Armées - Editoriaux - 6 décembre 2018

Pourquoi ce déploiement du porte-avions Charles-de-Gaulle ?

On rapporte que le porte-avions Charles-de-Gaulle, fleuron de la Royale, et son inévitable armada seraient déployés en Asie du Sud-Est, cap sur Singapour, à l’aube de 2019, déploiement s’inscrivant dans une longue tradition historique de présence française dans cette partie du globe. Périple extrême-oriental dont la note sera (sans jeu de mots) très salée !

S’il est compréhensible que la France puisse souhaiter veiller à la stabilité d’une zone clé dans le domaine de nos ravitaillements en produits manufacturés, les patrouilles répétées de bâtiments de la Marine dans ces eaux ne peuvent-elles pas suffire à affirmer cette volonté aux yeux des pays riverains ?

Xavier Rotor, observateur de la géopolitique maritime en Asie du Sud-Est, argue, sur Atlantico (je cite), qu’il s’agit de « soutenir la diplomatie française et montrer notre puissance sans être provoquant (sic) ». Considérant à quel point la Chine s’emploie à asseoir une domination contestée par ses voisins sur cette zone de navigation, vouloir s’afficher comme puissance maritime demande d’en avoir les moyens ! Faut-il rappeler à notre chef des armées que notre fleuron est, désespérément, unique en son genre au sein de la flotte ?

Le porte-avions, cruellement absent des radars depuis de longs mois, a repris la mer tout fringant, « tout neuf » ! Si son allure générale n’a pas évolué pour l’œil du néophyte, il en va tout autrement pour ses nouveaux équipements. Le voilà gréé des dernières innovations technologiques en matière de détection, de transmissions, d’intelligence artificielle, etc. L’innovation a un coût ! Un coût auquel le quidam lambda, citoyen payeur, aurait bien du mal à souscrire par les temps qui courent si, par mégarde, la facture définitive lui était révélée !

Les stratèges militaires ont été douloureusement privés de ce moyen d’action, en particulier lors de nos interventions en Syrie, et c’est sans doute avec soulagement qu’ils ont pu envisager son retour au sein de la flotte.

Sauf à tenter de nous convaincre qu’en Syrie, la situation est stabilisée durablement – mais qui peut croire une telle allégation ? -, que ne garde-t-on pas le porte-avions prêt à intervenir là où il serait essentiel pour la conduite des opérations ?

À vrai dire, la ficelle est si grosse qu’un marin ne peut qu’y voir une aussière !
En effet, si les industriels qui ont élaboré et contribué à la transformation du porte-avions ont été, à n’en pas douter, bien rémunérés, s’agissant d’un contrat public de défense, ces derniers n’entendent sans doute pas en rester là. Il s’agit, pour eux, de rebondir et transformer « l’essai » en d’autres contrats lucratifs en vendant leur savoir-faire à d’autres investisseurs, plus confortables avec leurs finances publiques que ne l’est la France !

Ne nous y trompons donc point ! Sous couvert de renforcer une présence équivoque dans des eaux troubles et lointaines, le porte-avions va, en réalité, se transformer en « représentant de commerce » au profit des lobbys de l’armement et au détriment de nos forces engagées sur des théâtres d’opérations !

Mais on n’est pas obligé de me croire.

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