Sarah Knafo, la baronne Haussmann du XXIe siècle ?

L’eurodéputée ambitionne de remodeler Paris à travers un vaste chantier urbain, tel Georges-Eugène Haussmann.
Capture d'écran Programme S. Knafo
Capture d'écran Programme S. Knafo

Depuis plusieurs années, le sujet de l’automobile cristallise les tensions, à Paris. Autrefois libre de circuler dans la Ville Lumière, la voiture est devenue l’ennemie, la bête noire, l’intruse à chasser de la capitale par les socialistes et les écologistes. Pour y parvenir, de nombreuses mesures ont été ainsi prises : réduction drastique des vitesses, suppression de voies de circulation ou encore interdiction de certains véhicules. Dans ce contexte, dans la course à la mairie de Paris, l’eurodéputée Sarah Knafo, investie par le parti Reconquête, a proposé la réouverture à la circulation automobile des voies sur berges aujourd’hui piétonnes, tout en aménageant une promenade surélevée au-dessus des routes, pensée dans l’esprit de l’architecture haussmannienne, pour les piétons et les cyclistes. Cette annonce s’inscrit alors dans une vision profondément différente de celle cultivée par les municipalités parisiennes récentes et promet de redéfinir le rapport des Parisiens à la Seine.

Les berges de la Seine

Pour comprendre l’enjeu de cette proposition, il faut remonter le temps afin de saisir le rôle qu’ont longtemps tenu les berges de la Seine à Paris. Ainsi, à l’époque médiévale, les rives du fleuve n’étaient pas destinées à la contemplation mais constituaient de véritables lieux d’échanges, foisonnant de vie. On y trouvait ainsi de nombreux commerces, des bateaux-lavoirs, des ateliers, mais également des ponts enjambant le fleuve sur lesquels de nombreuses habitations étaient bâties. La Seine servait elle-même de voie commerciale essentielle pour le transport des marchandises au cœur de la capitale. Progressivement, à partir du XVIe siècle, la ville entreprit de réorganiser et d’assainir les rives. François Ier ordonna, par exemple, la construction d’un quai devant le Louvre, avant qu’Henri IV n’aménage la pointe ouest de l’île de la Cité en créant la place Dauphine, en l’honneur de son héritier, le futur Louis XIII, et en achevant le Pont-Neuf, premier pont de Paris non habité.

Au XIXe siècle, sous le Second Empire, Paris fut ensuite profondément transformée par les travaux du baron Haussmann, qui redessinèrent les berges comme des alignements élégants intégrés au nouveau plan de la ville. Toutefois, à partir des années 1930, la priorité fut donnée à la circulation automobile. Quelques décennies plus tard, Georges Pompidou fut l’un des grands acteurs de cette mutation. Il déclarait ainsi, lors de l’inauguration, en 1967, des nouvelles voies sur berge : « On a trouvé le moyen de faire traverser tout Paris par une voie moderne sans en altérer le site [...] Je crois que, comme disait Apollinaire, on pourra continuer à se promener le long de la Seine un livre sous le bras et que, néanmoins les voitures pourront y circuler. » Cette transformation atteignit son apogée dans les années suivantes, jusqu’à l’émergence, à la fin du XXe siècle, d’une prise de conscience liée à la pollution, au bruit et à la dégradation du cadre de vie provoqués par l’omniprésence de l’automobile dans la capitale.

La politique anti-voiture d’Anne Hidalgo

Sous les mandats d’Anne Hidalgo, la capitale s’est engagée dans une politique revendiquée de réduction de la place de la voiture. Outre la piétonnisation définitive des voies sur berges en 2016, la municipalité a étendu des zones à trafic limité dans plusieurs arrondissements centraux. La ville a également réduit de manière significative les places de stationnement au profit du développement des pistes cyclables.

D’autres mesures plus récentes illustrent cette volonté, comme la création d’une voie réservée au covoiturage et aux transports en commun sur le périphérique parisien, mise en service en 2025, ou encore la limitation de la vitesse à 50 km/h sur cet axe majeur. Enfin, la municipalité a organisé des consultations citoyennes sur la piétonnisation et la végétalisation de centaines de rues et de places afin d’étendre les espaces piétons et verts. Ces politiques, bien qu’accueillies favorablement par une partie de la population, ont suscité de nombreux débats et oppositions, notamment concernant leur impact sur les usagers dépendants de la voiture ou sur leur efficacité réelle en matière de lutte contre la pollution.

