Un sous-marin français ressurgit des profondeurs après 83 ans d’oubli

Disparu en 1942 au large de Cadix après la bataille de Casablanca, le sous-marin n’avait jamais été localisé.
Auteur inconnuAuteur inconnu (Domaine public or Domaine public), via Wikimedia Commons
Auteur inconnuAuteur inconnu (Domaine public or Domaine public), via Wikimedia Commons

Au large de Cadix, en Espagne, l’épave du sous-marin français Le Tonnant, disparu dans les abysses de l'Atlantique depuis le 15 novembre 1942, a été retrouvée le 17 novembre 2025, après plus de 83 ans d’oubli dans les fonds marins. Cette découverte archéologique et historique exceptionnelle, relayée par Le Télégramme, vient couronner des années de recherches minutieuses menées par une équipe de chercheurs franco-espagnole, qui a su croiser archives militaires, témoignages historiques et technologies modernes pour localiser ce vestige emblématique de la flotte française et véritable témoin des affres de la Seconde Guerre mondiale.

De la construction à la disparition

Mis en chantier en 1931 et lancé en 1934, Le Tonnant était un sous-marin français de la série M-6, construit aux Forges et Chantiers de la Méditerranée, à La Seyne-sur-Mer. Long de 92 mètres, armé de tubes lance-torpilles et d’un canon de 100 mm, il était conçu pour des missions de grande patrouille océanique et avait déjà été présent sur plusieurs théâtres d’opérations avant la guerre.

En novembre 1942, dans le contexte de l’opération Torch (débarquement allié en Afrique française du Nord), une partie importante de la flotte française placée sous l’autorité du régime de Vichy se trouve alors à Casablanca. À la suite d’une attaque aérienne américaine contre le port, Le Tonnant perd son commandant, le capitaine de corvette Maurice Paumier. Endommagé, le sous-marin plonge alors dans la précipitation afin d’échapper aux bombardements alliés. Avec un équipage réduit de moitié, l’autre partie n’ayant pu rejoindre le bord avant l’attaque, Le Tonnant tente de rallier Toulon, en passant par l’Espagne neutre, dans l’espoir d’échapper à la capture ou à la destruction.

Arrivé devant Cadix le 14 novembre, le lieutenant de vaisseau Corre, constatant les importantes fuites de carburant et la forte gîte dont souffre son bâtiment, estime que le sous-marin ne pourra jamais rejoindre Toulon, malgré les ordres qui lui ont été donnés. Le 15 novembre, il prend alors la décision d’évacuer l’équipage et de saborder volontairement Le Tonnant, qui sombre définitivement dans les flots de l'Atlantique.

En quête de l’épave

Pendant 83 ans, la position exacte du Tonnant demeure alors un mystère. Sans localisation précise, l’épave reste enfouie dans les sédiments marins, à des profondeurs inaccessibles aux hommes sans l’aide de la technologie moderne. Ce sont alors les efforts conjoints de l’Université de Bretagne Occidentale (UBO) et de l’université de Cadix, sous la direction du professeur Erwan L’Her, qui permettent de relancer méthodiquement les recherches. La clef de l’énigme réside dans la consultation des journaux de bord du commandant, retrouvés auprès de ses descendants, permettant alors de réduire considérablement la zone de recherche.

 

 

L’utilisation d’un sondeur multifaisceau, embarqué à bord du navire océanographique de l’université de Cadix, permet ainsi de cartographier le fond marin avec une grande précision. Malgré la turbidité des eaux de l’estuaire du Guadalquivir et des conditions de plongée difficiles, les scientifiques parviennent à réaliser plusieurs clichés exploitables permettant de confirmer la taille, la silhouette et l’identité du sous-marin avec un degré de certitude élevé.

Vestiges des drames de l’Histoire

La localisation de l’épave du Tonnant ne constitue pas alors seulement un exploit technique. Elle permet de retrouver un témoignage tangible de l’engagement des marins français pendant la Seconde Guerre mondiale, contraints de servir sous les ordres du régime de Vichy et de subir le feu des Alliés. Cette découverte offre une occasion unique de mieux comprendre les circonstances précises de son sabordage tout en permettant de rendre hommage à l’équipage qui dut abandonner son bâtiment en pleine guerre.

Elle ouvre également la voie à de nouvelles pistes de recherche pour retrouver les épaves d’autres sous-marins français, eux aussi disparus en 1942, comme Le Conquérant ou le Sidi-Ferruch. À la différence du sabordage du Tonnant, qui n’entraîna aucune perte humaine, ces deux bâtiments sombrèrent avec près de 110 âmes à leur bord, rappelant avec force que certaines épaves sont des tombeaux, des vestiges des drames de l’Histoire.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

28 commentaires

  1. J’étais à Mers el kébir,j’étais très jeune (3 ans) mais je me souviendrais toujours d’un bateau le « Dunkerque » gitant et les marins se jetant à l’eau.

  2. Nous n’en sortirons donc jamais ! Sommes nous incapables de comprendre le sens du mot tragédie ? La dialectique Londres Vichy. C’est ça. (relire le récent article sur Saint Ex). Créon et Antigone. Avec en plus les tours et les hasards de la guerre et les évolutions imprévisibles des hommes et des situations. J’invite tous les commentateurs de cet article à lire et à relire l’allocution du Général De Gaulle prononcée le 08 juillet 1940 sur les ondes de la BBC après la tragédie de Mers el Kébir qui est une des clefs principales de la compréhension de la guerre.  » Cette douleur, cette colère viennent du plus profond de nous-même. Il n’y a aucune raison de composer avec elle. » …. »m’adressant aux Français, je leur demande de considérer le fond des choses du seul point de vue qui doivent, finalement, compter, c’est-à-dire du point de vue de la victoire et de la délivrance. » Finalement ! Dur dur !

