[SANTÉ] Se filmer chez le médecin : ces comportements inquiétants des patients

Une consultation médicale n’est pas un épisode de Cash Investigation.
@Unsplash
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Dans une petite commune de Charente de 915 habitants, un médecin victime de harcèlements et de menaces de mort a fini par jeter l'éponge et mettre la clé sous la porte. La recrudescence des violences à l'encontre du personnel de santé est malheureusement devenu un « fait » de société. Sans aller jusqu'à ces situations extrêmes, les médecins sont aussi la proie d'autres « indélicatesses » que sont les enregistrements vidéo pratiqués par leurs patients, à leur insu ou pas. Il y a plusieurs mois, la presse s'en faisait l'écho. Mais le sujet ne semble pas pris très au sérieux.

Certains malades se justifient en disant qu’il ne s’agit que d’un simple aide-mémoire

Filmer dans la rue le moindre événement inhabituel est devenu banal, et c’est souvent heureux pour résoudre certaines affaires criminelles. Mais une autre pratique devient, hélas, fréquente : les patients qui enregistrent ou filment leur médecin.

Va pour les accouchements, moments que certains veulent immortaliser (même si la mère est rarement à son avantage - c’est un choix). Mais aujourd’hui, c’est en consultation que se faufilent enregistreurs ou caméras, parfois à l’insu du médecin, ce qui ouvre la voie à de nombreux problèmes. Car de tout temps, le cabinet a été le lieu d’un « colloque singulier », de la « rencontre d’une conscience et d’une confiance », dans une confidentialité aussi absolue que le secret médical qui en découle.

Certains malades se justifient en disant qu’il ne s’agit que d’un simple aide-mémoire, destiné à ne perdre aucune des conseils ou informations du médecin. Admettons, mais sous réserve de l’accord préalable du médecin.

Plus gênants, les enregistrements acceptés par le praticien et ouvertement destinés à être diffusés par des influenceuses à lèvres de mérou sur leur « story » des réseaux sociaux (souvent dans le domaine de l’esthétique). Ici, on n’est pas loin de la publicité déguisée, mais si certains ne craignent pas la diffusion tous azimuts et les « posts » négatifs voire haineux, qu’ils ne viennent pas se plaindre.

Des commentaires désagréables voire diffamatoires

Enfin, il y a les enregistrements réalisés à l'insu du professionnel, lequel se découvrira - parfois après montage - sur TikTok ou autre média de la même farine, affublé de commentaires désagréables, voire diffamatoires, sur sa prise en charge médicale ou sur telle remarque plaisante ou anodine dont il se trouvera toujours quelqu’un pour se trouver « stigmatisé ». Or, la diffusion de telles images n’est possible que sur autorisation écrite de la personne filmée, pour un support défini et avec une durée limitée.

C’est en 2002 que Bernard Kouchner, alors ministre de la Santé, suivant le courant de la religion des droits de l’homme, fit passer une loi révolutionnant les droits des malades. S’y nichait, parmi quelques bonnes mesures, la volonté de casser le détesté « pouvoir médical » et son asymétrie d’information (alors qu’elle est surtout une asymétrie de connaissance.) Une loi qui, appliquée à la lettre, obligerait le médecin à annoncer à « l’acteur éclairé de sa prise en charge » qu’il risque de mourir de l’incision de son panaris ou qu’il n’a aucune chance d’être en famille à Noël.

D’où un discours médical parfois « adouci » mais qui, enregistré et produit à distance, risque de le faire passer, non pour ce qu’il est, empathique, mais pour dissimulateur voire incompétent, avec tous les risques juridiques qui peuvent s’ensuivre. (Surtout quand on sait que, statistiquement, un généraliste se trouve deux ou trois fois par semaine devant une personnalité paranoïde.)

Et le même discours, adressé à un patient particulier mais étalé sur les réseaux sociaux, attirera immanquablement des commentaires du style « Tiens, j’ai la même maladie que toi, et il ne m’a pas soigné comme ça ! »

Une consultation médicale n’est pas un épisode de Cash Investigation et les médecins n’ont aucune envie d’avoir à se méfier de leurs patients, car ces derniers seront les premiers à pâtir.

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Richard Hanlet
Médecin en retraite, expert honoraire près la Cour d'appel de Versailles

Vos commentaires

33 commentaires

  1. Il n’y a que deux choses infinies L’UNIVERS et LA BÊTISE HUMAINE Toutefois je n’ai pas de certitude pour L’UNIVERS
    A Einstein

  2. Cela ne viendrait même pas à l’esprit !!! En même temps je n’ai pas de smarphone mais quand même !!!
    Certains sont vraiment siphonés !!!!

  3. Il y a encore, heureusement, des médecins qui soignent, écoutent et avec qui on a envie de parler de tout. Merci à eux.

    • Certainement. Si on a déjà un médecin traitant. Dans ma ville de 40 mil hab., aucun médecin n’accueille de nouveaux patients.

Commentaires fermés.

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