Rhénanie-Palatinat : l’AfD à la conquête de l’Ouest

L’AfD profite pleinement d’une lame de fond conservatrice qui balaie les progressistes allemands.
Photo de Atoosa Ryanne Arfa: https://www.pexels.com/fr-fr
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Après celles du Bade-Wurtemberg le 8 mars, les secondes élections régionales allemandes de 2026, qui se sont déroulées en Rhénanie-Palatinat le 22 mars, ont, elles aussi, été marquées par une forte poussée du parti de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), qui y obtient le meilleur résultat de son histoire en Allemagne de l’Ouest. Jusqu’à présent, le parti national progressait essentiellement à l’Est, dans les régions de l’ex-RDA. En septembre dernier, pourtant, BV signalait des sondages très favorables à l’AfD en Rhénanie, lesquels révèlent pleinement aujourd’hui leur caractère prémonitoire.

Bade-Wurtemberg : les Verts sauvent les meubles

Autre point commun entre ces deux récents scrutins du Bade-Wurtemberg et de Rhénanie-Palatinat : la chute libre des socio-démocrates du SPD, qui y perdent respectivement 5,5 et 9,8 points par rapport à la précédente consultation de 2021.

Dans le Bade-Wurtemberg, les écologistes Grüne reculent de 2,4 points et perdent 2 sièges, mais restent la première force politique locale, avec 30,2 % et 56 sièges, désormais à égalité avec la droite républicaine chrétienne-démocrate du CDU (29,7 %, +5,6 points), qui gagne 14 sièges et se retrouve donc aussi avec 56 députés. Avec 18,8 % (+9,1 points), l’AfD s’invite sur le podium avec 35 sièges (+18), doublant presque son résultat par rapport à 2021. La formation nationale populaire s’impose désormais comme la troisième force en Bade-Wurtemberg, écrasant le SPD (5,5 %), qui ne conserve que 10 sièges sur 19 (son pire résultat ici depuis 1945), et les libéraux du FDP qui, avec 4,4 % (-6,1 points), n’obtiennent pour la première fois aucun siège dans cette région qui est pourtant leur fief historique. Même punition pour la gauche radicale Die Linke.

Rhénanie-Palatinat : forte poussée conservatrice

En Rhénanie-Palatinat, la CDU devient la première formation locale, avec 31,0 % (+3,3 points), et 39 sièges (+8). Elle profite, là aussi, de l’écroulement du SPD

SPD (25,9 % et -9,8 points), qui ne conserve que 32 sièges (-7). Les socio-démocrates réalisent le pire résultat de leur histoire dans ce fief qu’ils dirigeaient depuis 35 ans. L’AfD bondit à la troisième place, avec 19,5 % (+11,2 points) et 24 sièges (+15).

Les Verts (7,9 %, -1,4 point et 10 sièges) limitent les dégâts mais sont désormais loin derrière, alors que les libéraux et la gauche radicale, qui ont obtenu chacun moins de 5 % des voix, sont éliminés. Ici comme dans le Bade-Wurtemberg, la CDU est la seule formation ancienne à progresser. Les Grüne limitent la casse. Les autres formations chutent lourdement (SPD), lorsqu’elles ne disparaissent pas totalement du paysage (FDP et Die Linke). L'émergence soudaine à l’ouest de l’Allemagne du courant conservateur national populaire, qu'incarne l’AfD, s’accompagne donc d’une bonne tenue de la droite républicaine, mais aussi d’une déliquescence du progressisme politique, du centre à l’extrême gauche. Cette triple évolution de la situation politique locale en dit long sur ce qui s’apparente à une mutation progressive mais profonde de l’Allemagne.

L’AfD : tout sauf un feu de paille

De ce point de vue, la région Rhénanie-Palatinat est un laboratoire. Créée par l’occupant français en août 1946, sur la partie nord de notre zone d’occupation, cette région, prolongement des Ardennes, fait frontière à la fois avec la France, la Belgique et le Luxembourg. Viticole, la région est aussi fortement industrialisée et abrite des fleurons de la chimie comme BASF, de la pharmacie comme BioNTech, de l’automobile (Opel), et l’usine de camion Daimler est la plus grande d’Europe. Mais la région Rhénanie-Palatinat subit de plein fouet les revers économiques allemands. Ses mauvais choix énergétiques et son incapacité à maîtriser une immigration voulue à l’époque par Angela Merkel ont produit les effets attendus dans l’économie régionale, et désormais dans les urnes.

Les observateurs semblent s’accorder sur les conclusions des sondages quant au sens à donner au vote AfD. Cette formation aurait pris des voix à toutes les autres mais aurait aussi attiré de nombreux abstentionnistes et chômeurs, et ferait une importante percée chez les jeunes. Quant aux motivations de vote, elles se partagent essentiellement entre l’inquiétude face aux difficultés économiques et énergétiques, et le rejet d’une immigration jugée dommageable à l’Allemagne.

Dans le cas précis de la région Rhénanie-Palatinat, il est assez probable que face à la montée en puissance de l’AfD, la panique et la fuite en avant de la gauche locale, qui a classé officiellement ce parti comme « extrémiste », interdisant la fonction publique à ses membres, a été contre-productive, accélérant la déroute de tout le camp progressiste. Seul semble encore tenir le « cordon sanitaire » voulu par la CDU de Friedrich Merz, qui refuse d’envisager une coalition avec l’AfD et préfère, pour l’instant, discuter avec un SPD en position de faiblesse. Pour l’instant.

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