Editoriaux - Société - 19 décembre 2018

Familles monoparentales : ces mères courage qui n’ont pas eu le temps d’enfiler leur gilet jaune…

Dans son allocution du 10 décembre, le président de la République semblait, tout à coup, prendre conscience d’un fait de société qui devient particulièrement inquiétant : l’accroissement des familles monoparentales – dans une très grande majorité des femmes seules avec enfant(s) – et la pauvreté qui en est le triste corollaire.

Il avait bien conscience, disait Emmanuel Macron, de cette « colère sincère » de « la mère de famille célibataire, veuve ou divorcée qui ne vit plus, qui n’a pas les moyens de faire garder les enfants et d’améliorer ses fins de mois », ajoutant : « Je les ai vues, ces femmes de courage. »

Les chiffres sont terribles : selon les derniers recensements de l’INSEE, qui remontent à 2015 – et ça n’a fait que croître, depuis –, la France compte 21,7 % de familles monoparentales. En 1975, elles n’étaient que 8,2 %, et 16,3 % à l’aube de l’an 2000. Parmi elles, 84 % sont composées d’une mère et son ou ses enfants, lesquels constituent également le quart de la population répertoriée comme « pauvre ». 19 % vivent, d’ailleurs, « sous le seuil de pauvreté », c’est-à-dire avec un revenu mensuel inférieur à 855 euros.

Ces mères courage sont, dit-on, extrêmement présentes sur les ronds-points tenus par les gilets jaunes. Elles sont aussi les clientes favorites des médias qui courent toujours après les larmes pour faire grimper l’Audimat®. Pourtant, le point commun de ces femmes est généralement de conserver une grande dignité dans l’épreuve.

Bien sûr, la première question qui vient à l’esprit est celle-ci : où sont passés les hommes ? Parce que, jusqu’ici, il faut encore être deux pour faire un enfant. Alors, où sont les pères ?

Ils sont morts parfois, mais c’est une situation très minoritaire dans ces familles. Beaucoup plus souvent, la solitude est le résultat des séparations, des divorces… Et puis il y a les rencontres aléatoires, des femmes qui enchaînent les compagnons d’un jour avec les maternités de toujours… Il y a celles, aussi, et elles sont nombreuses, dont l’époux est reparti au pays chercher une autre épouse. Ce sont elles qui quittent les banlieues avant le lever du jour pour enchaîner les ménages dans des bureaux « paysagés », laissant au cœur de la cité leurs gamins livrés à eux-mêmes avant de l’être aux grands-frères…

La Croix a rencontré quatre de ces femmes, toutes salariées entre 1.150 et 1.500 euros par mois. L’une est veuve, les autres séparées de leur compagnon. Leur drame et leur crainte, à toutes : ne pouvoir assurer l’avenir de leurs enfants. Si, conscientes, elles n’attendent pas que la manne tombe du ciel de l’État, elles aimeraient qu’on ne leur complique pas davantage la vie. Impossible, lorsqu’on est seul avec enfant, par exemple, d’obtenir un prêt bancaire ; impossible d’accepter une mutation quand on dépend de la proche solidarité familiale. Comme dit l’une d’elles, pourtant fonctionnaire dans l’Éducation nationale : « Nous vivons dans un système fait pour les couples avec deux salaires. Il existe de nombreuses discriminations contre les familles monoparentales, et les mères isolées, je n’en parle pas… »

Eh bien, parlons-en, justement ! Car les difficultés de ces mères seules avec leurs enfants ont été pratiquement balayées d’un revers de main au moment du débat sur l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes, couples de lesbiennes et femmes seules, qui en feraient la demande. Ceux (rares) qui ont soulevé la question ont été aussitôt renvoyés dans les cordes de l’obscurantisme réactionnaire, voire de l’homophobie. On s’apprête pourtant, au nom du nouveau « droit à l’enfant », à fabriquer en nombre de ces familles monoparentales.

Parvenue au comble de l’absurdité, notre société s’apprête ainsi à financer, via la Sécurité sociale, la naissance de milliers d’enfants dont l’avenir est compromis dès le berceau !

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