Angleterre : la crise de l’Église anglicane profite au catholicisme

L’élan de conversion au catholicisme en Angleterre témoigne d’un attrait pour la tradition et les valeurs chrétiennes.
église catholique
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Ce 1er novembre 2025, le pape Léon XIV proclame « docteur de l’Église » le cardinal britannique John Henry Newman (1801-1890). Cette reconnaissance de l’œuvre spirituelle et théologique d’un ancien anglican converti au catholicisme n’est pas anodine, dans un contexte d’élan de conversion en Angleterre. Le témoignage des anciens évêques anglicans ainsi que de l'abbé Viot, ancien pasteur luthérien converti au catholicisme, permet d’entrevoir les raisons d’une telle dynamique.

Élan de conversion, en Angleterre

Alors que Charles III est venu prier avec le pape Léon XIV, jeudi 23 octobre, dans une étape historique du rapprochement des deux églises, alors que les funérailles de la duchesse de Kent, épouse d'un cousin germain de la reine Élisabeth, convertie au catholicisme, ont été célébrées en la cathédrale de Westminster en présence du roi, gouverneur suprême de l’Église d’Angleterre, le 16 septembre dernier, le phénomène religieux en Angleterre attise la curiosité. Car si le souverain britannique est tenu par la loi d'être protestant, il n’en demeure pas moins que son pays connaît un élan de conversion au catholicisme assez inédit. En effet, une étude de la Bible Society, appelée « The Quiet Revival » (le réveil silencieux) et publiée le 8 avril 2025, révèle que le catholicisme connaît une popularité grandissante en Angleterre et au pays de Galles. C’est le cas, notamment, au sein de la génération Z, chez les jeunes nés entre 1997 et 2012 environ, où les catholiques seraient désormais deux fois plus nombreux que les anglicans. Plus précisément, parmi les jeunes de 18 à 24 ans, seulement 20 % des fidèles s’identifient comme anglicans (contre 30 % en 2018), tandis que 41 % s’identifient comme catholiques et 18 % comme pentecôtistes. Parmi les clercs de l’Église anglicane, de nombreuses conversions s’opèrent, témoignant à la fois de la crise de l’Église d’Angleterre et de l’attrait pour l’Église catholique. En 2021, quatre évêques anglicans ont embrassé la foi catholique, dont Jonathan Goodall, évêque anglican d’Ebbsfleet, et le père Michael Nazir-Ali, ancien évêque de Rochester. Ils sont loin d’être les seuls. Comment expliquer ce revirement ?

La fuite d’un progressisme excessif

Les retours des différents convertis convergent vers le même constat : l'Église anglicane perd des adeptes car elle est jugée trop libérale, dépendante des idéologies du moment, et n’offre pas assez de réponses théologiques solides. À l’inverse, l’Église catholique attire parce qu’elle reste fidèle à la tradition et offre un chemin de foi autant exigeant que lumineux par les réponses qu’elle donne.

L’absence d’une théologie solide alliée au rejet de la tradition semble conduire à un relativisme général qui ne séduit plus. Le père Nazir-Ali explique, en effet, que l’anglicanisme manque d’une « autorité d’enseignement compétente qui puisse déclarer, clarifier et confirmer la foi de l’Église en ce qui concerne les questions qui se posent dans la vie des fidèles ». Cette lacune conduit à des contradictions d’interprétation sur des questions fondamentales. L'abbé Michel Viot confie à BV que l’imprécision de l’Église d’Angleterre est d’autant plus cruciale sur les questions de l’Eucharistie et de la prêtrise. L’Eucharistie devient un symbole de la présence de Dieu plus que de sa présence réelle. Pour la prêtrise, il explique que l’ordination des femmes est une « certaine infidélité aux paroles du Christ », le sacrement reposant sur la matière qu’est l’homme masculin. Dans cette continuité, l’ordination épiscopale des femmes - celle de Sarah Mullally ce mois-ci - est une rupture totale : « C’est la coupure nette, c’est ce qui vient de se passer à Canterbury, ça va accélérer les conversions », explique l'abbé Viot, à Boulevard Voltaire.

