[UNE PROF EN FRANCE] Le Chêne et le Roseau

Je parle de la grande danse de la carpette que nos directeurs font devant quelques parents revendicatifs.
Capture d'écran YouTube
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Allez, voilà, le cirque commence.
Je ne parle pas de la formation du gouvernement. Je ne parle pas des errances de notre diplomatie. Non. À ma toute petite échelle de petit professeur du petit collège d’une petite ville de province, je parle de la grande danse de la carpette que nos directeurs font devant quelques parents revendicatifs.

 

« Un parent d'élève qui m'informe que vous tiendriez des propos totalement proscrits »

J’ai en effet trouvé vendredi, dans ma boîte professionnelle, un petit mot de mon principal. Je vous le livre tel quel : « J'ai reçu un message de la part d'un parent d'élève qui m'informe que vous tiendriez des propos totalement proscrits dans le cadre d'un représentant de l'État et indigne de la part d'un enseignant de la fonction publique.
Aussi, je souhaiterais évoquer cette situation avec vous pour avoir votre version sur ces allégations.
Je vous demande de vous présenter à mon bureau le lundi 13 octobre à 10h00 à mon bureau. »

Bien évidemment je suis fort agacée.

La première chose qui m’agace est qu’un petit homme incapable d’écrire trois phrases en français correct et devant mettre une phrase en gras pour renforcer le ton comminatoire de son propos soit mon supérieur hiérarchique et ait de l’autorité sur moi. Je ne suis pas naïve au point d’imaginer que la supériorité hiérarchique, dans quelque structure que ce soit, soit corrélée à un quelconque surplus de compétences, mais les claques répétées que nous donne le réel pour nous rappeler son existence et ses dysfonctionnements sont toujours pénibles.

La deuxième chose qui m’agace est que la parole des parents diffamants soit reçue telle quelle par la direction et qu’on nous demande systématiquement, à nous, de nous justifier, comme si en 25 ans de carrière dans l’Éducation nationale nous n’avions pas une conscience assez précise de ce que l’on peut dire en classe et de ce que l’on doit éviter de dire. Chacun d’entre nous, qu’il adhère à la doxa dominante ou non, pourrait contribuer à un dictionnaire « français réel - langage de prof », rempli de bienveillance, d’euphémismes et d’autocensure. C’est le manuel de survie de base.

La troisième chose qui m’agace est que je vais devoir passer devant le tribunal du Politbüro en plein milieu de six heures de cours avec ces petits chéris-bibis, avec lesquels je devrai rester souriante et rassurante alors même que l’un d’eux a fabriqué le psychodrame dans lequel mon directeur et son adjointe se sont enferrés.

 

Aveuglement et hypocrisie de l'institution

Je me demande quand même comment on peut s’aveugler au point de penser que nos élèves soient en mesure de rapporter de façon fiable les propos d’un professeur… Eux qui ne savent absolument pas qui est Molière (2 réponses sur 20 à cette question, lors du contrôle) alors que nous en parlons depuis un mois et demi ; eux qui, après six semaines passées sur l’Odyssée, écrivent : « Ulyse est très intiligent. Ulyse est aimet par beaucoup de gens. Ulysse est doux est au combat », « Les caractéristique peut être comme : imense, plusieurs ou un seul oeil ou monbre de corp », « Les Muses sont instrument de guerres », « Le cyclope ai monstrueux à son visage et moralment aussi », et donc, en résumé, le Cyclope est « cruelle il na 1 neille ».

Un de ces élèves a considéré des propos que j’aurais tenus en classe, dont il a évidemment perçu non seulement le sens, mais aussi les nuances, l’intention et la portée, comme « indignes d’un représentant de la fonction publique », et notre directeur me convoque illico presto… Cela ressemble à une farce. Est-ce celui qui a dit, la semaine dernière, à sa voisine « ferme ta chatte » ou celui qui a proposé à ma collègue d’espagnol, en début de semaine, de « la lui mettre dans la bouche » ?

N’avions-nous pas entendu nos ministres - je ne sais plus lesquels, tant la valse est rapide - répéter inlassablement leur soutien indéfectible aux enseignants et redire à quel point la nation leur faisait confiance et était derrière eux ?

