[UNE PROF EN FRANCE] Cahier de vacances : rituel commercial plus que pédagogique
Chaque été, le rituel revient, imperturbable : dans les rayons des librairies et grandes surfaces trônent fièrement les cahiers de vacances, promesse d’un été studieux, d’une remise à niveau salvatrice, d’une lutte contre la fameuse « déperdition des savoirs ». À voir les couvertures colorées et les promesses affichées, on pourrait croire que le cahier de vacances est la panacée pour éviter le traditionnel sable mouvant intellectuel des deux mois d’été.
Un espoir illusoire ?
Mais derrière cette belle image se cache une vérité plus rugueuse. Le cahier de vacances, tel qu’il est vendu et vécu, donne un espoir illusoire : celui de pouvoir entretenir, voire rattraper, une année scolaire entière en quelques jours, parfois en quelques semaines.
Rappelez vos souvenirs, d’enfant ou de parent… Le cahier acheté avec bonne volonté en juin ou début juillet est posé fièrement sur la table du salon. On laisse quelques jours de pause puis on ouvre le cahier et on se donne des objectifs : tant de pages, ou de minutes, par jour. Quelques pages sont remplies, on croit un moment que le miracle va se produire. Puis, au fil des jours, le cahier tombe dans l’oubli, relégué au fond d’un sac, oublié sur une étagère. À la rentrée, la réalité s’impose : il n’a pas servi à grand-chose, il n’est complété qu’à 20 %, il n’a pas réussi à rendre le travail désirable à l’enfant ni la supervision pédagogique agréable aux parents.
Alors, pourquoi le rachète-t-on l’année suivante ? Car on le rachète, n’est-ce pas ? Il s’en écoule, en France, 4,5 millions d’exemplaires chaque année, pour un chiffre d’affaires de près de 30 millions d’euros. Notre mauvaise conscience est une manne, pour les éditeurs !
Ce phénomène est la preuve d’un hiatus profond entre la durée des vacances et les exigences scolaires. Deux mois de rupture totale, c’est beaucoup, pour un enfant. Le cerveau se déconnecte, les repères s’effacent, les automatismes s’étiolent. Et aucun cahier, aussi bien conçu soit-il, ne peut remplacer la continuité d’un enseignement régulier et adapté - à moins que les parents ne prennent vraiment le relais, avec rigueur, exigence et constance.
Intérêt psychologique plus que pédagogique
Le rôle du cahier de vacances est donc d’abord psychologique, plus que pédagogique : il rassure les parents, leur donne le sentiment d’avoir agi, d’avoir préparé le terrain pour la rentrée, alors que les vacances devraient justement être le temps d’un autre modèle, d’un mode d’apprentissage différent.
Le succès du cahier de vacances nous dit-il que les familles n’ont pas confiance dans leur capacité à former et à transmettre des contenus culturels et intellectuels, et qu’elles ont besoin pour se rassurer de ce succédané d’école, de cet ersatz de salle de classe, de ce petit rappel scolaire ?
Cette coupure offerte aux élèves par tous les pays du monde - dans une proportion plus ou moins généreuse, allant de cinq semaines (Japon) à plus de trois mois (Italie) - peut être mise à profit à la fois pour renforcer les liens familiaux, développer des qualités humaines chez l’enfant par de multiples activités d’entraide et de service, enrichir sa culture et diversifier ses compétences (sport, activités manuelles ou artistiques…). Mais pour cela, il faut que les parents aient du temps, ou qu’ils aient une famille unie autour d’eux, ou encore qu’ils aient les moyens de déléguer à des structures professionnelles.
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32 commentaires
CAHIER DE VACANCES
Au passage signalons que le livre de coloriage pour enfants « From the river to the sea », en plus de prôner une idéologie répugnante à des esprits non encore formés, met en avant un titre en anglais.
DE LA SOUVERAINETÉ ARTICLE 2. La langue de la République est le français.
Pour cette seule raison ce livre n’aurait pas du paraître.
Anecdotique, mais le diable est dans les détails.
Absolument !
Nous l’avons bien connu ce cahier de vacances, c’était le matin et obligatoire sinon pas de plage !!!
C’était sympa , ils étaient bien faits en plus, côté ludique
Ma mère m’a acheté une seule fois un cahier de vacances. Elle n’a jamais recommencé. La raison en est simple, je l’avais fini en deux jours. Elle croyait pouvoir m’occuper pendant les vacances, mais moi j’avais d’autres plans. Aller à la plage, me promener dans les petits chemins à vélo. Bref, profiter de mes vacances. Et comme à l’époque, il n’y avait ni ordinateur, ni téléphone portable, mes parents étaient contents de me voir profiter du grand air.
Ah ah un petit malin !!!
Nous recevons un petit fils qualifié de légèrement hyperactif (c’est à dire vraiment chi-ant en bon français). Sa maman soupçonnant un HPI a entrepris de lui faire faire des devoirs de vacances : une page par jour…
Parenthèses gâchées, dans les vacances de l’enfant et de tout le reste de la famille !
années 60: je n’ai JAMAIS eu de devoirs de vacances, ni cahier: mon père disait que l’école, c’est fait pour travailler, les vacances, pour apprendre autre chose en jouant (sans jouet, à nous de les inventer). Je plaignais mes amis de mon âge (enfants de profs, ou d’instituteurs) coincés avec leurs cahiers. Au total, ils n’ont pas été meilleurs que moi, mais moins joyeux. Mais à l’époque, nous pouvions partir à vélo sur les petites routes, jouer dans les bois, il n’y avait rien à craindre.