Le projet Knafo

Afin de répondre aux besoins des automobilistes se sentant de plus en plus marginalisés à Paris, Sarah Knafo a consacré une section entière de son programme à la question de la circulation, affirmant que « la qualité de vie dépend beaucoup de notre capacité à nous déplacer librement, en fonction de nos besoins et non des contraintes imposées par la mairie ». Sa méthode entend dépasser l’opposition traditionnelle entre automobilistes, cyclistes et piétons en créant de l’espace pour tous : « Ne pas sacrifier les vélos aux voitures, ni les voitures aux vélos, ni les piétons à tous les autres. »

Pour y parvenir, Sarah Knafo souhaite engager des travaux comparables à ceux du baron Haussmann afin de transformer la capitale. Elle prévoit ainsi la réouverture des voies sur berges à la circulation automobile tout en créant, au-dessus de celles-ci, dans un style haussmannien, une « magnifique promenade pour les piétons et les cyclistes ». Ces travaux, d’une durée estimée à 18 mois et censés s’achever en 2030, sont estimés par la candidate à environ 60 millions d’euros. Ils permettraient, selon l’eurodéputée, de lutter contre les embouteillages qui engorgent Paris, de garantir aux piétons une vue en hauteur pour admirer les monuments de la ville et d’offrir aux cyclistes des voies sécurisées, à l’écart des voitures.

 

 

Dans la même logique, d’autres mesures du programme visent à fluidifier le trafic par le pilotage des feux tricolores par IA, à réaménager des axes comme la rue de Rivoli pour en faire à la fois un lieu de circulation et une grande avenue de séjour, ainsi qu’à améliorer le stationnement et l’accès des livraisons, y compris par la voie fluviale. L’approche de Sarah Knafo s’inscrit ainsi dans un pragmatisme revendiqué, hors idéologie, affirmant que la polarisation politique autour de la voiture a nui à la qualité de vie des Parisiens.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

52 commentaires

  1. A Smart… Votre candidate de la droite bobo va faire gagner la gauche à Paris. On se marre déjà! Ce que ce petit parti fait au niveau parisien, il le refera au niveau national. Pour faire perdre le RN-UDR et donner la victoire à vos amis LR-Macronie!

    • Ce qui fait gagner la gauche ce sont des gens comme vous.
      Vous avez déjà écrit que vous seriez tenté par la gauche.
      C’est pas moi qui l’invente.

  2. En tant que conseiller en mobilité je préconise,le cas échéant, d’être pragmatique et refuser l’idéologie. Quant il y a un ancien site rail parallèle à la route, il faut l’utiliser pour installer une ligne de tram et non s’imposer sur la chaussée avec un busway qui prend de la place dans la circulation. Quand au site rail, en faire une piste cyclable oui, mais il faut des cyclistes pour l’utiliser, sinon, on supprime la piste cyclable et on pose des rails ( possibles avec une voie pour vélos, mais moins large, par exemple…de pragmatisme.

  3. La ville de Paris est endettée à hauteur de 10 milliards € : avant de proposer des dépenses supplémentaires, même si l’objectif est judicieux, il conviendrait d’expliquer comment assainir les finances.

    • Tout est expliqué et chiffré sur son site.
      Et comme il est dit dans un commentaire, dans son programme il y a le RIC.
      Les Parisiens décideront.

  4. Franchement, vos salamalecs concernant la « bourgeoise » Knafo du petit parti Reconquête, ne font plaisir qu’aux bobos du 16e ou du 7e de Paris. Les Français  » d’en bas », les gueux, le peuple, n’ont que faire des intrigues de la Cour parisienne. Ils ont d’autres problèmes! D’autre part, nous ne voulons pas le retour des rois!

    • vous n’avez que ces inepties à dire dès l’instant ou il s’agit de Sarah Knafo, ce qui devient franchement inapproprié – Considérez là comme une  » bourgeoise » prouve une malveillance intentionnelle et ridicule – quand à dire que le partie Reconquête est un  » petit parti » il a au moins le mérite d’exister même si à l’évidence çà vous met la rate au court bouillon – il n’y a là aucune  » intrigue de cour parisienne » juste une candidate qui observe, réfléchie et propose – Quand à la royauté que vous ne voulez pas voir revenir, bah pardon, mais vous n’êtes pas le seul à vouloir ou pas vouloir, nous sommes en démocratie normalement et chacun à le droit de s’exprimer –

    • Apparemment vous avez un apriori certain envers S K
      Et que dites vous de l’état de Paris qui est quand même, la vitrine de la France et je pense que vous savez qu’elle en est la capitale
      Et que des dizaines d’années de socialisme l’ont défigurée, salie, l’insécurité règne, on est loin du fameux destin d’Amélie Poulain ……

  5. Pourquoi pas ?
    Mais je crains que la douloureuse ne soit bien plus élevée de même que la durée des travaux !
    J’ai vécu ce que représentait la création d’un Tramway à Orléans on croyait que ça n’en finirait jamais…
    Malgré tout l’idée va dans le bons sens, mettre fin à ces délires idéologiques de tuer l’automobile dans nos villes.