Ancien membre du Synode anglican, Dr Gavin Ashenden pointe également la faiblesse de la réflexion théologique des synodes généraux anglicans qui se laissent guider par les modes de la société. Dans son entretien à EWTN, il estime ainsi que les fondations de l’anglicanisme sont mouvantes, ne permettant pas qu’on s’y fonde : « Notre anthropologie était de plus en plus narcissique. L’Église anglicane manque de réponses théologiques. Elle est politique », estime-t-il. Inquiet de l'orientation que prenait l'Église anglicane en s’éloignant des valeurs chrétiennes traditionnelles, ce théologien canoniste et ancien aumônier de la reine Élisabeth II a préféré démissionner de son poste d’évêque pour rejoindre l’Église catholique.

Fortement attachés à la tradition, le rejet de celle-ci par l’anglicanisme encourage les Anglais à se tourner vers le catholicisme. « Ils voient qu’on malmène la tradition », remarque le père Viot, avant d’ajouter que, même au niveau politique, « il y a un immense respect pour la tradition, en Angleterre, qu’il n’y a plus en France ». Si la religion se forme et se déforme au gré des modes, elle ne donne pas le repère immuable qu’on attend d’elle. « La religion anglicane n’apporte rien de plus que ce que le monde donne déjà », note l’abbé Raffray, à BV, et ce qui vient du monde n’attire plus les jeunes. L'abbé Viot partage ce constat : « Les jeunes se rendent bien compte qu’une société sans Dieu, c’est une société qui s’ensauvage, et ils ne veulent pas d’une telle société. » L’ancien pasteur explique à BV que la présence des musulmans qui sont très religieux pousse également les chrétiens à se positionner sur leur rapport à leur religion traditionnelle à laquelle certains reviennent.

Des ponts entre les deux Églises

Cette conversion est permise, également, par les ponts qui facilitent le passage de l’anglicanisme au catholicisme. Déjà les 39 articles, établis par Élisabeth Ire, qui posèrent les bases de l’anglicanisme en 1563, avaient pour objectif d’apaiser les tensions entre les catholiques et les protestants, explique le père Viot : « Cela amenait la paix politique et religieuse. » L’abbé Raffray rappelle aussi que « la high church a toujours été très proche de la foi catholique et de la liturgie catholique ». Par la suite, le chemin œcuménique qui s’opère petit à petit offre des occasions de rapprochement. L'abbé Viot relève l’importance de l’ordinariat, qui permet aux anciens anglicans de préserver leur patrimoine religieux depuis 2011 : « Ils ont la messe catholique mais ils gardent leur prayer book et l’hymnologie anglicane », précise l’ancien pasteur, qui souligne la beauté de certains chants anglicans. Il évoque aussi les exceptions faites pour les anglicans qui se tournent vers l’Église catholique : « Le pape donne une dispense au pasteur qui devient catholique pour qu’on puisse l’ordonner s’il est marié, mais s’il est évêque, il ne pourra que devenir prêtre », précise-t-il. Enfin, les réseaux sociaux jouent une place importante dans l’intérêt des jeunes envers le catholicisme favorisant l’accès aux réponses qu’ils recherchent et aux contacts de prêtres catholiques pour les aiguiller. Mark Nash, directeur de l’Agence pour l’évangélisation et la catéchèse du diocèse de Southwark, a observé que de nombreux jeunes ont été inspirés par des influenceurs catholiques basés aux États-Unis. Le père Viot partage cette analyse, se réjouissant qu’il y ait ces nouveaux moyens pour faire connaître la foi. Lui-même utilise son compte X pour partager ses réactions.

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Ombeline Marignane
Etudiante en journalisme.

Vos commentaires

23 commentaires

  1. Il faut tout de même se souvenir que l’anglicanisme trouve ses racines dans la frustration du roi Henri VIII de ne pouvoir changer de femmes comme de chemise. Il en eut 6, au devenir globalement peu enviable. Et que l’éradication du catholicisme anglais (le « papisme ») s’accompagna d’exécutions, tortures et spoliations épouvantables. On peut se réjouir qu’après l’abandon des ingérences directes de la Papauté dans la politique des Nations, les Anglais semblent vouloir rejoindre la « maison mère ».

