Editoriaux - 13 novembre 2018

Mais qui se cache derrière #sansmoile17 ?

Vous l’avez remarqué, le mouvement du 17 novembre n’est pas très organisé. Nombre de Français sont dans l’expectative. « Mais que faut-il faire exactement si l’on veut participer ? Où se rassembler ? » s’interrogent certains. À part exhiber un gilet jaune, ils ne savent pas très bien en quoi tout cela va consister. Mais c’est ce côté brouillon qui, somme toute, est gage d’authenticité.

Alors qu’en face, la résistance ne laisse rien au hasard. Et parce que, sans doute, on y raisonne en startupper chevronné, on a inventé la spontanéité téléguidée, l’improvisation organisée, le bénévolat rémunéré… l’oxymore étant, comme chaque sait, la forme littéraire du « en même temps ».

Les Dernières Nouvelles d’Alsace nous apprennent donc que l’initiative #sansmoile17, qui a pris un certain essor sur la Toile, consciencieusement relayée par les soutiens du gouvernement, revient à un certain Loïc Branchereau qui travaillerait… pour le groupe La République en marche du conseil municipal strasbourgeois.

L’anecdote n’est pas sans rappeler une scène de l’excellent film Le Sens de la fête, quand Pierre (Benjamin Lavernhe), futur marié du genre « winner », règle minutieusement avec James le DJ (Gilles Lellouche) – médusé – le déroulé détaillé de l’ovation que lui feront ses amis. On n’est jamais mieux servi que par soi-même. « Et mes acclamations, et mon enthousiasme ? » aurait dit Louis de Funès. Patience, Loïc Branchereau les collecte patiemment sur les réseaux sociaux.

Il y a fort à parier, cependant, qu’Emmanuel Macron n’a pas choisi lui-même l’intéressé, qui n’est ni le modèle idéal pour camper le citoyen neutre et apolitique, ni la subtilité incarnée, se moquant assez lourdement, en la tutoyant, de telle petite dame qui a fait enfiler à ses yorkshires un gilet jaune, ou retweetant « Jacline Gouraud la nana qui se tape son 1/4 de gloire sur la manif du #17 novembre et qui fait rêver les beaufs (smiley pleure de rire) » – laissant supposer que Loïc Branchereau se classe lui-même dans la catégorie des gens chics et distingués – pour évoquer cette quinquagénaire bretonne donc le coup de gueule contre la hausse des carburants, il y a une dizaine de jours, est devenu viral.

Reste à savoir la réelle capacité de nuisance de ces « beaufs » au mouvement foutraque n’ayant pour seul moteur, planificateur, vecteur commun que leur colère. Et s’ils seront capables de continuer à faire rire Loïc Branchereau, mais cette fois aussi jaune que leur gilet. Réponse samedi.

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