Abattage d’un troupeau en Ariège : ne s’improvise pas préfet qui veut !
L’État fera-t-il un jour le retour d’expérience (le RETEX, comme on dit dans le jargon militaire) de la prise d’assaut nocturne d’une ferme ariégeoise par les gendarmes mobiles afin de permettre aux services vétérinaires de tuer plus de deux cents bovins ? Se rend-il compte des « images désastreuses », comme le soulignait Gabrielle Cluzel dans son édito de vendredi dernier, que cela a envoyé à l’opinion publique ? Des blindés dans les campagnes, pas dans les cités : voilà, sans doute, ce que retiendront de ce triste épisode de nombreux Français.
Lorsqu'un directeur des finances publiques devient préfet
Et si, au-delà de la tragédie de l’agriculture française, amplifiée depuis que la France demande « s'il vous plaît » à Bruxelles, cette triste affaire n’a pas été aggravée par la totale inexpérience du représentant de l’État dans l’Ariège, c’est-à-dire le préfet ? On peut se poser la question. Ce préfet, Hervé Brabant, il est vrai, a joué de malchance, puisqu’il vient tout juste de prendre ses fonctions. À son arrivée, le 10 novembre dernier, le haut fonctionnaire, qui, de son propre aveu, ne connaissait « absolument pas le département » - mais ça, c’est le lot de la plupart des préfets depuis Napoléon -, déclarait gentiment : « Nous étions faits pour nous rencontrer. » C’est chose faite et apparemment, la rencontre avec les éleveurs de l’Ariège aura été plutôt rugueuse.
Mais lorsqu’on étudie un peu le parcours de ce préfet, âgé de 57 ans, donc en fin de carrière, on découvre qu’il n’a jamais été préfet. Certes, il faut bien un début à tout, mais lorsque l'on voit qu'il a fait toute sa carrière dans les finances publiques, on s'interroge. Avant d’être nommé préfet de l’Ariège par le président de la République, il était en effet directeur départemental des finances publiques de la Manche. C’était déjà une belle promotion, pour ce fonctionnaire qui a commencé sa carrière en 1989 comme caissier-stagiaire à la perception de Corcieux, dans les Vosges. Une carrière tout à fait honorable et respectable, pour un fonctionnaire qui a gravi tous les échelons des trésoreries paieries générales puis des directions des finances publiques. Mais préfet ?
La grande réforme de la haute administration voulue par Macron
Et c’est là qu’on en vient à la réforme voulue par Emmanuel Macron et mise en musique par Jean Castex, lorsqu’il était Premier ministre, une réforme dont M. Brabant est d’ailleurs le pur produit, si ce n’est la victime : celle de la haute fonction publique, dont le grand public n’a retenu que la fausse suppression de l’École nationale d’administration, repeinturlurée en Institut national du service public (INSP). Ainsi, le 8 avril 2021, le président de la République lançait sa grande réforme de la haute fonction publique, « sans équivalent depuis 1945 » (effectivement !). Il s’agissait « d’œuvrer à des recrutements plus ouverts, plus diversifiés, dynamiser les formations, les parcours et les carrières ». Décloisonner, moderniser, cela va sans dire, « substituer une logique de métier à une logique de corps ». Bref, les grands mots du jargon techno d'aujourd'hui. Donc, suppression des grands corps de l’État (inspection des finances, corps diplomatique, corps préfectoral, etc.). Désormais, depuis 2023, il n’y a plus qu’un grand corps des administrateurs de l’État, les anciens corps étant en extinction.
« Une volonté méthodique de déconstruction »
On a du mal à comprendre, dans tout cela, la « logique de métier » quand on voit qu'un haut fonctionnaire qui travaillait dans une ambassade peut donc, selon ce principe, glisser du jour au lendemain dans les finances publiques, ou un directeur des finances publiques être bombardé préfet, comme c’est le cas de M. Brabant. Mais bon, c’est la vision d’Emmanuel Macron. On se souvient de la levée de boucliers à l’annonce de la suppression du corps diplomatique : « C’est le massacre d’un outil que le monde entier nous envie », avait résumé Damien Regnard, sénateur LR représentant les Français établis hors de France.
On a moins parlé d'une autre levée de boucliers, celle à l’annonce de la suppression du corps préfectoral. Marine Le Pen, en 2021, avait adressé un courrier aux préfets pour leur faire part de son opposition à cette réforme. « S’attaquer au corps préfectoral […] confirme une volonté méthodique de déconstruction d’un édifice administratif autour duquel s’est forgée la nation », écrivait-elle. Elle pointait par ailleurs, « derrière cette politique de la table rase administrative, le risque d’une politisation, tant des recrutements que des nominations au sein de la haute fonction publique ». Entre parenthèses, il serait intéressant de savoir quel a été le processus décisionnel qui a amené le chef de l’État à signer, en Conseil des ministres, la nomination d’un fonctionnaire des finances publiques au poste de préfet de l'Ariège.
