18 mois avec sursis : quand abattre un rapace coûte plus cher qu’agresser un mineur

En Lozère, un chasseur écope de 18 mois d'emprisonnement avec sursis pour avoir abattu une espèce protégée.
Wikimedia commons
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Il est des décisions de justice qui rappellent avec force qu’en France, le droit s’applique et que la criminalité doit être sanctionnée. La condamnation par défaut de Tariq Ramadan à 18 ans de réclusion criminelle par la cour criminelle de Paris, ce mercredi, pour des viols commis sur trois femmes en fait partie.

Mais trop souvent, ces décisions lourdes coexistent avec un grand nombre de verdicts qui, dans un contexte d’ultra-violence croissante de notre société, laissent perplexe.

Le poids des atteintes à la biodiversité

Ainsi, au tribunal de Mende, un chasseur a été condamné, ce 26 mars, pour avoir abattu un gypaète barbu, espèce strictement protégée dont il ne resterait que 1.200 à 1.600 individus matures en Europe. Un tel délit est passible, rappelle la loi, de trois ans d’emprisonnement et 150.000 euros d’amende.

Dans « un mauvais réflexe », le chasseur avait confondu le rapace avec un merle, s’est-il défendu devant le juge, qui n’a visiblement pas été convaincu par ses justifications, le condamnant à 18 mois de prison avec sursis, rapporte Sud-Ouest.

Si cette peine extrêmement lourde nous rappelle l’importance que la Justice française apporte au respect de la biodiversité - ce qui ne saurait être une mauvaise chose -, elle mériterait néanmoins qu'on la replace dans le contexte judiciaire et délictuel de notre pays.

Des faits autrement plus graves, des peines moindres

Car le même jour, le tribunal d’Alençon prononçait une autre peine, cette fois plus légère, bien que le délit fasse encourir à son auteur entre 7 et 10 ans d’emprisonnement et 100.000 à 150.000 euros d’amende, rapporte Ouest-France. Il jugeait un homme de 40 ans qui s’était dénoncé à la gendarmerie pour une agression sexuelle commise en 2019 sur sa nièce de 12 ans. L’homme avait avoué avoir glissé son sexe dans la main de la fillette, en pleine nuit, alors qu’elle dormait, avant de le retirer. Des faits dont cette dernière ne se souvient donc pas.

Pour cette agression sexuelle, l’homme a écopé de 6 mois d’emprisonnement avec sursis probatoire pendant 3 ans et 1.800 euros de dédommagement à sa victime. Soit 5 % de la peine encourue, quand le tireur de gypaète barbu en écopait de la moitié.

Et loin d’être le seul exemple de cette justice à deux vitesses qui semble accorder plus d’importance au sort d’un animal – dont on ne niera, une fois de plus, pas l’importance de le protéger – qu’à celui d’un enfant, les cas d’école abondent.

En octobre dernier, Le Figaro relatait le cas d’un berger condamné à quatre mois de prison avec sursis et 30.000 euros d’amende pour avoir tiré sur deux vautours qui menaçaient son troupeau. Malgré des revenus modestes, l’homme avait accepté la décision. Mais la Ligue pour la protection des oiseaux avait fait appel, estimant le préjudice insuffisamment pris en compte.

Mêmes déboires pour un pisciculteur et son employé condamnés, un mois plus tôt, à huit et quatre mois de prison avec sursis pour avoir causé la mort d’un rapace protégé, après avoir disposé du poison destiné à protéger leur élevage, qui subissait pourtant des pertes annuelles importantes.

Dans le même temps, Ouest-France rapporte qu'un père a été condamné, ce 26 mars, à 18 mois de prison avec sursis pour des agressions sexuelles sur ses deux filles mineures, avec des dommages et intérêts fixés à 3.000 euros chacune, soit 15 % de la peine encourue, quand les deux éleveurs prenaient 22 % et 11 % de la peine maximale.

