[VU D’ARGENTINE] Premier revers électoral pour Milei : un avertissement populaire

Les élections du 7 septembre envoient un premier mauvais signal avant les législatives prévues le 26 octobre.
Capture écran 21News
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Après vingt mois de mandat, Javier Milei vient d’essuyer son premier revers électoral, le dimanche 7 septembre dernier. L’onde de choc de cet événement peu prévisible n’est toujours pas éteinte : il aura un impact sur la politique argentine pour les mois à venir et accentue la pression avant les élections législatives prévues le 26 octobre prochain.

Un résultat difficilement extrapolable

La province de Buenos Aires est en effet le district le plus important du pays par sa superficie, mais surtout parce qu’elle regroupe 38 % de l’électorat. C’est traditionnellement le bastion (certains parlent de bunker) du péronisme. En fait, elle recouvre deux réalités bien différentes : la banlieue de Buenos Aires, qui est la plus peuplée, la plus industrialisée et aussi la plus pauvre, et le reste du territoire, qui regroupe une partie des meilleures terres du pays. Plus précisément 11.000.000 d’habitants s’entassent sur moins de 4.000 km2 de banlieue, tandis que les 6.000.000 restants occupent 300.000 km2 . Il est évident que les conditions économiques et sociales dans lesquelles vivent ces deux parties de la population sont tout à fait différentes, entraînant des résultats électoraux fort contrastés : les péronistes tiennent la banlieue et Milei la plus grande partie des autres territoires. Le reste de l’Argentine étant essentiellement rural, ce résultat n’est donc pas extrapolable pour l’élection générale du 26 octobre prochain.

Il est aussi très important de noter qu’il s’agit d’élections partielles anticipées par l’actuel gouverneur Axel Kicillof, qui prévoyait un score favorable à son parti dans l’espoir de peser sur les élections générales d’octobre. Pari pour le moment réussi. Cela dit, les enjeux institutionnels sont minces et concernent seulement les maires, les députés et les sénateurs provinciaux, qui n’ont guère d’importance dans la gestion générale du pays. En fait, Javier Milei et ses alliés, malgré leur échec global, bénéficient du fait d’être partis de très bas en 2023 : ils augmentent de 20 % leur nombre de sénateurs et députés dans la nouvelle assemblée, où ils resteront néanmoins minoritaires.

Des causes diverses

Comment en est-on arrivé là ? Les causes sont diverses. Tout d’abord, il ne s’agit pas d’un appui aux six ans de gestion de M. Kicillof. Celui-ci, situé à l’extrême gauche du parti péroniste (Milei l’a qualifié de « nain communiste »), a produit une administration désastreuse et entretient des rapports très tendus avec l’ancienne présidente. Cristina Kirchner, actuellement inéligible et sous bracelet électronique, ne l’a même pas félicité, le soir des élections ! Il est aussi en très mauvais termes avec les fameux barons du péronisme, plus tentés par la manne de la corruption que par la doxa marxiste.

Plus important, le 22 août dernier, a éclaté un scandale de prétendus pots-de-vins autour d’un organisme public, l’ANDIS, qui est censé gérer les achats de médicaments pour les personnes en situation de handicap. Javier Milei a réagi immédiatement en éjectant le directeur de l’agence, Diego Spagnuolo, mais celui-ci a donné des explications confuses en prétendant avoir été « shunté » par des fonctionnaires subalternes prétendument en contact avec l’entourage du président et plus particulièrement son influente sœur Karina Milei. Tout cela, dans un contexte très trouble d’écoutes téléphoniques. L'affaire est dans les mains de la Justice, apparemment sans le moindre début de preuve. À suivre.

Comme il fallait s’y attendre, à l’odeur du sang, la presse s’est précipitée, déversant des fleuves d’encre pendant plus de deux semaines sans retenue aucune. Pensez-vous ! Se faire de l’argent sur le dos des handicapés ! Il y a là de quoi écœurer les plus corrompus des péronistes, qui se sont mis à hurler à la mort ! En Argentine, aussi, la vengeance est un plat qui se mange froid et Javier Milei regrette peut-être les expressions fort peu aimables dont il a gratifié la profession journalistique.