Je suis contre les cahiers de vacances ..que les parents suivent attentivement les résultats scolaires toute l,année et avec parfois sévérité ..les résultats..et participent chaque jour aux devoirs ..cela fonctionne bien et ainsi on laisse la paix aux enfants ,.c’est mon avis de mère et grand -mere .
j’ai reçu ma petite fille (4 ans et demi) et ses parents , qui habitent à l’étranger (où les vacances scolaires d’été ne durent qu’un mois!).
Les parents voulaient que je lui achète des Choupi en vacances, afin qu’elle s’amuse en français.
j’en ai acheté deux différents mais pour un âge supérieur. (5 ans et pus).
Elle s’est beaucoup amusée et a apprécié que ses parents s’amusent avec elle , en remplissant ce livre en français.
Voyant sa joie, je trouve que ces cahiers de vacances sont intéressants
La mamie que je suis a autre chose à faire avec ses petits enfants que des cahiers de vacances, jeux de société ludiques, balades, spectacle, raquettes, lecture..et dans la vie quotidienne on lit les menus du resto ou les affiches, on rend la monnaie au commerçant etc ..
idem – et c’est d’un grand intérêt car on démontre toute la journée à quoi sert, dans la vie, ce qu’on apprend à l’école, en application directe
A notre époque dans les années 60 je n’ai jamais utilisé de « cahier de vacances ».
Pour ma sœur et moi, nous partions en colonies de vacances.
Cela nous faisait le plus grand bien.
Il est vrai que nous avions d’excellents instituteurs qui nous prodiguaient un enseignement de très grande qualité et très approfondi dans toute les matières.
Ces instituteurs d’exception excellaient, en effet, dans toutes les matières.
Une autre époque, hélas, révolue à tout jamais.
J’ai l’impression, qu’actuellement, les instituteurs ou plus exactement, les « professeurs des écoles » ne maîtrisent pas suffisamment l’ensemble des matières et commettent des fautes que les élèves ne peuvent dénoncer.
Quand on pense que les futurs enseignants sont les bacheliers d’aujourd’hui, cela me rend malade.
Cela est bien entendu voulu et imposé pour engendrer une génération de crétins.
Contrairement à votre précédent article, je peux vous affirmer, haut et fort, que nous avons eu, ma compagne et moi d’excellents INSTITUTEURS brillants dans toutes les matières sans exception.
Ce fut une autre époque, révolue, hélas !
Je devais être anormal (et le suis peut-être resté ), mais j’adorais mes cahiers de vacances (c’était au début des années 60) et mettais un point d’honneur à les terminer. J’ai même gagné un album du Journal de Mickey une année en l’envoyant terminé à l’éditeur. On ne peut pas dire qu’une famille unie m’aidait dans cette entreprise : ma mère m’élevait seul et travaillait à domicile. Elle n’avait donc pas le temps de m’aider.
Mes enfants pendant les vacances avaient une liste de lecture, et une mère travaillant en pédo psychiatrie qui suivait le cheminement scolaire de ses enfants, les choses sans cahier de vacances ne se sont pas trop mal passées pour mes « garnements ».
Pédo -psy , ou psycho-rigide ? Spécialiste en ouverture et recollage d’enveloppes, aussi.. Et en classes prépa aussi, le « cheminement », hors et lassée de la musique française impressioniste ? Vous m’en direz tant, z’élite !
Qu’on laisse les enfants tranquilles pendant les vacances! Leurs parents accepteraient-ils de travailler pendant leurs congés? D’autant qu’on ne peut pas rattraper une année scolaire en deux mois. Il faut une coupure! Sinon les enfants arriveront déjà fatigués à la rentrée.
Il ne sont pas fatigués en arrivant aux vacances et ce n’est pas le programme éducatif officiel qui les fatiguera beaucoup.
Suivant les marques, c’est plus un amusement que du travail. je l’ai vu avec ma petite fille.
Mes petits enfants ont tous leur cahier de vacances. Ayant assisté mes petits enfants pendant quelques jours afin qu’ils se plient à des exercices visant à entretenir leurs connaissances, j’ai pu constater que certains exercices avaient des solutions erronées, notamment, des conjugaisons où l’on confondait le présent, avec le passé composé. De quoi désorienter les enfants, si les parents ne se rendent pas compte des erreurs véhiculées par ces fameux cahiers.
Il faut bien que les parents se substituer le temps des vacances à l’incompétence des professeurs et des programmes
Peut-être. Mais qui rédige ces cahiers de vacances selon vous ?…
Oui : les intitulés sont parfois bizarres..
Perso, je n’ai pas souvenir d’avoir fait des cahiers de vacances (mieux à faire, avec une enfance pas monotone du tout) ni même d’en avoir infligé à mes enfants (ingénieurs).
Excellente analyse. Ces cahiers viennent en fait masquer le caractère hautement dysfonctionnel de nombreuses familles.