  3. Moi simple abonné de BV , je voudrait juste saluer le courage et la compétence technique de ces plongeurs . Certes sûrement très expérimentés , mais en voyant le matériel qu’ils portent , la visibilité dans l’eau et la température de celle-ci , je suis tout bonnement admiratif . Ce sont de vrais passionnés de notre histoire militaire . J’espère de tout cœur que leur recherche a été couronnée de succès . Parler du passé, c’est bien mais n’oublions pas ceux qui agissent aujourd’hui pour sa compréhension !

  4. J’ai connu un Corre pendant mon service militaire sur la BAN Saint Raphaël en 1977, et il était ancien sous marinier, à l’époque si j’ai bon souvenir, il était maître, peut-être un parent ?en tout cas un excellent souvenir

  5. Génial enfin un logement pour Monsieur Macron et sa famille et ne reste plus qu’à les oublier pour le même nombre d’année dans les fonds de l’océan.

  6. Ne jamais oublier que nos cher alliés Anglais et Américains ont fait plus de morts civils que les allemands en 1944 des villes comme ST LO, CAEN,ROUEN et leurs agglos des milliers de morts civils.

  7. N’oublions pas que les ordres de Vichy était de saborder la Flotte plutôt que de la voir tomber aux mains des Allemands.
    Ensuite, on ne peut pas dire que les marins étaient contraints de servir sous les ordres de Vichy, ou si contrainte il y avait, elle avait été provoquée par Churchill et l’attaque de Merx El Kebir où olus de 1200 marins sont morts sous les bombes anglaises. Mon père, jeune lieutenant de vaisseau, qui a vécu cet enfert, comme beaucoup de ses camarades, ne portait ni De Gaulle (qui n’a pas condamné cette attaque), ni le anglais dans son coeur.

    • Mers el Kébir : 3 juillet. Régime de Vichy : à partir du 10 juillet. Certes c’est Pétain qui est Président du Conseil du gouvernement de Bordeaux. Et Darlan, avait donné l’ordre à tous ses états-majors, le 24 juin 1940, de saborder leurs bâtiments si les Allemands essayaient de s’en emparer. Mais les Anglais n’en avait pas été informés. On est ici dans l’application des clauses de l’armistice du 22 juin. De fait on se situe dans la problématique (et mes les controverses) posée par cet armistice et de ses contradictions en regard des engagements souscrits envers les Anglais. Problématique et Contradictions impossibles à détailler ici.
      Mon père, pied noir remobilisé en novembre 42, (Tunisie, Italie, Corse, Provence, Alpes, Alsace, Rhin et Danube), comme nombre de ses camarades ne rejoignit pas Londres après l’affaire de Mers el Kébir.

  8. comme souvent ns ((alliés)) ont fait plus de mal que les ennemis ils bombarder a 10’000 m pour éviter des pertes de leurs coté

    • Oh, je pense que les bombardements de nos « alliés » (sic!) sur nombre de villes françaises n’étaient surement pas faits pour éviter des pertes de leur côté, vu qu’il n’y avait plus d’allemands dans les dites villes. Le mot d’ordre des français habitants ces villes était = « si vous entendez des avions regardez . Si ce sont des avions alliés, allez tout de suite dans les abris ». Ce mot d’ordre a permis à une partie de ma famille de ne pas mourir sous les bombes (et d’avoir ensuite un appartement neuf, quelques années après )

      • Je confirme, mes Parents a St Brieuc ont connu ce type de bombardement des Americains. Pour détruire le dépôt SNCF, c’est la ville qui a été touchée et le dépôt intact. Les allemands s’y prenaient d une autre façon, ils faisaient sauter les locomotives directement dans le depot. Mon père en était le chef du dépôt…

  9. Merci Tureverbere,

    J’allais faire la mème remarque su Cadix/z.

    Une autre, Pas les « forges et chantiers de l’atlantique », Lire les « Forges et chantiers de la méditerranée ».
    Article Fort interessant, mais avec une faute géographique, qui saute aux yeux, l’autre tient plus du détail.
    Allez donc vous baigner à Cadix/z et à Marbella, vous sentirez la différence de T° de l’eau, 5°C !

    Rappel, Cadix/z Atlantique, embouchure d’un fleuve, Le Guadalquivir, assez pollué par ailleurs, et Marbella ( belle mer en français), méditerranée, un peu polluée, surtout de mai à octobre.

  10. On ne peut pas laisser ces morts en paix? C’est un sanctuaire, un caveau, que diraient ces plongeurs, si des inconnus allaient se balader dans leur caveau de famille?

  11. Nos soit-disant alliés britanniques et américains ne se sont jamais privés de bombarder le sol de la France et sa flotte de guerre. Il y a des amis dont on se passerait.

    • Vous avez raison.
      C’est l’avis de ma famille, qui a échappé au massacre grâce au mot d’ordre d’aller se mettre à l’abri dès l’arrivée des avions alliés!

      • Dans certains cas, cela a été possible, mais chez moi à Marseille les Américains ont fait entre 200 et 1000 morts français (le macabre bilan n’ a jamais été donné) et zéro Allemand qui avaient de très bon abris.

  12. Quand on fait de l’Histoire on essaye de respecter la Géographie ! Cadix, l’estuaire du Guadalquivir ‘et Trafalgar) ce n’est pas la Méditerranée ! On est à l’Ouest du détroit de Gibraltar face à l’Atlantique. Pour un article, par ailleurs excellent, sur l’Histoire de nos forces navales, c’est un peu …. cocasse.

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