[STRICTEMENT PERSONNEL] Les pieds dans le plat
Imbuvable. Insatiable. Insociable. Un gougnafier. Un margoulin. Un goujat. Un parvenu, décidément infréquentable. Un éléphant (républicain) qui s’ébroue au risque de tout fracasser dans le grand magasin de délicates porcelaines que sont censées être les relations internationales entre professionnels de la chose. Un rustre, capable de se laver les mains dans le rince-doigts que lui tendent ses hôtes horrifiés, voire de mettre les pieds dans le plat. Un affairiste débridé qui fait passer l’intérêt national – America First – et ses intérêts personnels avant ceux de ses homologues et interlocuteurs, partenaires ou adversaires. On a reconnu, bien sûr, celui que Mediapart et quelques autres ne désignent pas autrement que par le vocable infamant de « milliardaire » alors que, sauf erreur, il est bien le quarante-septième président des États-Unis d’Amérique, modeste colonie britannique devenue la première puissance du monde. Les mêmes fins commentateurs et autres analystes géopolitiques proclamés s’obstinent parallèlement à qualifier Vladimir Poutine, successeur d’Ivan le Terrible, de Pierre le Grand du Petit Père fouettard et, donc, tsar autocrate de presque toutes les Russies depuis déjà vingt-six ans, de « policier du KGB » - ce qu’il fut, en effet, dans une vie antérieure.
Un homme pressé
Oui, Donald Trump, puisqu'il faut l’appeler par son nom, n’est pas sans quelques vilains défauts de caractère et de comportement. Il est incontestable que, candidat avoué au prix Nobel de la paix, il ne saurait pour autant mériter le titre de prince des poètes ou d’arbitre des élégances. Il n’y prétend pas. En revanche, il ne vise à rien de moins et rien de plus, au regard des quelques années que lui laissent la nature et, en principe, la durée institutionnelle de son deuxième (et ultime) mandat, qu’à rebâtir le monde à son idée et à laisser une trace ineffaçable dans l’Histoire. Le temps lui est compté, et c’est pourquoi le locataire et ravaleur de la Maison-Blanche avance avec l’énergie et la brutalité d’un bulldozer, au mépris des convenances, des usages, des critiques et des obstacles. Trump est un homme pressé.
L'Europe n'a plus, ou pas encore, la taille de ses prétentions
Il n’est certes pas convenable, pour nous en tenir aux derniers développements du blockbuster dont il est le producteur et le metteur en scène tout-puissant, de révéler, agacé par les provocations et les initiatives aléatoires du président de la République française, la teneur du message confidentiel que lui avait adressé Emmanuel Macron, d’ignorer la proposition que lui avait faite le squatteur élyséen de profiter de sa présence à Davos pour lui organiser un rendez-vous parisien avec Zelensky et Poutine, comme si Kiev, Moscou et Washington avaient besoin de faire le détour par la rue du Faubourg-Saint-Honoré et de recourir aux bons offices d’un entremetteur à bout de souffle et en fin de mandat. Accusé d’être une brute par l’homoncule franchouillard, le colosse américain l’a envoyé paître sans ménagement.
C’est de Bruxelles, de Paris, de Londres ou de Berlin, au nom de l’Union européenne, donc de ce grand marché, de ce souk de vingt-sept pays qui, quatre-vingts ans après la Seconde Guerre mondiale, ne sont toujours pas parvenus à bâtir une armée commune, une politique étrangère commune, à dépasser leurs intérêts boutiquiers, à parler d’une seule voix et à agir ensemble dans la même direction que l’Europe, un peu tard consciente de son affaiblissement, de son effacement, de ses divisions, de son déclin politique, économique, démographique, culturel, demande, sinon un siège, au moins un strapontin autour de la grande table où sont seuls admis les trois empires qui comptent aujourd’hui. L’Europe n’a plus, ou pas encore, la taille de ses prétentions. Trump n’a pas tort de lui rappeler que, depuis 1949, c’était son pays qui assurait, financièrement, militairement, politiquement, sa protection et que, si elle aspire à être encore prise au sérieux, c’est à elle de s’en donner les moyens.
L’Europe (toujours elle) pousse des cris d’orfraie à l’annonce par Trump de ses vues et de ses propositions sur le Groenland. Elle s’est calmée lorsque le président américain a fait savoir qu’il renonçait, non à son but, mais à l’emploi de la force pour l’atteindre. Qui peut croire que le Danemark, sous la pression, pourra maintenir sa suzeraineté sur le territoire immense, sous-peuplé, sous-exploité, plus proche des États-Unis que du Vieux Continent, auquel elle a dû accorder son autonome après l’avoir pendant cinq siècles traité comme une colonie et avoir discrètement tenté de stériliser sa population autochtone ?
Sonne le glas de l'ONU
Le dernier grand coup frappé par Trump, il y a quelques jours, est bien sûr la création de ce Conseil de la paix, sous direction américaine, qui sonne évidemment le glas de la magnifique institution internationale, multilatérale, universaliste, égalitaire, démocratique, qui était censée assurer la paix du monde et qui, depuis plusieurs années, n’est intervenue efficacement dans aucun litige, aucun affrontement, aucune guerre, ni en Irak, ni au Soudan, ni en Palestine, ni en Ukraine, et dont l’arrêt des subventions de Washington fait cruellement ressortir qu’elle ne tenait matériellement que grâce aux subsides de la grande puissance dont il était et dont il est de plus en plus de bon ton de dénoncer l’ingérence dans les affaires planétaires et l’impérialisme conquérant. Il paraît que la loi du plus fort est en train de se substituer au règne du droit. Mais où a-t-on vu se manifester et se concrétiser, depuis 1945, en Europe de l’Est, au Vietnam, en Afrique, en Ukraine, etc., en dépit des prêches et des discours, une autre loi que celle de la force ?
Sans presque aucune effusion de sang, le monde médusé a assisté, il y a quelques semaines, à la chute, où l’ONU n’a été pour rien, ni l’Europe, d’une dictature sanguinaire et corrompue. L’exemple et le précédent du Venezuela font trembler de crainte les tyrans qui règnent depuis trois quarts de siècle sur Cuba. Sans savoir comment, sans savoir quand, sans savoir sous quelle forme les États-Unis, seule lumière au bout du tunnel, pourraient débarrasser le grand, l’héroïque peuple iranien des monstres qui lui tirent dessus à bout portant, qui le répriment à balles réelles. À Téhéran, l’espoir a désormais un nom et un visage, celui de l’imprévisible et omnipotent maître du monde civilisé. Sans savoir quand, sans savoir par quelles voies, sans connaître l’heure et les modalités de la fin de la boucherie, en Ukraine, et aussi en Russie, c’est sur son intervention que comptent les deux peuples pris dans la spirale sanglante d’une guerre imbécile pour en sortir enfin.
Chacun connaît le magnifique conte d’Andersen où un petit garçon innocent est le premier et d’abord le seul à voir, à dire et à faire éclater la vérité que tous les témoins refusaient d’accepter, de dire et donc de voir : leur roi était nu. Avec tous ses défauts, ses outrances, ses foucades et ses ridicules, Trump jette et fait jeter un regard nouveau sur le monde et ses rois de pacotille. Ils ont beau feindre que rien n’a changé, ils le sentent, ils le redoutent, ils en tremblent sur leurs trônes de carton : ils sont nus.
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50 commentaires
« Vous passerez bien à l’Elysée pour une réunion internationale qui me donnera de l’importance? »…Avec le lunettes de Benalla, Macron a définitivement perdu la vue!
Erratum pour la 14, je voulais mettre LCP…La Chaine du Pouvoir!