Royal dîner à Windsor pour Donald Trump : demandez le menu !

Le menu écrit en français : quelle drôle d'idée !
Capture d'écran The Royal Family Channel
Capture d'écran The Royal Family Channel

Mercredi 17 septembre s’est donc tenu le grand dîner d’État au château de Windsor, à l’occasion de la visite tout aussi d’État de Donald Trump au Royaume-Uni. Une deuxième visite d’État (le top du top des visites officielles) pour Trump chez nos voisins britanniques et, ainsi, une première pour un président américain : aucun de ses prédécesseurs n’a eu droit à ce doublé. Certes, on s’est beaucoup appesanti sur le fait qu’Emmanuel Macron a grillé la politesse à l’hôte de la Maison-Blanche avec sa visite d’État, le 8 juillet dernier, que le roi Charles a lancé, lors de son discours en début de banquet, quelques petites piques discrètes à l’adresse du président américain, notamment en faisant allusion à la guerre en Ukraine. Mais il n’empêche.

Il n’empêche qu’il ne faut jamais oublier ce que Churchill (dont la mère était américaine !) disait, en 1944, au général de Gaulle : « Chaque fois qu’il nous faudra choisir entre l’Europe et le grand large, nous choisirons toujours le grand large... » Il n’empêche, tout de même, que les Britanniques savent aussi se souvenir que l’Europe, et plus particulièrement la France, n’est pas une terre inconnue pour eux. Preuve en est : le menu de ce dîner, donné dans l’antique château de Windsor, berceau de la monarchie anglaise, était écrit en français. Quelle drôle d'idée !

 

Prétentions anglaises ?

« LE MENU », donc : « Panna Cotta de Cresson et Œufs de Caille sur Sablé de Parmesan, Ballottine de Poulet Fermier en Robe de Courgettes, Haricots d’Espagne, Potiron Épicé aux Graines Grillées, Blettes au Beurre, Pommes de Terre Fondantes. En dessert, Bombe Glacée Cardinal. » Pour les vins, on vous laisse regarder. Pourquoi, écrit en français ? Explication un peu courte : parce que la France est le pays de la gastronomie. Mais ne faut-il pas plutôt y voir l’une des traces des anciennes prétentions des Anglais sur le royaume de France ? Si les Anglais débarrassèrent définitivement le plancher français, seulement en 1558, après que le duc de Guise avait reconquis cette perle qu’était Calais pour les rois d’Angleterre, après plus de deux siècles d’occupation faisant suite à la guerre de Cent Ans, ce n’est seulement qu’en 1801 que le roi George III, ancêtre à la septième génération du roi Charles III, renonça à s’intituler « roi de France », comme l’avaient fait ses prédécesseurs depuis Édouard III (1312-1377).

Racines normandes

Ce menu en français n’est-il pas aussi la modeste trace de l’enracinement profond de la monarchie, autrefois anglaise, aujourd’hui britannique, en terre aujourd’hui française ? Oui, il est. Il ne faut pas oublier que le fil conducteur de la succession des rois et reines d’Angleterre, et aujourd’hui du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, est le rattachement à Guillaume le Conquérant, qui s’empara en 1066 par les armes du royaume d’Angleterre auquel il prétendait par son grand-oncle, le roi anglo-saxon Édouard le Confesseur. La tapisserie de Bayeux est le reportage magnifique de cette expédition militaire couronnée de succès. Toutes les dynasties qui se succédèrent par la suite sur le trône d’Édouard (Plantagenêt, Tudor, Stuart, Hanovre, Saxe-Cobourg-Gotha et Windsor) se rattachent à cette antique souche normande. Traces normandes que l’on retrouve encore dans le titre porté par le ministre des Finances britannique, Chancellor of the Exchequer (Chancelier de l’Échiquier), hérité de l’administration mise en place par Guillaume le Conquérant. On pourrait encore citer la devise de l’ordre de la Jarretière (« Honni soit qui mal y pense ») ou encore celle de la monarchie britannique (« Dieu et mon droit ») comme traces des racines normandes et donc, par extension, françaises de la monarchie britannique.

Et de ce côté du Channel, quelles traces trouve-t-on de nos liens avec les Anglais ? Ce serait trop long, car il y en a tout plein, mais l'une nous vient comme ça, immédiatement à l’esprit : « Et merde pour le roi d'Angleterre/Qui nous a déclaré la guerre ! »

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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

47 commentaires

  1. «  »Toutes les dynasties qui se succédèrent par la suite sur le trône d’Édouard (Plantagenêt, Tudor, Stuart, Hanovre, Saxe-Cobourg-Gotha et Windsor) se rattachent à cette antique souche normande ». Admirable normandomanie ! Les Plantagenêt viennent de l’Anjou, et leur nécropole n’est ni en Normandie ni à Westminster mais en Anjou, à Fontevrault. Les Tudor sont d’ascendance galloise. Les Stuart sont d’ascendance écossaise mâtinée de bretonne. Les Hanovre comme leur nom l’indique assez sont des Teutons (de Saxe-Thuringe), comme les Saxe-Cobourg-Gotha et même les Windsor (Lord Battenberg grimé en Mountbatten !). Bref, le sang normand de King Charles (pas le chien, l’homme à la tête de chou) est une aimable plaisanterie… seuls le traditionnisme invétéré de la Cour d’Angleterre, et sa prétention (en partie justifiée) à la couronne de France, expliquent le maintien de mots français dans sa rituélie.

  2. Article sympathique, à la fois réaliste et non dénué d’humour….
    Quant au « Menu » servi à ce festin, il doit, à mon humble avis, être considéré comme un hommage à la gastronomie qui fait la gloire incontestée de notre pays, comme en témoignent les origines respectives bien énoncées des différents ingrédients qui le composent…
    Personnellement je n’aurais pas détesté être invitée à ces dégustations…!
    Bonne journée

  3. Réjouissons nous: le français fut la langue des cours et de la diplomatie. Il retrouve sa place. Et puis aujourd’hui ou nos gouvernants utilisent le franglais à tour de bras, c’est une revanche, certes petite. Mais ne boudons pas notre plaisir

  4. Avec ce menu « français »… Un pas de plus dans le ridicule et l’humiliation. C’est Machiavel qui doit rigoler et sautiller…

  5. Dunkerque ?
    Savez-vous seulement un brin de cette tragédie pour l’armée française et tous nos combattants ?
    Les anglais se sont conduits comme toujours , en ne pensant qu’à eux!
    Combien de français ont eu les mains coupées en tentant de s’accrocher au bastingage…
    Mais, chut ! Il y a des faits qu’on travestit pour que l’histoire soit belle!
    Mensonge permanent, tel est le monde où la bonne pensance nous conduit.
    Vive ma France

  6. Cela fut toujours le cas…
    A noter que le sublime Pol Roger était le champagne favori de Winston Churchill qui disait, rappelons nous-en  » la plus lourde croix que j’eus à porter durant la guerre fut la croix de Lorraine! »

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