Une œuvre de David spoliée par les nazis réapparaît au château de Versailles
À l’ombre des galeries du château de Versailles, où la glorieuse Histoire de France semble immuable, certains objets sont pourtant les victimes de crimes irréparés. Parmi eux, un carnet de dessins attribué à Jacques-Louis David, longtemps conservé sans que son passé ne soit pleinement connu, a récemment révélé une histoire profondément marquée par les spoliations nazies. Cette découverte met ainsi en lumière à la fois le destin d’une œuvre confisquée pendant l’Occupation et la volonté affirmée aujourd’hui des institutions patrimoniales de faire la lumière sur les zones d’ombre de leurs collections et de réparer, autant que possible, les injustices du passé.
Une découverte inattendue
Au cœur des réserves et des collections du château de Versailles, un carnet de croquis de Jacques-Louis David, grande figure du néoclassicisme français, a été formellement identifié comme une œuvre spoliée, près de 80 ans après sa disparition pendant la Seconde Guerre mondiale. Datant de la Révolution française, ce carnet n’était pas simplement un document parmi d’autres. En effet, il constitue un témoignage rare du travail préparatoire de l’artiste, puisqu’il comporte des esquisses du célèbre tableau inachevé Le Serment du Jeu de paume, représentation emblématique des débuts de la Révolution, montrant les députés du tiers état, rejoints par certains membres du clergé et de la noblesse, jurant de ne pas se séparer avant d’avoir donné une Constitution à la France.

Jacques-Louis_David, Serment du Jeu de_paume
Avant l’Occupation, ce carnet appartenait alors à un collectionneur privé français. Cependant, il a été confisqué par les autorités nazies dans le cadre des politiques de spoliation mises en œuvre sur le territoire occupé. Ces confiscations ne relevaient pas d’actes isolés mais bien d’un système organisé visant à saisir des œuvres d’art, le contenu de bibliothèques et d'archives familiales, en particulier celles appartenant à des familles juives, pour les redistribuer ou les commercialiser au profit du IIIe Reich et de ses dignitaires.
Grâce à des recherches, le parcours du carnet a pu être partiellement reconstitué. Ainsi, après sa spoliation, il aurait transité par une galerie à Munich en 1943, avant de réapparaître en France après la guerre où, en 1951, il est acquis par le château de Versailles. À cette époque, les procédures de vérification de provenance des biens culturels restent lacunaires. Le carnet entre ainsi dans les collections nationales sans que son histoire antérieure ne soit clairement établie ni remise en question pendant plusieurs décennies.
L’appel à la famille spoliée
À la suite d’un travail récent de recherche de provenance, révélé par la cellule investigation de Radio France, le château de Versailles a reconnu officiellement le caractère spolié de l’œuvre et a lancé un appel public afin de retrouver les ayants droit du propriétaire d’origine. Cet appel marque ainsi une étape essentielle, car il vise non seulement à identifier une famille spoliée, mais aussi à ouvrir un nouveau chapitre de l'histoire du carnet.
Le château de Versailles et le ministère de la Culture ont expliqué officiellement que la présence du carnet dans les collections n’était pas liée à une volonté délibérée de dissimulation mais plutôt à une méconnaissance des conditions de son acquisition à une époque où les recherches de provenance n’étaient pas systématiques. Aujourd’hui, cette démarche s’inscrit dans un mouvement plus large de reconnaissance et de réparation, engagé par de nombreux musées français confrontés à l’héritage des spoliations nazies.
Vers un bicentenaire empreint de sens
L’année 2025 marque également le bicentenaire de la mort de Jacques-Louis David, disparu en 1825. À cette occasion, les institutions culturelles françaises ont prévu de nombreux hommages à l’œuvre du peintre, dont les tableaux et dessins majeurs sont conservés notamment au musée du Louvre.
La révélation de ce carnet spolié confère à cette commémoration une dimension supplémentaire en mettant en lumière le fait que l’histoire de l’art est indissociable de l’histoire politique et sociale de l’Europe. Ce carnet, à la fois outil de création et objet de mémoire, incarne ainsi désormais une double temporalité : celle de la Révolution française, qui a guidé l'inspiration de David, et celle du XXe siècle, marqué par les violences des spoliations opérées par l'Allemagne nazie.
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12 commentaires
dessins »conservés au Musée du Louvre » ? je m’inquiète (à moins que ce soit dans la nouvelle cuisine de Mme Des Cars)
Un tableau représentant des Aryens qui lèvent le bras.
Pas étonnant que les ’’Cousins Germains’’ aient voulu récupérer le tableau pour mettre dans leur salon.
J ai fait le travail de recherche et provenance ; cet article pour utiliser un euphémisme, m’agace. Le travail vient donc de la famille volee : j ai eu au tel le directeur du musee de versailles a la suite de la publication par le huffpost puis le parisien indiquant que versailles lancait un appel a la famille ; il m a indique que le musee n avait rien fait de tel, a ma demande qu ils publient une depeche afp avec un dementi, il m a indiqué que ce serait vain et ne serait pas entendu ; plus les articles sont repris par les médias, plus l information est déformée, l article est en soi bien fait mais publie des informations inexactes. Joseph B.
Le Louvre on ne lit pas les rapports sur la sécurité. Versailles on ne lit pas la demande de controle sur lesorigines douteuses des œuvres. Le parallèle, les 2 durecteurs sont nommés par Macron.. et tant qu’ils ne se passent rien…
Sur le tableau : le député qui reste assis et ne participe pas au vote « unanime » (malgré diverses menaces, faut-il le préciser) : Joseph Martin-Dauch, député de l’Aude (Castelnaudary). Le fameux carnet préparatoire avait été volé par l’occupant au professeur et collectionneur Lereboullet dans sa propriété du Morvan en 1940 par des soldats « indélicats » : le moins que l’on puisse observer est la « légèreté » du château de Versailles et des instances culturelles dirigeantes quant au sérieux de leurs acquisitions…
Par les temps qui courent, revendiquer ce carnet comme ayant été la propriété de sa famille, même si on déclare le léguer à Versailles, c’est se mettre une étiquette « juif issu d’une famille riche »… qui prendra ce risque ?
Je n’ai pas compris qui a lancé le travail de recherche de provenance. Apparemment ce ne sont pas les ayants droit, puisque maintenant ces derniers soit recherchés. Espérons que cela ne cause d’ennuis finalement à personne. Ça ne va pas être évident de trouver le compte bancaire d’un coupable nazi pour lui faire payer les réparations.
Ben voyns! Méconnaissance des origines. Elle est bien bonne celle-là. Pour vérifier l’originalité d’une oeuvre d’art, pas de problème. On a les moyens. Pour voir son origine, il paraît que l’on ne savait pas faire. Et tout est comme çà en France.
Aujourd’hui les vols et destructions vont bon train et sans le 3ème Reich . Les églises et cathédrales brulent et le Louvre est cambriolé avec un monte charges en plein jour ! Macron vend notre industrie à la découpe , tue notre agriculture , laisse l’insécurité s’installer etc. Plus lent mais aussi ravageur que le 3ème Reich …
Les nazis ont un dos bien plus large que celui des allemands ,sableux , fridolins boches et autres Vert de gris
Jacques Louis David , peintre de grand talent , mais régicide
Il serait trés intéressant d’élargir ce « devoir de mémoire » à d’autres domaines !………