Charlotte Chappuis, la batarde méconnue de Napoléon
Napoléon Bonaparte, maître d’un empire qui s’étendit de l’Atlantique aux confins de la Russie, n’eut de cesse de chercher un héritier légitime capable de prolonger sa dynastie. Cette obsession, qui le poussa jusqu’au mariage avec Marie-Louise d’Autriche et à la naissance tant espérée du roi de Rome, n’effaça pourtant pas les traces de ses amours passagères. En effet, l’Empereur laissa derrière lui plusieurs enfants illégitimes, dont le plus connu reste le comte Léon. Cependant, parmi ces figures, une demeure plus mystérieuse encore : Charlotte Chappuis, née le 22 août 1795 en Bourgogne, qui affirma toute sa vie être la fille de Napoléon.
En quête d’identité
Charlotte serait née d’une rencontre à l’hiver 1794 entre le jeune officier Bonaparte, alors en garnison à Auxonne, et Antoinette Cattin, une Bourguignonne qui, comme semble bien l’illustrer son propre nom, vivait de ses charmes. À sa naissance, la petite prendra le nom de Chappuis, celui du mari d’Antoinette, un moine défroqué qui accepte de reconnaître l’enfant. Cependant, quelque temps plus tard, et selon la légende, la mère, mourante, aurait confié à sa fille la véritable identité de son père.
Dès lors, Charlotte décida de se mettre en quête de retrouver sa place légitime. Elle multiplie alors les démarches, cherchant des appuis parmi les officiers bonapartistes susceptibles de la rapprocher du pouvoir. Elle tente même de rejoindre son père sur l’île d’Elbe, lors de son exil. Cependant, en 1815, la France impériale vacille définitivement à Waterloo. Avec la Seconde Restauration, Charlotte et ses prétentions inquiètent alors le nouvel ordre politique. Pour éviter qu’elle ne rallie à elle les nostalgiques de l’Empire, on décide de l’enfermer dans un asile afin de faire passer ses déclarations pour des divagations. Pourtant, sa ressemblance frappante avec Letizia Bonaparte, la mère de Napoléon, était pour certains une preuve irréfutable de ses dires.
Napoléon III, « mon cousin »
Libérée à la condition de rentrer dans le rang, Charlotte accepter d’épouser un certain Jacob Muller, un maître de forges jurassien de vingt ans son aîné. Grâce à cette union, elle devient la maîtresse d’un important établissement industriel à Champagnole, acquérant une influence rare pour une femme de son temps ainsi qu’une puissante fortune. Elle mène ainsi une vie confortable et féconde, donnant naissance à pas moins de six enfants. Cependant, elle n’oublie pas ses racines et choisit pour certains de ses enfants des prénoms aux résonances bien impériales : Marie-Louise, comme la dernière impératrice, ou encore Joseph, en hommage au frère de Napoléon.
En 1848, Charlotte a l’occasion de revenir sur le devant de la scène politique et de réaffirmer ses origines. En effet, la même année, un autre Bonaparte cherche à accéder au pouvoir par les urnes. Charlotte soutient alors la campagne du prince Louis-Napoléon, qu’elle appelle « mon cousin ». Reconnaissant de cette fidélité, le futur Napoléon III entretiendra avec elle et les siens de bonnes relations. Ainsi, le fils de Charlotte, Adrien Muller, sera même nommé maire de Champagnole sous le Second Empire.
Vérité ou supercherie ?
Charlotte rend son dernier soupir à Champagnole le 14 avril 1880. Malgré sa disparition, une question demeure : était-elle vraiment la fille de Napoléon ? L’Empereur n’a jamais évoqué publiquement sa relation avec Antoinette Cattin et n’aurait peut-être jamais appris l’existence de cette descendance. Ce mystère a alors poussé l’essayiste Bruno Fuligni à mener l’enquête et à publier, en 2021, un ouvrage consacré à Charlotte. Dans ce dernier, il a réuni de nombreux documents, dont certains provenant des propres descendants de Charlotte. Parmi ces archives, des correspondances atteste de sa proximité avec le général Delort, un compagnon de l’épopée napoléonienne et pair de France, qui fut toujours frappé par la ressemblance de Charlotte avec l’Empereur. Aujourd’hui, seul un test ADN pourrait aider à trancher et éclairer à jamais ce pan obscur de l’histoire de Napoléon.
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7 commentaires
C’est plutôt la naissance d’Alexandre, l’enfant de l’irréprochable « épouse polonaise » de Napoléon, Marie Waleska, qui a persuadé l’empereur de son aptitude à procréer.
Merci à Eric de Mascureau de nous conter de belle histoires
Les temps ont bien changés, ce n’est pas notre bon président qui sèmera des enfants illégitimes aux quatre coins du pays. La fidélité est une valeur sûre.
La fidélité, en ce qui concerne M. Macron, semble se limiter à lui-même.
Lorsque l’on ne regarde que le bas du visage, ô combien énergique, on croit voir l’Empereur.
J’ignorais cette histoire. Que sont devenus les autres « bâtards » de Napoléon ?
Antoinette Cattin ?? C’était donc bien une ville de garnison… ;)