  2. Londres avec son Maire islamiste, pousse les Londoniens dans les bras de l’Eglise pour s’y réfugier et se mettre à l’abri.

  3. Tout ce que fait un antipape est nul et non avenu. Ce n’est plus l’Eglise du Christ qui est à Rome, c’est malheureusement l’église de Satan et même les cardinaux, évêques et prêtres sont passés du côté du Diable sans s’en rendre compte. Heureusement qu’il reste un petit reste catholique bien fidèle qui proclame la vraie Parole, un petit reste qui grandit sans cesse et dans lequel tous les âges et toutes les santés sont représentés. Quand on suit cette messe, on ressent vraiment la présence du Christ et cela fait du bien!

  4. il me semblait que les anglicans sont des chrétiens catholiques qui sont dans une sécession par rapport à Rome. On dirait des cathos, mais ils ne reconnaissent pas l’autorité du Pape, sans plus, ce qui est différent des protestants qui sont ce qu’ils sont, ils ne sont pas dans les cathédrales d’Angleterre. Je dois revoir tout cela…

  5. Dans « La messe n’est pas dite », Eric Zemmour analyse aussi le nouvel attrait du catholicisme dans la jeune génération, également aux USA.

  6. J’ai assisté à une messe anglicane à Saint-Jean d’Angély et j’a été très déçu. Aucune différence avec les Protestants. C’est une femme qui a célébré la messe à côté du curé. Jamais aucun signe de croix durant la messe, aucune génuflexion, rien de sacré, rien de traditionnel!

  7. Il me paraît osé de prétendre que le catholicisme « offre un chemin de foi autant exigeant que lumineux « ….

  8. Il faut dire qu’à l’origine de l’Anglicanisme il y a Henri VIII et ses six femmes dont deux furent decapitées.

  9. « L’élan de conversion au catholicisme en Angleterre témoigne d’un attrait pour la tradition et les valeurs chrétiennes ». ??? Il risquent d’être très déçus quand ils liront dans le textes la prose de conférence des évêques de France ou du Pape François

  10. Dire que le Catholicisme est fidèle à la tradition, c’est avoir une interprétation bien particulière de Vatican II, je suis tradi pur et dur, et je ne reconnais pas le Catholicisme.

    • Moi non plus.
      c’est pourquoi je me tourne vers l’orthodoxie qui correspond plus à ce que je ressens en tant que chrétienne, sachant, qu’en plus, en orthodoxie, il y a une joie (que l’on trouve aussi aux USA chez les afro-américains et que j’ai adoré lorsque j’ai été à l’une de leurs cérémonies ) que l’on ne retrouve plus dans le catholicisme. Ce qui fait que je regrette le catholicisme de mon enfance, où toute l’assemblée participait, chantait, et partageait la joie d’être rassemblée en l’honneur de Jésus Christ.

      • Il existe encore en France des églises ou le respect du sacré est encore bien présent. C’est aussi vrai que dans nombre de diocèses et d’église les ravages de l’application incontrolé de Vatican II continuent de se faire sentir. Cherchez un peu et vous trouverez, mais il faudra faire des sacrifices de parfois longs déplacements, des prêtres et des églises ou existe véritablement ce que vous cherchez. Cependant continuez de n’adorer que Dieu et pas tel ou tel type de liturgie.

  11. C’est l’immigration musulmane et africaine qui poussent les Anglais à se convertir au catholicisme comme mesure de protection.

    • je le pense aussi. Ils veulent affirmer leur appartenance à une religion qui est la leur. Quoi de plus normal, ? Quand tous bascule dans le néant, il nous reste la foi. cette force heureusement

    • Sachant que l’Afrique fait partie des pays qui ont un % de catholiques importants = « L’Afrique accueille 20% des catholiques dans le monde, et enregistre une évolution assez dynamique, La République démocratique du Congo , le Nigéria , mais aussi l’Ouganda, la Tanzanie et le Kenya sont les pays ayant le plus grand nombre de catholiques. »

      Simplement pour relativiser votre commentaire.

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