[Feuilleton] : House of Guinness, la nouvelle saga familiale de Steven Knight

Après Peaky Blinders, Taboo et A Thousand Blows, et malgré quelques défauts, cette nouvelle saga s'avère passionnante.
© photo Netflix
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En Irlande, la brasserie Guinness de Saint James's Gate, à Dublin, est une institution depuis plus de deux siècles et demi. Et pour cause : première boisson alcoolique commercialisée dans le pays, cette stout aux malts torréfiés et aux grains d’orge grillés vend dix millions de pintes par jour, à travers le monde. Mais qui donc, parmi ses consommateurs, connaît réellement l’histoire de la famille Guinness ? Sait-on seulement que celle-ci a financé d’immenses travaux de restauration de la cathédrale Saint-Patrick, dans les années 1860 ? Ou qu’Ann Plunket, née Guinness, a fait rénover nombre de quartiers populaires de Londres et de Dublin, avec la fortune familiale ?

Le feuilleton House of Guinness, créé par Steven Knight (Peaky Blinders, Taboo, A Thousand Blows), entend bien faire connaître cette histoire au plus grand nombre. Produit par Netflix, ce nouveau programme, qui comporte pour le moment une seule saison de huit épisodes, est une idée de l’auteur américaine Ivana Lowell, descendante de la famille Guinness. En effet, en visionnant Downton Abbey, il y a une dizaine d’années, à la télévision, celle-ci réalisa le potentiel d’un feuilleton familial sur la célèbre brasserie irlandaise : « L'histoire de notre famille était bien plus croustillante et intéressante que cela, sans compter le fait qu'elle était entièrement vraie », confie, aujourd’hui, Ivana Lowell, en interview. Le projet fut alors mis en forme bien ultérieurement par Steven Knight.

Une famille dans la tourmente du XIXe siècle

Contrairement à ce que l’Américaine prévoyait initialement, le récit ne débute pas en 1759 avec la création de la célèbre brasserie par Arthur Guinness, mais avec le décès, à soixante-neuf ans, de son petit-fils Benjamin – le restaurateur de la cathédrale Saint-Patrick –, en 1868. Deux de ses quatre enfants, Edward et Arthur, doivent alors reprendre en main les affaires familiales quand leur sœur Ann et leur frère Benjamin sont tout bonnement tenus à l’écart de la succession !

Le feuilleton nous montre bien que la famille Guinness, du fait de ses convictions unionistes et anglicanes, n’a pas que des soutiens, dans la population, bien que sa brasserie fasse vivre de nombreux ouvriers dublinois. En effet, les partisans du Home Rule d’Isaac Butt, cette politique visant la création d’un Parlement irlandais pour trancher des questions intérieures au pays tandis que Westminster garderait le pouvoir impérial et régalien, perçoivent les Guinness comme des vendus à la solde de l’Angleterre. C’est donc tout naturellement que la riche famille va se retrouver dans le viseur de l’Irish Republican Brotherhood (IRB) qui sera, en 1924, l’une des composantes majeures de la future Irish Republican Army (IRA)…

L’Irlande ne s’est toujours pas relevée des famines consécutives des années 1840 (le pays est passé de 8.175.000 habitants, en 1841, à 3.468.000 habitants, en 1891) et les frères Edward et Arthur Guinness font tous les efforts possibles et imaginables pour se concilier les Fenians de l’IRB : celui d’affubler leur entreprise d’un symbole gaélique traditionnel (la fameuse harpe de Brian Boru), celui de rénover les quartiers pauvres et, surtout, de financer indirectement les opposants au pouvoir britannique qui sont légion, parmi les immigrés irlandais de New York… Une stratégie dangereuse, pour les Guinness, qui n’est pas sans causer quelques tensions idéologiques au sein de la fratrie mais s’avère nécessaire à Arthur s’il souhaite poursuivre une carrière politique.

Plus sulfureux que de raison

Passionnante, cette nouvelle saga familiale aurait néanmoins mérité un traitement plus mûr, rigoureux et mesuré, dans l’esprit de la réadaptation récente du Guépard - Steven Knight, une fois encore, se révélant plus soucieux de spectacle chic et choc, de scènes coups de poing et de répliques assassines que de fidélité historique et de respect envers cette famille bienfaitrice de l’Irlande. On se serait allègrement passé, disons-le, des choix musicaux anachroniques de Steven Knight (Fontaines D.C., Kneecap…), de sa violence complaisante, de sa représentation gourmande de l’homosexualité d’Arthur et plus généralement de son ton un peu trop ironique et scorsesien pour être tout à fait crédible.

House of Guinness, à en croire les dernières déclarations de son créateur, devrait connaître d’autres saisons ; pourvu que ses défauts soient corrigés à l’avenir.

 

3 étoiles sur 5

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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

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