Tedeschi Trucks Band est-il l’avenir du rock et de la soul ? Oui !

Dans le sud des USA, cette formation est devenue, mieux qu’une institution, un véritable trésor patrimonial.
Capture d'écran
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En politique, le désespoir est une sottise absolue, affirmait Charles Maurras, le vieux maître de Martigues. La sentence vaut pour toute cette musique qu’on aime et qui, tel que chacun sait, nous vient de là, nous vient du blues. Ainsi, le Tedeschi Trucks Band persiste-t-il à relever le flambeau, usinant dans son coin des disques dont on sait que le nouveau sera encore meilleur que le précédent. Mais il convient tout d’abord d’ouvrir une page d’Histoire.

D’un côté, il y a Susan Tedeschi, née à Boston en 1970, qui se fait vite connaître comme chanteuse de soul et de blues. Sa voix est puissante, évoquant parfois celle de la défunte Janis Joplin, les excès opiacés et alcoolisés en moins. Pour continuer d’aggraver son cas, elle n’est pas manchote à la guitare.

De l’autre, il y a Derek Trucks qui, lui, voit le jour à Jacksonville, en Floride. Son oncle, Butch Trucks, le batteur des légendaires Allman Brothers, qui fut l’un des premiers groupes à mêler la country, le jazz et le blues. Dans le sud des USA, cette formation est devenue, mieux qu’une institution, un véritable trésor patrimonial. Contrairement à trop d’idées reçues, même si ses membres, majoritairement blancs, ont grandi dans la ségrégation raciale, ils ont été les premiers à accueillir à bras ouverts la crème des musiciens noirs. En effet, en sport comme en musique, le racisme n’est que vue de l’esprit : on est capable de tenir un match sur le ring ou pas, d’assurer un tempo complexe ou non.

Les histoires d’amour finissent bien en général…

Le jeune Derek baigne donc dans ce monde, se révélant tôt être un guitariste surdoué, au point d’intégrer le groupe familial, les fameux Allman Brothers, à seulement vingt ans. Puis il vole de ses propres ailes, fondant le Derek Trucks Band, tandis que Susan Tedeschi crée le sien, le Susan Tedeschi Band. Au hasard des tournées, ces deux-là se croisent, se toisent, finissent par s’aimer et se marier en 2001. Des enfants viennent bientôt ; mais que faire des précédents, les membres de leurs groupes respectifs ? Comme ils ont le cœur façon famille nombreuse, les tourtereaux décident d’unir leurs deux formations, donnant naissance au Tedeschi Trucks Band, véritable commando fort de douze musiciens. Inutile de préciser que lorsque la horde déferle sur scène, celle d’Attila fait figure de chorale enfantine. Deux batteurs, trois préposés aux cuivres et autant au chant, sans oublier les choristes et tout le toutim, dont un Derek impérial à la guitare. Il est vrai qu’il s’est perfectionné en accompagnant Eric Clapton (pas tout à fait un débutant) en tournée, de longues années durant. Au final, une véritable orgie sonore qui emporte tout sur son passage, à tel point que nombreux sont les concurrents à envisager de changer de métier.

Jouer de la musique comme si leur vie en dépendait…

Leur musique ? Un blues sudiste gorgé de soul et de funk, de mélodies imparables. Bref, une véritable machine de guerre. Pour tout arranger, leurs albums se vendent comme des petits pains et ils tournent comme si leur vie en dépendait ; trois heures de prestation scénique ne leur font pas peur. Ils vivent en quasi-communauté, emmenant épouses, époux et bambins sur la route. Cette bonne entente se voit sur scène, tant leur joie de vivre et de jouer ensemble est communicative.

En 2022 arrive le confinement. Au lieu de voir leurs musiciens enfermés chez eux, chacun de leur côté, monsieur et madame Trucks convient la tribu à s’installer chez eux, à la campagne. Leur vaste demeure abrite un studio. Ça tombe bien. Au lieu de peigner la girafe, ils décident de profiter de ces vacances forcées pour enregistrer, non pas un disque, mais quatre. Ce sera la quadrilogie I Am the Moon, inspirée par Majnûn et Layla, les vers de Nizami, le mythique poète perse. Cette histoire d’amants maudits avait déjà été le fil conducteur de l’album Layla and Other Assorted Love Songs, signé en 1970 par l’Eric Clapton plus haut évoqué, sous le pseudonyme de Derek and the Dominos. Le monde est petit, la filiation évidente.

Il est vrai que le couple Trucks sait payer ses dettes à qui de droit. Certains entendent tordre le cou de leurs prédécesseurs ; eux préfèrent les honorer. D’où ce récent disque enregistré en hommage à une tournée devenue emblématique de la mythologie du rock, celle de Joe Cocker et de ses Mad Dog and Englishmen, entrée dans la lumière lors du festival de Woodstock, en 1969. Parmi les vétérans historiques, on a le bonheur d'y retrouver Leon Russel, à la barbe désormais aussi blanche que le chapeau, pianiste, compositeur de génie et dont un certain Elton John reconnaît qu'il lui doit à peu près tout.

Bientôt en France ?

