29 août 1619 : naissance de Colbert, modèle du grand serviteur de l’État
Le 29 août 1619 naissait, à Reims, un homme dont le nom allait traverser les siècles : Jean-Baptiste Colbert. Grand ministre du règne de Louis XIV, il fut l’un des plus remarquables serviteurs de l’État français, alliant rigueur, clairvoyance et énergie au service d’un projet national. L'anniversaire de sa naissance invite à nous pencher sur une époque où l’administration et la politique avaient pour horizon... le bien commun. Avec ce grand personnage de son Histoire, la France, marquée par une défiance profonde envers les responsables publics jugés plus soucieux de leurs intérêts partisans que de l’intérêt général, offre un contraste frappant. Là où beaucoup voient aujourd’hui un effritement du sens de l’État, Colbert incarne l’exemple d’un ministre totalement dévoué à la grandeur du royaume.
L’ascension d’un homme né pour le travail
Jean-Baptiste Colbert naît donc le 29 août 1619 dans une famille de commerçants et de notables de Reims. Après une jeunesse studieuse et une formation en comptabilité et en gestion, il entre au service de puissants ministres. Il est d'abord commis, puis intendant de Mazarin, auprès de qui il apprend les rouages de l’État et qui le décrit comme un homme « né pour le travail à un point incroyable ». Néanmoins, contrairement au mythe faisant de Colbert le seul artisan de sa réussite, il est bon de rappeler que son ascension n’est pas de son seul fait. Selon l’historien Joël Cornette, « l’exploit apparemment individuel de Jean-Baptiste [Colbert] fut avant tout la lente et patiente conquête de la fortune et du pouvoir, menée par tout un lignage pendant plusieurs générations ».
En 1661, à la mort de Mazarin et après la chute de Fouquet, Colbert se rapproche de Louis XIV. Aux yeux de ce jeune roi décidé à gouverner par lui-même, il apparaît alors comme l’homme idéal. Ainsi, le roi lui confie des charges de plus en plus importantes : intendant des finances, puis contrôleur général en 1665. Colbert devient l’un des principaux artisans du pouvoir royal.
Le colbertisme
À l’arrivée de Colbert aux finances, la situation du royaume est désastreuse. Les guerres, la Fronde et la gestion souvent laxiste des finances royales ont vidé les caisses. De plus, la politique de Louis XIV devient de plus en plus dispendieuse. Colbert entreprend alors un travail titanesque de redressement. Après des années de réflexion et de préparation, le contrôleur général des finances finit par présenter à Louis XIV son projet dans un mémoire qui définit une nouvelle politique économique et mercantiliste. Elle prendra le nom de colbertisme.
Ce courant appelait ainsi à une amélioration du potentiel productif du royaume, à un abaissement des impôts directs et à une augmentation des impôts indirects. L’objectif était d’enrichir la France avec « l’argent que les sujets amassent par leur travail, par les fruits qu’ils recueillent de la terre et celui que leur industrie leur procure ». Colbert souhaitait également favoriser l’économie nationale en faisant « augmenter l’argent dans le commerce public en l’attirant des pays d’où il vient, en le conservant au-dedans du royaume, empêchant qu’il n’en sorte, et en donnant des moyens aux hommes d’en tirer profit ». L'inverse de ce que fait la France de Macron, dont le commerce extérieur s'est effondré.
À ce sujet — Mazarin ou la raison d’État
Produire et exporter français
Afin d’augmenter la production nationale, Colbert se lance dans la création de multiples manufactures royales. Celles-ci, tournées vers le luxe, devaient permettre à la France de ne plus importer ces biens onéreux mais au contraire de devenir une puissance exportatrice. C’est ainsi que furent fondées successivement la manufacture des Gobelins, connue pour ses tapisseries, ou encore celle de Saint-Gobain, à l’origine des somptueux miroirs ornant encore aujourd’hui la galerie des Glaces de Versailles.
Conscient que la puissance économique passe aussi par la maîtrise des mers, Colbert consacre une énergie immense à la création d’une marine royale digne de ce nom. Pour y parvenir, il agrandit et modernise certains ports et arsenaux, comme Toulon ou Brest, et en crée d’autres, à Rochefort ou à Lorient. Alors que Louis XIV était monté sur le trône avec une flotte modeste, Colbert l'a portée à plus de 200 navires de guerre, à la fin de sa vie.
Le ministre favorise également l’économie coloniale et maritime. Sous son impulsion, la France développe des compagnies de commerce comme la Compagnie des Indes orientales. La principale source de revenus de ce commerce repose alors sur l’esclavage, que Colbert décide de réglementer en 1685. Par le Code noir, le ministre comble alors un vide juridique. Bien que donnant un statut officiel à un monstrueux commerce d’êtres humains, il en fixe certaines règles et limites. La gauche a fait de Colbert, pour cette raison, l'emblème du passé honteux de la France.
Colbert mène également une politique protectionniste en établissant de nombreux tarifs douaniers, notamment contre l’Angleterre et les Provinces-Unies. Ces taxes, parfois doublées, voire triplées, entraînent de vives tensions entre États, donnant lieu à une véritable « guerre des tarifs ».
