XXIe siècle, le document a été étudié grâce à l’imagerie multispectrale, révélant à la fois l’absence de certaines pages et, sous les écritures médiévales, les écrits antiques du mathématicien grec.

Une page retrouvée dans les collections d’un musée français

L’identification de la page retrouvée constitue une avancée majeure dans l’étude du palimpseste d’Archimède. Le feuillet, confirmé comme étant le numéro 123 du manuscrit médiéval contenant les écrits du savant de Syracuse, renferme un passage du traité De la sphère et du cylindre, plus précisément les propositions 39 à 41 du premier livre. Sur l’une des deux faces du parchemin, un texte de prières recouvre partiellement des figures géométriques ainsi qu’une partie du traité antique, qui reste toutefois en grande partie lisible. L’autre face est recouverte d’une enluminure ajoutée au XXe siècle représentant le prophète Daniel entouré de deux lions, sous laquelle le texte antique demeure pour l’instant inaccessible aux méthodes classiques d’observation. Les chercheurs ont pu confirmer l’authenticité du feuillet en le comparant aux photographies réalisées en 1906 par Heiberg. Longtemps considérée comme disparue, cette page réapparue dans les collections du musée des Beaux-Arts de Blois ouvre désormais la voie à de nouvelles analyses scientifiques, susceptibles de nous révéler davantage de choses sur les secrets d’Archimède.

Un génie de l’Antiquité

Archimède est né vers -287 avant Jésus-Christ dans la colonie grecque de Syracuse, en Sicile. Mathématicien, physicien et ingénieur, il est considéré comme l’un des plus grands scientifiques de son temps. En effet, ses travaux ont posé les bases de la géométrie avancée, de l’hydrostatique et de méthodes mathématiques modernes.

Parmi ses découvertes les plus célèbres figure le principe de la poussée des fluides, connu sous le nom de principe d’Archimède. La tradition raconte qu’il l’aurait compris en prenant un bain et qu’il aurait alors couru nu dans les rues en s’écriant « Eurêka ». Il inventa également la vis d’Archimède, un dispositif permettant de remonter l’eau pour l’irrigation, encore utilisé aujourd’hui dans certaines régions du monde. Ses recherches mathématiques portaient aussi sur la géométrie des sphères, des cylindres et des spirales. Étudiant le principe du levier, il déclarait : « Donnez-moi un point d'appui... et je soulèverai le monde. »

On lui attribue également plusieurs machines ingénieuses destinées à la défense de Syracuse, telles que de légendaires miroirs capables de concentrer et de réfléchir la lumière du Soleil pour mieux enflammer les navires ennemis. Il pourrait également être à l’origine, directement ou par l’intermédiaire de l’un de ses disciples, de la mystérieuse machine d’Anticythère, censée prévoir les éclipses lunaires et solaires.

La vie d’Archimède s’achève tragiquement en -212, lors du siège de Syracuse par les armées romaines dirigées par le général Marcus Claudius Marcellus, pendant la deuxième guerre punique. Selon la tradition, Archimède était absorbé par un problème géométrique lorsqu’un soldat romain entra dans sa maison. Refusant d’interrompre son raisonnement, il lui aurait lancé : « Ne dérange pas mes cercles. » Le soldat, irrité par la résistance du vieillard, l'aurait alors tué de son glaive. Marcellus regretta profondément la mort du savant et fit organiser des funérailles en son honneur. Son tombeau fut alors décoré d’une sphère inscrite dans un cylindre, symbole de l’un de ses résultats mathématiques les plus célèbres. Plus de deux mille ans après sa disparition, son œuvre continue d’inspirer les scientifiques et de piquer la curiosité des historiens.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

17 commentaires

  1. La bonne tenue des détention des musées m’étonnera toujours, beaucoup de monde payé à ne rien faire ou à faire une double billetterie comme au Louvre plus de 10 millions détournés sans que la direction du musée ni le ministère de tutelle

  2. « La copie médiévale, réalisée vers le Xe siècle à Constantinople, contenait plusieurs traités fondamentaux du savant grec ». Comment ça le « savant grec ? Vous allez fâcher monsieur Mélenchon qui va nous affirmer que les « connaissances » d’Archimede ne sont que copiées sur l’immense savoir des musulmans sans lesquels il n’aurait jamais pu développer son « principe », tout comme nous n’aurions jamais pu construire nos cathédrales sans eux… Nous n’avons fait que copier les superbes constructions découvertes durant nos croisades. C’est vrai, tout le monde le sait, le Moyen Orient est rempli de « Sainte Chapelle » et de « Notre Dame de Paris »…

  3. Oui, et toute cette extraordinaire culture gréco-romaine antique a finalement été presque entièrement détruite pat le christianisme triomphant… Ce n’est pas par hasard que cet écrit d’Archimède a été retrouvé sur un palimpseste ; les religieux qui en avaient hérité l’avaient gratté pour en effacer le contenu avant de le réutiliser… 1000 ans d’obscurantisme…

    • Merci Théodose, empereur romain, qui en 380 décréta le christianisme nicéen religion d’Etat, mais surtout ordonna la destruction de toutes les reliques gréco-romaines, sous peine de mort. Certains téméraires récupérèrent des débris de statues pour les enterrer dans des îlots déserts, comme Milo pour une Vénus et Samothrace pour une Victoire. Retrouvées 1500 ans plus tard.

  4. Pourquoi l’excellent ouvrage universitaire objectif et basés sur des faits réels de Gugenheim « Aristote au Mont Saint Michel » est-il interdit de ré-édition ? En d’autres termes: « qui ne faut-il pas offenser » ? Encore une falsification Historique de plus !

  5. et voilà ! Ce n’est pas Aristote au mont St Michel, qui avait défrayé les commentaires et sujet à caution pour certains, mais Archimède à Blois, avec écrits attestés ! Comment les certains sus-cités vont-ils réagir ?

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