Allié aux autonomistes de Mossa Palatina, le RN espère conquérir Ajaccio et Bastia

Alors que l’indépendantisme immigrationniste perd du terrain en Corse, le RN joue la carte autonomiste patriote.
@ Pascal POCHARD-CASABIANCA / AFP
@ Pascal POCHARD-CASABIANCA / AFP

Le Rassemblement national va-t-il conquérir Ajaccio ? La question, qui eût paru loufoque, au mieux incongrue, il y a à peine deux ans, est aujourd’hui abordée par les observateurs de la vie politique corse avec le plus grand sérieux, à quelques mois des élections municipales du printemps 2026.

La percée du RN aux européennes

Avec plus de 40 % des voix de l’île aux élections européennes de 2024, le RN fait une percée inédite, en Corse, où ses résultats étaient jusque-là très modestes. Une poussée qui se confirme lors des législatives. François Filoni, délégué régional du Rassemblement national, sort en tête au premier tour dans la seconde circonscription de Corse-du-Sud, avec 35,10 % des suffrages exprimés, devançant le nationaliste sortant, Paul-André Colombani, qui doit se contenter de 26,45 %. Le candidat RN doit cependant s’incliner au second tour, faute d’alliés, mais avec tout de même 40,79 % des voix.

Ces très bons résultats ont décidé, depuis, François Filoni à annoncer sa candidature à Ajaccio pour les prochaines municipales, dont le premier tour aura lieu le 15 mars 2026. Même si les résultats obtenus en Corse par le RN aux législatives, où les enjeux locaux priment, sont légèrement moins bon en global qu’aux européennes, le cap des 30 % est dépassé. À Ajaccio, la candidate RN à la députation dans la première circonscription de Corse-du-Sud obtient 28,89 % (31,20 % sur l’ensemble de la circonscription).

Le « plus » Mossa Palatina

Au vu de la situation, la prise d’Ajaccio par le RN n’est certes pas acquise d'avance, mais commence à devenir envisageable. D'autant qu’il peut désormais compter sur un nouvel allié. Récemment émergé sur la scène électorale corse et encore d’un poids modeste, le parti Mossa Palatina est une force montante au sein d’une nébuleuse autonomiste dont la majorité pro-immigration est en perte de vitesse.

À la suite d’une rencontre entre Marine Le Pen et Nicolas Battini, fondateur de Mossa Palatina, une alliance, baptisée Unione di i Patriotti (Union des patriotes), est scellée le 18 octobre dernier entre la formation autonomiste, le RN et l’UDR. En ligne de mire, les municipales de 2026 avec deux principaux chantiers : Ajaccio, où Unione di i Patriotti est donc derrière le candidat RN François Filoni, et Bastia, où l’alliance soutient Nicolas Battini. Ce dernier, ancien activiste du FLNC, avait goûté de la prison pour avoir participé au plasticage de la grille de la préfecture. Une initiative hautement profitable... Entendant des dizaines d’autres prisonniers se réjouir bruyamment du massacre du Bataclan, il avait alors remis en question son adhésion au « nationalisme » immigrationniste et décolonial de la mouvance FLNC.

Aujourd’hui, Nicolas Battini s’affirme autonomiste et défend un double attachement à la Corse et à la France. Un positionnement considéré comme convaincant par Marine Le Pen qui, au-delà du potentiel électoral croissant de son nouvel allié, peut ainsi ancrer le RN dans le débat local, comme le soutien d'une Corse disposant d'une certaine autonomie, mais fidèle à la France.

Objectif Ajaccio, mais aussi Bastia

Si les chances de l’Unione di i Patriotti de l’emporter à Ajaccio sont réelles, à tel point d’ailleurs qu’elles ont incité cinq formations de gauche à faire liste commune, les perspectives de victoire sont nettement moindres, à Bastia : les chances de Nicolas Battini y restent minces, malgré une situation politique locale chaotique. Le maire actuel, Pierre Savelli, voit sa gestion largement contestée. Initialement adjoint du chef de file des autonomistes immigrationnistes de Femu a Corsica Gilles Simeoni, Pierre Savelli lui a succédé comme maire en 2015, quand il est devenu président du Conseil exécutif de Corse. Contre le sortant s’est constituée une coalition pour le moins hétéroclite, baptisée Uniti! (Unis). Cohabitent, aux côtés du centriste Julien Morganti, des nationalistes corses comme Matthieu Ricci (Partitu di a Nazione Corsa), Marie-Claire Poggi (Corse démocrate, classée à gauche) ou encore Sylvain Fanti (Droite bastiaise).

Dans cette partie à trois, Nicolas Battini pourra-t-il tirer son épingle du jeu ? Sur le plan comptable, il ne manque pas d’atouts. Au premier tour de la législative de 2024, dans la première circonscription de Haute-Corse, le RN Jean-Michel Marchal obtient 26,81 % à Bastia ; il est devancé de peu par le régionaliste Michel Castelli (28,32 %). Pour sa première campagne législative, Nicolas Battini obtient, de son côté, un honorable mais encore modeste 4,76 %. En ajoutant aux voix du RN celles des autres candidats « patriotes », on arrive à environ 35 %. Si elle fait le plein de ces voix aux prochaines municipales, l’Unione di i Patriotti peut donc peser lourdement, et même espérer se glisser au second tour. Verdict les 15 et 22 mars prochains.

Vos commentaires

4 commentaires

  1. On est en droit de se méfier de ce mariage de la carpe et du lapin. L’autonomisme prôné par l’un des protagonistes peut se révéler l’antichambre de l’indépendance, d’autant plus qu’il s’agit d »un ancien indépendantiste condamné pour violence idéologique. Ce dernier nous convaincrait s’il remplaçait officiellement son autonomisme passionné par un « régionalisme » de bon aloi, fondé sur le principe de subsidiarité, profession de foi du maintien de la Corse dans la France.

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