À Jérusalem, le Saint-Sépulcre toujours régi par le Statu quo ottoman

Ce lieu saint, témoin de 2.000 ans de foi, reste une source de tensions à la fois religieuses mais aussi politiques.
Capture d'écran 
Le Jour du Seigneur
Capture d'écran Le Jour du Seigneur

L’église du Saint-Sépulcre, nichée dans le quartier chrétien de la vieille ville de Jérusalem, est depuis près de deux millénaires l’un des sanctuaires les plus importants du christianisme. En effet, elle renferme les lieux que la tradition chrétienne associe à la crucifixion au Golgotha et à l’ensevelissement de Jésus-Christ avant sa Résurrection, comme décrit dans les Évangiles. Ainsi, chaque année, en particulier lors de la Semaine sainte et du week-end de Pâques, des pèlerins du monde entier convergent vers ce site historique où est né le symbole même du christianisme : la croix.

Une église face aux vicissitudes de l’Histoire

Au début du IVᵉ siècle, sainte Hélène, lors de son pèlerinage en Terre sainte, identifie le lieu supposé du tombeau du Christ et du mont du Calvaire. Son fils, l’empereur Constantin le Grand, ordonne alors la construction d’un vaste complexe religieux entre 326 et 335, qui comprend une basilique dédiée à la Croix, le Martyrium, et une rotonde appelée Anastasis, entourant le tombeau. Ce projet monumental attire très vite de nombreux pèlerins.

Cependant, à travers les siècles, l’édifice endure nombres de vicissitudes. En effet, en 614, lors de l’invasion perse, l’église est gravement endommagée. Elle est restaurée après la reconquête byzantine. En 1009, le calife Al-Hakim ordonne la persécution des chrétiens et des juifs, entraînant alors la destruction totale du sanctuaire, réduisant le lieu saint à ses simples fondations. Le tombeau même du Christ est martelé, tandis que le patriarche de Jérusalem est torturé, un acte qui choque profondément la chrétienté et pousse Constantinople à obtenir l’autorisation des musulmans pour reconstruire le sanctuaire - un chantier achevé en 1048.

Après la prise de Jérusalem par les croisés en 1099, les pèlerinages s’intensifient et le sanctuaire est profondément remanié : les chapelles du Golgotha, du tombeau et d’autres lieux sacrés sont réunies sous un même toit. Le site restera alors presque inchangé pendant des siècles.

La question du Statu quo

Il serait faux de croire que la gestion du Saint-Sépulcre est un sujet facile. En effet, elle a longtemps été une source de tensions entre plusieurs confessions chrétiennes, notamment entre les catholiques et les orthodoxes. Afin d’éviter des conflits ouverts, l’Empire ottoman établit en 1852 un « Statu quo », un décret qui fige la répartition des espaces, les droits des différents cultes et la responsabilité du site entre les Églises orthodoxe (qui reste prééminente), catholique, arménienne apostolique ainsi que plusieurs autres communautés telles que les Coptes, les Syriens et les Éthiopiens. Aucune modification de la structure ou de l’usage n’est alors permise sans l’accord unanime des parties concernées.

Cette réglementation n’est pas née de rien. Après l’incendie dévastateur de 1808 qui réduit en cendres une partie de l’édifice, la Russie impériale, protectrice autoproclamée des chrétiens orthodoxes d’Orient, saisit l’occasion pour financer largement la reconstruction du sanctuaire. Son soutien matériel et diplomatique renforce alors considérablement la position de l’Église orthodoxe grecque au sein du Saint-Sépulcre, au point que celle-ci s’impose comme la communauté dominante dans la gestion du site au cours du XIXᵉ siècle. Cette montée en influence entraîne des heurts avec les autres confessions chrétiennes, chacune voulant contrôler le site. Cette situation contribue ainsi directement à la décision ottomane de fixer le Statu quo.

Cette règle, censée être une source d’équilibre et de paix, entraîne néanmoins son lot de débats, de blocages et de restrictions pour les différents mouvements chrétiens, chacun célébrant ses rites dans des espaces bien définis. Les catholiques, par exemple, ne contrôlent qu’une partie du sanctuaire. Les horaires, les processions, l’usage des chapelles et même la simple ouverture de certaines portes restent strictement déterminés par ce cadre consigné depuis plus d’un siècle et demi. L’un des symboles les plus frappants de cette réglementation immuable reste l’insolite échelle inamovible, posée depuis des siècles sur le rebord d’une fenêtre du Saint-Sépulcre et devenue l’emblème même du Statu quo.