À cela, il faut ajouter que, contrairement au reste du pays où la situation s’est considérablement améliorée, le climat d’insécurité est devenu très inquiétant, dans la banlieue de Buenos Aires. En effet, la police provinciale aux ordres d'Axel Kicillof tend à bloquer la police fédérale commandée par la très efficace Patricia Bullrich. Le « nain communiste » sait très bien faire endosser la responsabilité du désordre au chef de l’État. Le bon peuple libéré de l’inflation veut vivre en paix.

Il est encore trop tôt pour évaluer les effets de cet épisode. Comme toujours, le Fonds monétaire international renouvelle son appui à la politique en cours. L’inflation et les chiffres macroéconomiques sont sous contrôle, mais il est probable que Javier Milei se voie obligé d’appliquer un peu de cosmétique. Les prochains jours seront cruciaux pour la grande élection.

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Michel de Saizieu
Essec, vit en Argentine depuis 1973, CEO d’entreprises agricoles, ancien Conseiller du commerce extérieur de la France à Buenos Aires.

Vos commentaires

17 commentaires

  1. Javier Milei a opéré des miracles en un temps record : le taux d’inflation est passé de 211,4% en 2023 à 33,6% en août 2025 (probablement 20% pour 2025) et le budget est actuellement bénéficiaire.
    N’oublions pas que Carlos Menem (péroniste) avait réussi à atteindre un taux d’inflation de 20 263 % en mars 1990. Si ces guignols gauchistes révolutionnaires revenaient au pouvoir, l’Argentine serait bonne pour un nouveau massacre de l’économie et la pauvreté aurait alors VRAIMENT de beaux jours devant elle. Un peu comme si Mélenchon était élu chez nous…

  2. Le Péronisme, les Démocrates US, nos socialo-communistes, mêmes combats. Prêts à tout pour garder ou reprendre le pouvoir après avoir fait tous les dégâts possibles…

  3. Milei a obtenu indéniablement des résultats économiques (réduction de l’inflation, du déficit, de la dette, redressement de la monnaie). Mais à quel prix pour les couches populaires et moyennes ! Taux de pauvreté inédit, réductions drastiques des aides d’état aux plus défavorisés etc…. . Ce résultat n’est donc pas très surprenant.
    Mais ce qui m’épate le plus, c’est qu’ici la droite (RN) est vent debout contre les mesures de Bayrou, pourtant bien moins sévères que celles de Milei, mais admirent le même Milei. Allez comprendre !

  4. Tout le monde comprend bien que ce que certains appellent populisme et complotisme c’est l’amour de la patrie, la valeur du travail, la sécurité et la récompense de l’effort.

  5. L’international communiste n’a pas dit son dernier mot et prouve que la gauche, quelle qu’elle soit, n’en a rien à faire du peuple.

  6. Attention , la gauche contre attaque probablement aidée par l’état profond yankee (démocrates, gauchistes ,CIA, etc.)
    Il faudrait que Milei nettoie ce pot avant qu’il ne déborde.

  7. Ces résultats sont encourageants et montrent que tous les Argentins ne veulent pas sombrer dans le populisme et le complotisme.
    La Démocratie a sans doute encore de beaux jours devant elle.

  8. Tout comme en France où les pseudos « zélites » de la bobo sphère entassée à Paris, en Argentine, les zozos argentins veulent régenter la « paysannerie » …
    RIEN de neuf ! … Les « mondialistes » vont œuvrer pour leurs intérêts et les « locaux » seront une nouvelle fois méprisés, maitrisés voire réprimés ! …

  9. En Amérique du Sud, les forces du coup d’état sont toujours en marche. Le principe de base est de trouver une assise populaire, devant qui on discrédite l’homme au pouvoir. Autrefois, un excellent film avec François Périer, la Spirale, concernait le Chili On ne le revoit plus, hélas.

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