Aujourd’hui, le Tedeschi Trucks Band continue de creuser son sillon, renvoyant dans leurs cordes des potiches telles que Taylor Swift ou Billie Eilish en offrant au public son petit dernier, Future Soul. Là, ils s’éloignent quelque peu de leur soul d’antan, se montrant plus rockers que bluesmen. Mais la magie est toujours là, tel qu’en témoigne le titre éponyme. Un pied dans la musique d’hier, l’autre dans celle de demain ? La tradition est une statue qui marche de l’avant.

Et nous, au fait ? Le Tedeschi Trucks Band vient trop rarement nous rendre visite. La dernière fois, c’était en novembre 2022, au Bataclan. La prochaine n’est pas encore annoncée. Mais il serait criminel, pour tout mélomane se respectant un tant soit peu, de ne pas être au rendez-vous.

PS : et maintenant, comme le chantait Frank Sinatra : One More for My Baby (and One More for the Road).

Picture of Nicolas Gauthier
Nicolas Gauthier
Journaliste à BV, écrivain

Vos commentaires

17 commentaires

  1. J’aime beaucoup le country-blues mais je remarque qu’on a entendu mille fois ces airs et ce style… Janis Joplin est morte depuis 60 ans et certains continuent à faire exactement la même musique… C’est d’ailleurs le cas pour tous les genres musicaux qui s’essoufflent, jazz, pop, rap, rock, disco, funk, électro, et même le classique. Il y a toujours une arrière-garde de pratiquants qui se prétend plus croyante que les autres et véritable gardienne de la foi…

    • Mon cher Jose Bobo,
      Janis Joplin est morte le 4 octobre 1970 et depuis personne ne fait la même musique que la Mama cosmic puisque personne ne peut égaler une artiste unique à la voix exceptionnelle qui laissait son coeur sur la scène.
      Quant à la musique qui s’essouffle elle reste toujours au sommet bien devant la musique electro/rap/techno qui n’est en fait qu’une bouillie indigeste et qui ne manque pas d’air..

    • Un groupe merveilleux, il y a tout ce que j’aime. Un vrai bonheur avec des vrais musiciens, des vrais instruments, la voix exceptionnelle de Suzan Tedeschi , la sincérité, la générosité, le talent. C’est le groupe de la nostalgie musicale réconfortante quand on entend toute la médiocrité des artistes d’aujourd’hui .

  2. Je ne pensais pas que notre ami Nicolas allait pouvoir si longtemps rester en apnée sans nous parler de Clapton ! Par contre, citer le Allman Brothers sans mentionner leur leader (Duane Allman, donc) considéré à l’époque comme LE crack de la gratte, largement au niveau dudit Clapton ou de Mike Bloomfield est un crime inexpiable ! Du reste, outre-Atlantique, seuls les Eagles ont vendu davantage de galettes.
    Sinon, rendons hommage au TTB, sachant à quel point il est difficile de croiser génétiquement la soul et la country. Sans pour autant faire oublier un bon vieux Lynyrd ou ZZTop.
    Petit conseil aux amateurs de rock sudiste: tapez « southern rock cover » sur YT Et vous allez tomber sur des petites merveilles. Entre autres, « Wicked game » ou « After midnight ».

    • Cher Jacksoul, j’aurais bien sûr pu citer le grand Duane Allman (à ce propos, je vous conseille vivement le sublime coffret retraçant ses multiples collaborations, publié chez Rhinestone), mais comme il a été arraché à notre affection en 1971, c’était bien avant que le jeune Derek n’exerce ses talents. Si l’occasion se présente (mais il me faut pour cela au moins un semblant d’actualité), je ferais volontiers un papier entièrement consacré à sa mémoire. Merci de me lire avec une aussi vétilleuse attention. Amitiés.

  3. Cela me parle , j’aime ces groupes qui mêlent country, rock and soul .
    Je n’avais pas fini de lire l’article que je pensais au groupe qui a accompagné Joe Cocker dans ses tournées aux USA ‘ Mad dog and english man et cette joie qui émanait de cette joyeuse et talentueuse bande . Je n’avais pas ecouté encore Tedeschi Trucks band et les extraits me donne envie d’en entendre plus encore .
    Avec une parenté pareille , telle que les allman brothers , cela ne peut qu’être du très bon.Duane Alleman était aussi un merveilleux touche à tout qui pouvait aussi bien accompagner Aretha Franklin qu’Eric Clapton .

      • Tedeschi désigné les Allemands en italien (tudesques en français).
        Merci de nous faire connaître ce groupe !

      • Tedeschi désigné les Allemands en italien (tudesques en français).
        Merci de nous faire connaître ce groupe ! Il

    • Merci et bravo pour la mise en avant de ce groupe authentique; le père de Derek fut le batteur des Allman Brother, ce qui fait de Warren Haynes, avec qui il joue souvent, quasiment son oncle. E.Clapton les a d’ailleurs invités à « Crossroad Guitar Festival », lors duquel il ont notamment interprété l’excellent « Midnight in Harlem », bravo d’ailleurs pour votre sélection de titres. Dans le même esprit de perpétuation d’un Southern Blues & Rock authentique, mention particulière à Charlie Starr et son Blackberry Smoke….So long, pal.

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