Et aujourd’hui ?

Un des épisodes les plus récents qui illustre les défis du Statu quo fut la restauration de l’édicule en 2016. En effet, cette structure vénérée qui entoure le tombeau du Christ nécessitait des travaux importants pour des raisons de sécurité et de conservation. Un accord fut finalement trouvé après des années de négociations entre les différentes Églises, permettant ainsi à une équipe internationale de restaurateurs d’intervenir, de démonter l’enveloppe de marbre et de révéler, pour la première fois depuis des siècles, la pierre calcaire originelle supposée être celle du sépulcre du Messie.

Les événements récents à Jérusalem, analysé par notre consœur Sabine de Villeroché, avec l’interdiction temporaire imposée ce 29 mars au patriarche de Jérusalem de célébrer la messe du dimanche des Rameaux, ont également révélé que l’accès au Saint-Sépulcre ne dépendait pas uniquement des Églises signataires du Statu quo mais aussi d’un nouvel acteur politique, s’arrogeant le droit de permettre ou non l’entrée dans ce lieu saint : l’État d’Israël.

Picture of Eric de Mascureau
Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

14 commentaires

  1. à LIMOUSIN,
    Pourquoi ignorer la mise au point (diffusée par B.V …!) établissant que l’initiative d’interdiction prise par l’Etat d’Israel ne répondait qu’au risque bien réel d’un attentat dans les circonstances de la guerre actuelle avec l’Iran ???? et qu’il s’agissait d’éviter ….!
    Point barre. Pourquoi polémiquer alors qu’il n’y a pas lieu de le faire ?????

    • SI M. de Mascurau a pris soin de revenir sur ce sujet , c’est que plusieurs lecteurs ne comprenaient toujours pas l’importance et la priorité à donner à la valeur spirituelle et juridique (au sens du respect que les États qui disent avoir une Constitution, les États-Unis d’Amérique et Israel notamment) des Lieux Saints.
      Et vous, L’avez-vous compris?

    • Votre article est très intéressant Dommage que vous ayez choisit le mot
      « S’arroger » le droit de pour l’état d’israël.
      Il inflige au lecteur une réflexion de perplexité qui n’est pas nécessaire à mon sens .
      Monaco est une principauté indépendante mais obéit cependant à des règles bien précises que sa position sur le sol français lui impose ..

      • Le mot s’arroger est juste sur le plan juridique, parce que Israël, non seulement n’ a pas respecté ce que dit le droit international (et plus que le droit :le respect de ce que commande la foi, ici la foi chrétienne sur un point essentiel relire le « credo »), mais a enfreint iviolabilité des Lieux – Saints sans se concerter avec les parties prenantes.
        C’est Monsieur de Mascurau qui a raison à ce double titre.

    • Vous pourriez préciser ce que vous entendez par là ?
      Ce mot est utilisé dans tous les sens possibles dans la grande presse et les partis politiques, souvent à contre-sens, surtout péjoratif par principe sinon préjugé à l’encontre des musulmans.
      Merci de contribuer ainsi à une connaissance éclairée de ce sujet.

  2. Merci à M. de Mascurau et à Me de Villaroché d’avoir fait ce « rappel à loi » qui s’impose aussi à Israël qui se croit tout permis et qui « corrige » toutes ces montagnes non saintes de sottises émanant de plusieurs lecteurs et hélas ! de certains journalistes de ce site à propos des tous derniers-et forts graves – incidents affectant ces lieux plus que sacrés (sacrés au sens qu’en donne Yhavé à Moïse).

  3. « l’interdiction temporaire imposée ce 29 mars au patriarche de Jérusalem de célébrer la messe du dimanche des Rameaux »
    Oui, hélas, d’autres médias confirment = Ainsi, selon radio France (et d’autres!) = « la messe des Rameaux à l’église du Saint-Sépulcre empêchée par les autorités israéliennes à Jérusalem »

      • Ce propos ne saurait excuser la faute lourde de l’Etat d »Israel, qui en tant que membre de l’ ONU reconnaît les principes posés par la Charte de cette organisation internationale.

Laisser un commentaire

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

Pour la gauche, certains viols dérangent car ce ne sont pas les bons violeurs

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois