Référendum sur la Justice : les raisons de l’échec italien

La population italienne a rejeté en majorité la proposition du gouvernement Meloni de revoir en profondeur la Justice.
Capture d'écran YT Giorgia Meloni
Capture d'écran YT Giorgia Meloni

C’est un « non » qui risque de ne pas se faire oublier de sitôt. En Italie, le référendum sur la réforme de la Justice a été largement rejeté par la population, qui s’y est opposée à 54 %. Un revers pour la politique de Giorgia Meloni, qui avait fait de cette mesure un fer de lance de sa campagne de 2022.

Un référendum sous forte participation

La présidente du Conseil des ministres, qui avait mené une campagne active en faveur de cette réforme, s’est inclinée devant des résultats d’autant plus marquants qu’ils s’accompagnent d’une participation inattendue : près de 60 % des Italiens se sont exprimés, ce lundi 23 mars. « Ni les analystes, ni les sondeurs, ni la droite, ni la gauche » n’avaient anticipé une telle mobilisation, analyse Marie d’Armagnac, journaliste spécialiste de la politique italienne.

L’issue est d’autant plus surprenante qu’il existe une véritable attente de la population italienne à l’égard de cette « Justice rouge », comme l’a souvent qualifiée Meloni. « Il y a une grande lenteur des procédures, que la réforme ne réglait pas directement, même si elle introduisait des mécanismes disciplinaires, donc des sanctions éventuelles et un jugement sur l’action des magistrats, explique Marie d’Armagnac. Cette lenteur aurait pu être sanctionnée. Il y a aussi beaucoup d’erreurs judiciaires, qui coûtent cher à l’État, et les juges ne sont jamais sanctionnés. La relation des Italiens avec leur Justice est donc assez compliquée. »

Pourtant, ceux qui auraient pu saisir l’occasion de dépolitiser une Justice qui intervient souvent en faveur de l’immigration illégale, malgré les décrets et mesures adoptés depuis l’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni, ne l’ont pas fait. « Il y a une part d’incohérence dans ce vote », observe la spécialiste.

Les raisons d’un échec

La question demeure : pourquoi un tel rejet ? Marie d’Armagnac y voit d’abord un concours de circonstances, dont l’une des principales tient à « l’inversion accusatoire » menée par la magistrature. « La gauche a politisé la campagne dès le début. C’était une opportunité après trois ans et demi de gouvernement, ce qui est rare en Italie. »

Malgré les tentatives de la droite de s’en tenir aux aspects techniques du texte, la gauche a « mobilisé et polarisé, avec une campagne assez violente, marquée par des accusations récurrentes, notamment sur le fascisme », rappelle l’analyste de la politique transalpine. « Pourtant, la question de la séparation des carrières dans la Justice est héritée du fascisme, et la gauche elle-même avait déjà proposé des réformes sur ce sujet. »

Il faut également compter sur la mobilisation, inhabituelle, de la jeunesse, qui a voté à 61 % contre la réforme. Une jeunesse notamment mobilisée dans les mouvements pro-palestiniens, qui a pu voir dans ce scrutin l’occasion de sanctionner le gouvernement.

« C’est aussi un vote d’avertissement »

Enfin, un référendum en période d’instabilité constitue toujours un risque. « C’est une constante : ils servent à sanctionner le pouvoir en place, que ce soit sous Renzi ou Berlusconi », rappelle Marie d’Armagnac. Depuis le début de la guerre en Iran, les prix de l’énergie ont fortement augmenté, les entreprises sont inquiètes et la reprise économique reste fragile. De quoi peser sur l’exécutif, qui, malgré des efforts pour redonner à l’Italie une place sur la scène internationale, laisse une partie des Italiens sur leur faim en matière de politique intérieure : soutien aux familles, aux entreprises, gestion budgétaire.

De fait, les opposants au texte dépassent largement la seule gauche. Certains électeurs de droite ne se sont pas déplacés ou ont voté contre. Une partie des votants s’est prononcée sur le fond, mais d’autres ont surtout exprimé un jugement sur le gouvernement. « C’est aussi un vote d’avertissement », souligne la spécialiste.

Si Giorgia Meloni s’en tient à sa promesse de ne pas démissionner en cas d’échec, l’idée que tout lui réussit est désormais écornée. « Elle devra sans doute se réajuster ou accélérer certaines politiques. » Une occasion que ne manquera pas de saisir la gauche, jusqu’ici désunie et faible sur le fond. Sans compter une magistrature qui « sera encore plus encline à bloquer les initiatives du gouvernement par voie judiciaire », anticipe Marie d’Armagnac.

Vos commentaires

46 commentaires

  1. Il semble que ce soit surtout les opposants, gauche, …, qui se soient plus mobilisés, beaucoup de favorables à cette mesure, n’ayant pas daigné aller voter …?

  2. C’est le genre de réforme qu’il faut faire dans la foulée d’une victoire électorale, dans les « cent jours », comme on dit. Après, c’est trop tard, les perdants on eu le temps de se réorganiser afin de torpiller le gouvernement.
    Ce rejet d’une réforme nécessaire (qui ferait aussi du bien à la France), c’est comme ces Français qui votent LFI, acceptent l’invasion migratoire, et en réclament encore.

  3. C’est toujours le risque et l’ambiguïté d’un référendum : Que le peuple ne se prononce pas sur le sujet ni la question posée, mais vote CONTRE le gouvernement en place. Un vote sanction.
    Nous avons eu la même chose en France lors du référendum sur la Constitution Européenne portée par Chirac, qui se prononçait Pour.

  4. C’est un peu étrange car des réformes similaires avaient été envisagées sous les gouvernements précédents. Mais sans succès là non plus. Donc soit ce référendum a été transformé en approbation ou non de la politique de Meloni, soit les électeurs ont craint de mettre le doigt dans un rognage sournois de l’indépendance de la justice, échaudés par ce qu’ils voient de la situation Hongroise…

  5. Au moins il s’agit d’une décision du peuple. Chez nous c’est les gauchos du conseil constitutionnel qui sanctionnent, il n’y a pas de quoi être fiers.

    • J’apprends, avec amusement, que les membres du très haut conseil constitutionnel sont tous
      des gauchos ( gardiens de vaches )

  6. Très inquiétant car en France , la justice est rouge, lente , déséquilibrée et partiale. Une réforme en profondeur s’impose à commencer par la formation des juges. Mais si les Français sont majoritairement insatisfait de leur justice, seront ils prêts à accepter la dépolitisation de la justice empreinte de Baudot au bénéfice de son impartialité ?

  7. « Le meilleur argument contre la démocratie est un entretien de cinq minutes avec un électeur moyen.Winston-churchill.

    • Donc, à bas la démocratie ! Mais … on la remplace par quoi ? On dit que c’est le plus mauvais
      des systèmes … à l’exclusion de tous les autres.

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