Être préfet : un vrai métier
Table rase, donc, du corps préfectoral, créé en 1950, sous la IVe République, et au sein duquel on apprenait le métier. Des hauts fonctionnaires « faisaient carrière dans la préfectorale » (au sens noble du terme). Certes, il y avait des intégrations dans le corps d'apports extérieurs comme, par exemple, celui d'anciens officiers des armées, formés aux gestions de crises. On était sous-préfet d’arrondissement, secrétaire général de préfecture, directeur de cabinet du préfet, en charge des questions de sécurité, préfet, pour un petit nombre préfet de région, passages en administration centrale, etc. Un cursus qui permettait d'être confronté « aux réalités du terrain », comme on dit aujourd'hui, à la gestion des multiples et diverses crises auxquelles le représentant de l'État doit faire face : des inondations aux manifestations paysannes, la palette est large... et l’expérience est irremplaçable, en ce domaine. Heureusement que ce vaste « décloisonnement » voulu par Macron n’a pas été jusqu’à y impliquer les armées ! Un Hervé Brabant aurait pu ainsi être nommé à la tête d’une brigade blindée. Henri Queuille, ministre de l'Intérieur en juin 1950, justifia la création du corps préfectoral, entre autres raisons, par la volonté de mettre « fin à des nominations, parfois arbitraires, qui n'ont pas toujours donné de bons résultats »...
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87 commentaires
Mais que devait on attendre d’un individu ivre d’hubris et à l’ego ronflant qui veut déconstruire la France et son passé pour la mettre au rang d’un simple état fédéré piloté par l’Europe ? Que pouvait on attendre d’autre d’un homme qui ne veut que diriger l’Europe couac il en coûte .
Les grands corps d’Etat ont ete ramenés au statut de simples exécutants asservis à la gamelle.
Rien n’est épargné par la volonté destructrice de m**ron
Souvenez-vous, Macron disait « Soyez fiers d’être des amateurs « . Sans aucun doute pensait-il d’abord à lui.
Là encore, Coluche disait, quant à la répartition des recrues au service militaire » Tu parles plusieurs langues, tu colleras les timbres ! »
Ah tu ne voudrais pas balayer parce que tu as une licence de philosophie, alors j’ai ce qu’il faut avec le balai à chiottes.
Il s’appelle Babrant et ne connaît rien à la paysannerie. C’est normal, s’il a un nom qui évoque une petite charrue (brabant) il en a l’R déplacé. Donc Babrant n’est pas à la bonne place. D’un autre côté c’est le système, on a bien le Mozart de la finance à l’Elysée et l’état économique dans lequel il a mis le pays !
« Le préfet de l’Ariège, il y a deux mois encore, était directeur des finances publiques de la Manche… »
Ceci explique cela ! :)
« …. le risque d’une politisation, tant des recrutements que des nominations au sein de la haute fonction publique ».
Nous y sommes Marine L avait raison.
Être en charge de est un anglicisme très répandu qui remplace trop souvent les expressions « Avoir la charge de, Être chargé de »
L’indigence profonde d’un haut fonctionnaire est beaucoup moins visible dans la fonction publique où c’est sa servilité et son empressement à flatter l’égo de ses supérieurs que ses résultats effectifs qui prime !
Pour une carrière aussi fulgurante ce fonctionnaire devait être particulièrement zélé wokiste et fine girouette pour sentir où va tourner le vent… Sauf que vis à vis de nos hommes de la terre et de l’élevage il faut plus qu’un vent favorable pour porter la bonne parole !
Ca va péter avant la fin de l’année.
Noyeux Joel et morne année.
laporte. Merci pour vos veux ! :)
Les anciens issus de la Préfectorale , n’avaient rien à voir avec ces personnes qui ne sont que des petits veinards ayant quelques puissants parrains politiques dans leur entourage . Notre Occupant élyséen à méthodiquement détruit toutes les institutions pouvant représenter une menace . Il a ainsi pris le contrôle total de la France , c’est un authentique autocrate . L’actualité récente le confirme !
entre le pantouflage l’apparitè voila nos élites
Cette pléthore de hauts fonctionnaires grassement payés pour rien car ils sont totalement déconnectés de la réalité c est la France des narcissiques crétins fossoyeurs de notre France
Et ils ont droit de vie ou de mort sur la « populace » soit disant ignare !!Cherchez l’erreur !
Un incompétent ne peut pas nommer des compétents sous ses ordres, telle Anne Genevard, prof de lettres, nommée ministre de l’agricuture, car ilsl lui feraient de l’ombre…
Des ministres, des préfets etc… qui ne connaissent rien à la tâche et à l’environnement qui leur est attribués, et on voit le résultat . On aurait dit que cette ferme de l’Ariège était assiegee par des terroristes. Honte, honte.
Par contre, on pourrait aisément supprimer les préfets honoraires (hors cadre pour faire joli) instaurés par la mite pour caser les copains et qui ne sont rien d’autre que des emplois fictifs. Ils n’exercent pas mais ils ont le salaire et la retraite qui va avec.