[CINÉMA] Miroirs n° 3, une ballade cinématographique signée Christian Petzold

Certaines rencontres ne sont pas faites pour durer mais suffisent à marquer les esprits.
Capture d'écran YT
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Pianiste et étudiante à l’Université des arts de Berlin, Laura part en excursion, un weekend, avec son compagnon Jakob et les amis de celui-ci. Absente au groupe, incapable de ressentir l’enthousiasme collectif, la jeune femme décide inopinément de rentrer chez elle et se fait raccompagner en voiture par Jakob. Colérique, celui-ci perd son contrôle et provoque un accident de la route qui lui sera fatal. Présente sur les lieux, Betty, la soixantaine, prévient les secours et emmène Laura chez elle qui, miraculeusement, s’en est sortie indemne. Cette dernière lui demande alors de rester quelques jours à ses côtés. D’abord surprise, Betty accepte chaleureusement de recueillir la jeune femme et de lui faire partager son quotidien dans cette maison de campagne de la région d’Uckermark.

Au fil des jours, Laura fait la connaissance de Richard et Max, l’époux et le fils de Betty, qui tiennent un atelier de réparation automobile à quelques kilomètres de là et masquent difficilement leur réticence à son égard. Laura l’ignore encore, mais une tragédie a récemment frappé cette famille, laissant Betty dans un état de souffrance qui confinait à la démence. Ensemble, les deux femmes ont un bout de chemin à faire.

Un conte sur le deuil

Récit en miroirs de deux renaissances qui vont pouvoir se nourrir l’une de l’autre – celle d’une jeune miraculée et d’une famille touchée par le deuil –, Miroirs n° 3, en référence à la pièce pour piano de Maurice Ravel, marque la quatrième collaboration de Christian Petzold avec l’actrice Paula Beer, qu’il avait déjà dirigée dans Transit (2018), dans Ondine (2020) et dans Le Ciel rouge (2023).

Comme à son habitude, le cinéaste allemand choisit l’épure, le silence et la délicatesse pour sublimer avec retenue et dignité les sentiments les plus affectueux et la dynamique du cocon familial. Abordant à nouveau le thème de la perte d’un enfant, après L’Ombre de l’enfant (2003) et Fantômes (2005), Christian Petzold emprunte au conte sa tonalité générale, hors du temps, et certains motifs qui évoquent les histoires de princesses.

Des liens éphémères

Plutôt mineur dans la filmographie du cinéaste, Miroirs n° 3 est à appréhender comme une ballade cinématographique où tout repose sur le non-dit et le hors-champ, et où la fugacité d’une expression de visage en dit souvent plus long qu’une réplique. Touchant, le récit de cette famille en pleine convalescence risque d’en frustrer plus d’un : ceux, d’abord, que ce type de film contemplatif ennuie habituellement, et ceux qui espéraient une fin plus joyeuse. C’est pourtant là, à travers cette issue déchirante, que Christian Petzold articule l’essentiel de son propos : certaines rencontres ne sont pas faites pour durer mais suffisent à marquer les esprits, voire même à changer le cours de l’existence. Rien ne sert de trop en demander.

 

3 étoiles sur 5

 

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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

3 commentaires

  1. J’ai remarqué depuis très longtemps que les Allemands sont les grands maîtres mondiaux du cinéma neurasthénique, pour ne pas dire déprimé et déprimant… Des histoires de grands malades qui perdent toute leur famille dans un accident d’avion, des couples qui se séparent dans la douleur, avec des enfants déchirés… Cette déprime généralisée de nos voisins est-elle la conséquence de leur rôle dans la dernière guerre mondiale ou est-elle consubstantielle de l’identité allemande ? Existe-t-il chez eux une propension génétique à la déprime ?

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