    • Tout est chiffré. Un livre a été édité. Il suffit de se le procurer. Où ? Je ne sais pas encore. Je n’habite pas à Paris et ne serai donc pas votante. Je le regrette beaucoup !

  6. Ce faisant, est-ce que Sarah K. ne privilégie pas les non-parisiens (non-électeurs) travaillant sur Paris au dépens des bobos adeptes du vélo-cargo et de la trottinette ? En tout cas, dans l’imaginaire des non-parisiens dont je suis, je constate avec plaisir sur l’image la présence des bouquinistes que la Maire Hidalgo avait songé déménager au moment des J.O. !

    • Oui, les bouquinistes et les bancs à l’ancienne, créent une atmosphère propre à la flanerie.
      Je croise les doigts pour Sarah Knafo.

    • hildago, voulait éliminer tout ce qui figure sur les cartes postales : les fontaines wallace, les bancs, les kiosques, les colonnes Morris, bref tout ce qui caractérise Paris pour 90%des touristes entre autres !

  7. Si SARAH arrive à payer les dettes de A.hidalgo et, si elle réalise ses travaux, alors OUI elle méritera bien son surnom ….. Sarah Knafo, la baronne Haussmann du XXIe siècle ?…. je lui souhaite !

  8. « aménageant une promenade surélevée au-dessus des routes, pensée dans l’esprit de l’architecture haussmannienne, pour les piétons et les cyclistes.  » = et le budget pour faire cela, il s’annonce à combien?

    De même, « le pilotage des feux tricolores par IA, à réaménager des axes comme la rue de Rivoli pour en faire à la fois un lieu de circulation et une grande avenue de séjour, ainsi qu’à améliorer le stationnement et l’accès des livraisons, y compris par la voie fluviale. », cela va coûter combien à Nicolas et Pimprenelle, hein?

    Franchement, cela a l’air d’être facile à parler à la Tv de projets qui ne sortiront pas de son porte feuille!

    • Tout à fait de votre avis. Je préfère Sarah Rachida mais je voudrais Rachida parce que Reconquête est devenu une machine à faire perdre la droite.

    • Tout a été chiffré. Un livre sur son programme a été édité. Je suppose qu’il sera à la disposition des parisiens.

  9. Si je pouvais voter à Paris ce serait pour elle et personne d’autres. La droite doit faire redevenir Paris comme le Baron Haussman la voyait : belle, séduisante, sensuelle, propre.
    La gauche c’est tout le contraire : laideur saleté, délabrement

    • Moi, je n’aurais pas les fonds pour payer une augmentation de la taxe foncière pour ces folies.
      la réalité « pragmatique » serait, déjà, d’arrêter les folies de celle qui est encore maire.

      • comme Sarah était avocate à la cours des comptes, je crois que vous devriez à minima lui laisser le crédit de l’expérience en ce qui concerne le financement, parcequ’elle sait compter !

  10. Bien sûr. La talentueuse Sarah Knafo semble s’immiscer dans la voie attendue, inconsciemment souvent, par beaucoup de Français: le grand chambardement, le dégagisme, le besoin de respirer.
    L’obscurantisme écolo etc., a fait son temps. On a pu en mesurer les limites, les illusions, que dis-je les effets délétères.
    Permettez: « y en a marre ». Les citoyens ont besoin de s’enflammer pour des causes grandes, gigantesques, qui bousculent le monde faux, racorni, punitif d’aujourd’hui.
    Il me paraît clair qu’un politicien capable de renverser (intelligemment) la table, aurait un boulevard devant lui: S.Knafo ne manque pas d’arguments !

    • Hidalgo tellement imprégnée de son idéologie qu’elle a été jusqu’à suggérer au frère du maire de Kiev de construire des pistes cyclables dans sa ville. En pleine guerre…
      S’est-elle seulement rendu compte de la stupidité d’une telle proposition ?

    • Ben elle est énarque et à la Cour des Comptes, et elle est la compagne de Zemmour, c’est donc un vrai génie !

      • Jose Bobo.
        Et si c’était vrai !!!?? :)
        Mieux que vos stéréotypes, allez donc voir son site, précis, chiffré, structuré et pourtant, divertissant ! Du jamais vu, tant pour le fond que pour la forme !

      • S K est une très belle femme, talentueuse, qui connait fort bien ses dossiers et l’a prouvé, la preuve ils sont revenus un peu sur les aides à certains pays…….
        En tous cas elle ne peut pas faire pire que ce qu’ont fait les gauchistes depuis delanoe….

  11. avec l’argent parti on ne sait où ,par l’incompétente Hidalgo c’est vrai qu’on aurait pu faire ce qu’à proposer SHARA . Bravo à TOI SHARA

  12. Ce qui est représenté par cette image est remarquable . Bravo si cela voit le jour. Toutefois, un projet qui peut être repris par l’élu retenu.

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