Et la Justice s’étonnera de perdre la confiance des Français. En septembre, un sondage de l’institut CSA pour CNews, Europe 1 et le JDD rapportait que 62 % d’entre eux déclaraient ne plus avoir confiance en leurs juges pour sanctionner les auteurs de violences... Force est de constater qu'ils continuent de leur donner raison. Devra-t-on bientôt se dire que les magistrats préfèrent aux petits délinquants de la biodiversité les prédateurs sexuels qui frappent dans la rue et les chambres d'enfants ?

Vos commentaires

43 commentaires

  1. Confondre un gypaète barbu (2m d’envergure) avec un merle quand on est un chasseur !! La seule explication vaut 18 mois avec sursis. La justice à deux vitesses et même plus certainement, car elle est humaine. Mais il faut sans cesse nous souvenir de nos commentaires à deux vitesses et beaucoup plus…..

  2. Bien d’accord avec l’ ensemble des commentaire. Il est vrai que la sévérité de la Justice est bien dérisoire et paradoxale. Les atteintes aux biens et personnes ne sont guère sanctionnées de façon réellement dissuasives. Cependant, ce chasseur n’ a pu bien évidemment confondre 2 oiseaux diamétralement opposés en terme de taille. Si ce fut le cas, alors le retrait du permis s’impose. Sinon il va accréditer la thèse de la dangerosité de la chasse. Un promeneur devenant un éventuel gibier ! C’ est donc bien l’ unique envie de tirer qui a prévalu. Car même un merle….Sauf cas de disette ou de guerre : çà n’ est pas très comestible.

  3. Le grand gypaète barbu est le plus grand des rapaces européen, c’est un oiseau magnifique. Depuis très longtemps, on cherche à lui permettre de survivre, mais il est, hélas, très possible qu’on n’y arrive pas.
    Alors, quand un imb..ile le tue par plaisir (le confondre avec un merle ??? Il a une envergure dépassant souvent 2,50 m ! en plus, il se fiche du monde) c’est un crime contre la Nature, irrémédiable.
    Je suis ravi qu’il soit condamné à 18 mois de prison -même s’il ne les fera pas, je présume, puisque c’est la mode aujourd’hui de laisser les délinquants et les criminels en liberté, condamnés ou non…

  4. Si il est capable de confondre un gypaète avec un merle, ce n’est pas du sursis qu’il lui faut mais un emprisonnement bien réel, sinon le week end prochain il confondra un cycliste, éventuellement enfant, avec un sanglier.

  5. La justice, une partie seulement, se fiche pas mal de la confiance des Français. Elle milite, elle sanctionne, elle anéantit celles et ceux qui, selon leurs parcours professionnels, leurs origines, ne penseraient pas ou ne voteraient pas comme il faut. Le marxisme-léninisme est ainsi fait.

  6. Il ne faut pas voir les choses de cette manière, que le chasseur soit puni que la peine semble lourde mais corresponde à ce qui est prévu c’est bien, maintenant qu’un agresseur sexuel ne soit pas puni à hauteur du délit, on peut s’en indigner, c’est une autre chose, la justice ne consiste pas à comparer une peine par rapport à une autre, surtout si elles ne sont pas de même nature, ce sont deux choses différentes. D’ailleurs d’une région à une autre les peines peuvent être complètement différentes ce qui n’est pas juste non plus, mais on peut toujours polémiquer.

  7. La justice, une partie seulement, se fiche pas mal de la confiance des Français. Elle milite, elle sanctionne, elle anéantit celles et ceux qui, selon leurs parcours, leurs origines, ne penseraient pas ou ne voteraient pas comme il faut. Le marxisme-léninisme est ainsi fait.

  8. La peine est largement méritée et la prison n’aurait pas du être avec sursis. Non mais. Celà coûte quand même moins cher d’agresser des flics ou des mamies que de flinguer une espèce protégée. C’est comme çà la vie. Des espèces que l’on protègent et pas d’autres.

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