Picture of Virginie Fontcalel
Virginie Fontcalel
Professeur de Lettres

Vos commentaires

60 commentaires

  1. Votre hiérarchie semble de qualité rare ! L’expression de la confiture donnée aux cochons prend ici tout son sens

  2. Le mode de fonctionnement de l’éducation nationale est à l’image du mode de fonctionnement de l’État à une différence près, les ministres défilent mais le président reste. Celui dont le rôle est de définir le cap se défile, et laisse des premiers ministres se dépêtrer dans le marigot politicard et personne n’écoute le peuple, pas leurs élus aux égos démesurés englués dans des querelles stériles , le vrai peuple, celui qui travaille pour permettre à ce petit monde de s’empoigner tout en profitant d’avantages incongrus en période d e disette.

  3. Pour votre collègue à qui on a dit« la lui mettre dans la bouche » c’est une menace de viol. Cela relève du pénal…
    Il dépasse les bornes, cet élève…

  4. Les courtes citations issues des « travaux » de vos élèves me font penser à des enfants mentalement déficients tant le niveau est proche de rien du tout. Ils ont fait quoi pendant tant d’années dans le milieu scolaire ?
    Et vu le pognon de dingue que cela coûte, c’est révoltant. Et ces enfants seront les 90% à avoir le Bac…

  5. De telles attitudes devraient entraîner une attaque frontale de tous vos collègues pour qu’enfin la hiérarchie respecte ses subordonnés. Mais, je suppose, que dans votre établissement comme dans nombre de services, chacun joue à la politique de l’autruche. En fait, tant que l’unanimité condamnant l’illogisme ne reviendra pas, les petits chefs seront gagnants. Toute ma compassion, madame Fontcalel et puisse l’ensemble des agents comprendre qu’ils sont responsables de la « chienlit ».

  6. De grâce, quittez ce vaste panier de crabes.
    Il est encore temps pour vous de donner des cours particuliers aux élèves qui en ont le plus besoin et de sauver ainsi, comme vous le relatiez précédemment quelques éléments qui le souhaitent.
    De nombreux professeurs ont quitté ce navire de l’E.N. avant qu’il ne fasse naufrage définitivement.
    Précédemment, je vous avais conseillé de rejoindre des établissements scolaires privés hors contrat avant qu’ils ne soient touchés à leur tour.

  7. Que leqs parents restent a leur place, et s’occupent de leurs enfants , au lieu de les laisser trainer dans la rue. L’école est la pour enseigner des connaissances , et ils n’ont pas les compétences pour juger si le prof fait bien son travail, il y a des inspecteurs pour cela . Que chacun joue son rôle , et les vaches seront bien gardées….

  8. Chère Madame, ayant déjà eu l’occasion de partager avec vous votre dégoût pour cette petite hiérarchie, sur BV, je vous présente à nouveau ma sympathie…et « tirez vous de là »

  9. Au-delà de cet article qui relate très bien la situation où se trouvent empêtrés nos enseignants avec un des plus mauvais employeurs en France qu’est l’Education Nationale, je souffre de voir massacrer notre si belle langue. Non seulement, on ne sait plus l’écrire convenablement mais on n’en comprend même plus l’esprit. Comment voulez-vous progresser si les termes utilisés par votre interlocuteur vous échappent ? Tout cela n’augure rien de bon pour la suite car l’indigence culturelle mène souvent à la violence. A défaut de mots, on fabrique des maux et l’exemple décrit par Mme Fontcalel en est la preuve de toute évidence.

  10. L’education nationale c’est comme la sncf ou les prisons,il faudrait la confier au prive..ça deviendrait utile…

  11. Cela ne m’étonne pas du tout, je faisais des cours de gestion et quelques conférences à des chefs d’entreprise débutants dans une administration, tous ne parlaient pas la langue de Molière et certains encore moins le français, et je le faisais bénévolement pour respecter les règles déontologiques de mon ordre professionnel, les plaintes étaient nombreuses parce que j’aurais dit ceci ou cela, souvent sorti de son contexte ou imaginaire, j’ai fini par me faire virer, mais on ne m’a jamais demandé de m’expliquer sur des propos que j’aurai tenus, on m’a juste dit un jour que je n’étais plus planifié lorsque j’ai téléphoné pour avoir le planning que je n’avais pas reçu. Enfin de bons amis que ma présence gênait se sont chargés de m’en expliquer la raison.

  12. L’éducation nationale, pour sa majorité, a fabriqué l’avenir de notre jeunesse et de notre pays, depuis 1981. Maintenant, c’est le retour de baton. Tant pis, mais c’était prévisible à long terme. Et le pire, c’est que celà continue de plus belle. Bon courage.

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