Socialistes et LFI : le “Dictionnaire des Girouettes” mériterait d’être réactualisé

Paru en 1815, le Dictionnaire des Girouettes épinglait les personnalités empressées à retourner leur veste.
Photo de Pixabay: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/girouette-a-cote-du-toit-36882/
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À l’approche du second tour des élections municipales, un phénomène frappe par son ampleur : de nombreux candidats socialistes, après avoir affirmé qu’aucune alliance ne serait conclue avec La France insoumise, reviennent aujourd’hui, sans remords, sur leur parole. Ces revirements, loin d’être isolés, rappellent une constante ancienne de la vie politique française. En effet, au lendemain de la chute de l’Empire en 1815, la France était entrée dans une période de recomposition politique brutale avec la Restauration de Louis XVIII. C’est dans ce contexte qu’est alors apparu un ouvrage singulier, le Dictionnaire des girouettes, dressant un inventaire mordant des personnalités dont la fidélité politique avait changé avec le régime. À la lumière des agissements récents des socialistes, la question se pose avec acuité : ne faudrait-il pas en proposer une nouvelle édition, tant les noms de nouvelles girouettes politiques semblent désormais pouvoir s’y ajouter en nombre, afin que nul n’oublie dans l’histoire de France ceux dont la parole n’était que du vent.

Un ouvrage satirique

Le Dictionnaire des girouettes fut diffusé le 24 juillet 1815, dans le tumulte qui suit les Cent-Jours et la défaite de Napoléon Bonaparte à Waterloo. Publié par Alexis Eymery, un imprimeur-libraire parisien, et écrit par un groupe d’anonymes connu sous le nom de société de girouettes, l’ouvrage recense plusieurs centaines de noms, de militaires, de magistrats, de journalistes ou d’hommes politiques, accusés d’avoir successivement servi la Révolution, l’Empire puis la monarchie restaurée. Chaque entrée détaille alors les fonctions occupées sous différents régimes, soulignant ainsi les contradictions et les opportunismes de chacun.

Capture écran Le Dicopathe

Parmi les figures emblématiques ayant réussi à s’adapter pour préserver leur position, figurent Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, prince de Bénévent devenu prince des Girouettes, ou encore Joseph Fouché, le mitrailleur de Lyon. En effet, le premier a traversé l’Ancien Régime, la Révolution, l’Empire et la Restauration en conservant une influence constante. Le second, ancien ministre de la Police de Napoléon, s’est rallié lui aussi au nouveau pouvoir de Louis XVIII pour sauver son statut et sa vie malgré ses crimes.

Une œuvre salutaire pour une France dégoutée

Cet ouvrage tout à fait formidable connaît un succès immédiat. Il dénonce les compromissions politiques en les documentant avec précision. Les notices indiquent ainsi les dates de nomination, les changements de fonction et les prises de position successives. Cette accumulation de faits donne au lecteur une vision d’ensemble d’un phénomène massif. La notion de girouette devient alors une véritable métaphore politique, désignant ceux qui orientent leurs convictions au gré du vent.

Ce dégoût face à l’inconstance n’est pas propre aux pamphlétaires.  En effet, il est partagé par d’autres comme Chateaubriand : « Cette époque, où la franchise manque à tous, serre le cœur. Chacun jetait en avant une profession de foi, comme une passerelle pour traverser la difficulté du jour ; quitte à changer de direction la difficulté franchie… À cette impossibilité de vérité dans les sentiments, à ce désaccord entre les paroles et les actions, on se sent saisi de dégoût pour l’espèce humaine ».

Nos girouettes actuelles

Deux siècles plus tard, le Parti Socialiste semble rejouer cette pièce de théâtre des fidélités mouvantes. Olivier Faure lui-même affirmait encore récemment : « Il n’y aura pas d’accord national entre LFI et le PS au second tour ». Pourtant, dans de nombreuses villes, les réalités locales ont conduit à des alliances effectives, révélant une différence manifeste la parole et les actes.  Le cas de Johanna Rolland à Nantes est emblématique. Elle déclarait le 7 décembre 2025 : « Vous le savez, je l’ai dit, il n’y aura pas d’accord avec la France Insoumise ». Mais que voulez-vous, la soupe mélenchoniste est bonne et la place de maire, ainsi que le salaire de 9000 € qu'il l'accompagne, est confortable. Donc, pourquoi ne pas retourner sa veste et faire finalement alliance avec La France Insoumise pour garder sa bonne place contre un fascisme inventé ? Même LFI en est conscient quand le député Paul Vannier déclare de façon ironique face à ce retournement d’allégeance : « Ne croyez jamais un socialiste ».

Ils sont nombreux les noms de socialistes et de leurs alliés s’alliant avec LFI qui pourraient accompagner celui de Johanna Rolland dans un nouveau Dictionnaire des girouettes : François Briançon à Toulouse prêt à s’allier avec François Piquemal, Thierry Miguel à Limoges avec Damien Maudet, François Cuillandre à Brest avec Cécile Beaudouin, Olivier Bianchi à Clermont-Ferrand avec Marianne Maximi ou encore David Fournier à Avignon avec Mathilde Louvain.

Il existe aussi ces candidats qui continuent à être soutenus par le PS local malgré leur alliance avec LFI, comme l’écologiste Grégory Doucet à Lyon, Anne Vignot à Besançon ou encore Laurence Ruffin à Grenoble.

Ainsi, comme en 1815, une même logique semble à l’œuvre : celle d’un changement permanent de ligne politique au nom de l’ambition et de l’opportunisme du moment pour sauver sa place. À l’heure actuelle, l’idée d’un nouveau Dictionnaire des girouettes s’impose presque comme une évidence, tant l’inconstance politique dont fait preuve une partie de la gauche française semble mériter d’entrer dans l’Histoire.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

7 commentaires

  1. S’il y en a au PS qui n’ont pas encore retourné leur veste, c’est juste parce qu’ils n’en ont pas encore eu l’occasion mais ça viendra un jour ou l’autre.
    Hollande décroche la palme, c’est un modèle dans le genre.

  2. Je me demande si ces gens ne s’accrochent pas à tous prix à leur poste pour garder une belle rémunération ou s’il ne sont pas tout simplement attirés par la rétribution et le prestige du poste et ce quoiqu’il en coûte.

  3. Pour essayer de camoufler leur comportement de girouette, les socialistes en question ont inventé le terme d' »accord technique », sans bien expliquer de quoi il s’agissait. En fait il s’agit de prendre les électeurs pour des imbéciles; la technique de la gamelle ou du plat de lentilles. Mieux vaut voter pour un candidat un peu malin, voire pas totalement clair sur ses arrangements financiers, pour autant qu’il mettra ses astuces au service de la collectivité que pour ceux qui affirment haut et clair leurs principes vertueux et se roulent ensuite dans la compromission.

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