Un bilan difficile
Épuisé par des années de travail acharné pour donner à la France une véritable prospérité économique, Jean-Baptiste Colbert s’éteint le 6 septembre 1683. Fidèle à sa devise personnelle, Pro rege saepe ; pro patria semper (« Pour le roi souvent ; pour la patrie toujours »), il n’a jamais cessé de placer l’intérêt de l’État au-dessus de tout, y compris de celui du souverain. C’est ainsi qu’il tenta, tout au long de sa carrière, de tempérer les ambitions démesurées de Louis XIV, notamment ses projets architecturaux comme Versailles, ou encore son goût insatiable pour la guerre. Grâce à sa rigueur, Colbert avait même réussi, un temps, à rétablir un budget équilibré, prouesse rare dans l’histoire financière du royaume. Malheureusement, ses efforts furent bientôt anéantis par les entreprises militaires du monarque, qui plongèrent la France dans une crise durable.
Cette loyauté intransigeante valut à Colbert bien des inimitiés. Le peuple, incapable de critiquer directement son roi, fit souvent de lui le bouc émissaire des difficultés du royaume. On l’accusa d’être responsable de tous les maux et de tous les impôts, oubliant que ses réformes visaient d’abord à préserver les finances et la prospérité du pays. Colbert laissa ainsi l’image d’un ministre inflexible, rigoureux et profondément attaché au bien commun. Sa vision d’une France organisée, productive et ouverte sur le commerce extérieur a durablement façonné l’économie et l’administration du royaume. Si son nom reste parfois associé à la contrainte et à la sévérité, il demeure avant tout le symbole d’un serviteur de l’État, prêt à sacrifier sa gloire personnelle pour l’avenir de la nation.
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour
Popular Posts


































21 commentaires
Beaucoup « d’impôts » tout de même …
Sa devise (assez impertinente) : « Pro rege saepe, pro patria semper » (Pour le roi souvent, pour la patrie toujours)… La doctrine économique dite »colbertisme », héritée de Sully, a très bien réussi, sera reprise par Adam Smith, Friedrich List, de Gaulle, Maurice Allais, et maintenant par Trump et Stephen Miran contre l’OMC. Et chaque fois ça marche ! Et l’UE de s’enfoncer…
Louis XlV un grand roi pour la France et Colbert son grand ministre : deux grands essoreurs qui ont renforcé l’état central au détriment des régions par maintes ponctions fiscales pour réaliser maintes lubies du roi : guerres incessantes et donc hostilité des pays voisins, grandes constructions dont le palais de Versailles, etc…Vivement une vraie décentralisation.
Y a t-il un Colbert en réincarnation pour sauver notre pays ?
Fouquet, bête noire du Super-Intendant Colbert. Mazarin était deux fois plus fortuné que Fouquet, ce dernier poussé aux cachots par Colbert auprès de Louis XIV…Les rivalités historiques…
Un Homme d’Etat, Colbert. Intelligent et courageux. Depuis De Gaulle, les gouvernants de la France ont perdu la notion de ce que se doit d’être un homme politique digne de ce nom.
Désolé mais vous etes en plein contre sens .Colbert ne fut jamais en contradiction avec le roi soleil et passa son temps a fournir les moyens financiers aux ambitions démesurées de son monarque . Il n’y eut qu’après la désastreuse campagne contre les provinces unies qu’il eut » gain de cause » car les caisses étaient vides . Il fut donc l’un des coresponsables de la famine et de la misère qui s’abattirent sur le pays .Seul Vauban réussit à en démontrer la profondeur au Roi …et lui apportant une solution qui enrichit notre patrimoine gastronomique …en généralisent l’élevage des cochons . Colvert est definitivement un bon suiveur de Mazarin qui lui apprit a tondre les français jusqu’à la limite de leurs capacités contributives. Trois raisons de plus de regretter Nicolas Fouquet qui lui avait su relancer la prospérité du pays .
L’œuvre de Colbert dans le siècle des lumières ou il en fut un des acteurs de pointe laisse même aujourd’hui de nombreuses traces.
Louis IX n’aurait pas été ce roi soleil qui glorifie la France sans Colbert.
Une autre époque maintenant nous n avons plus que des valets prêts à se soumettre au fossoyeur de la France
faites un article sur le maire de metz ex LR qui avait débaptisé le lycée colbert.
pour le replacer par une féministe woke
Très intéressant
Richelieu, Mazarin, Colbert, où êtes-vous ? Levez-vous, la France se meurt !
Il serait trop cruel de comparer avec nos ministres actuels.
Au jour d’aujourd’hui ils sacrifie leur image pour détruire la France et s’enrichir pour plusieurs générations.
Autrefois Colbert fut un grand serviteur de la France alors qu’aujourd’hui nous n’avons qu’un profiteur de la petite politique depuis quarante ans .
Des opportunistes.